×
  • Compétences & RH
  • Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste Docs de Qualité Enquête de Satisfaction Chiffres clés Prix de L'Economiste 2019 Prix de L'Economiste 2018 Perspective 7.7 milliards Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Culture

    Les impôts, la dette et le déclin de l’Amérique
    Par J. Bradford DELONG

    Par L'Economiste | Edition N°:2779 Le 19/05/2008 | Partager

    J. Braford DeLong enseigne l’économie à l’université de Californie de Berkeley. Il coédite le «Journal of Economic Perspectives», une revue de référence sur la nouvelle recherche économique mondiale. Il a été secrétaire d’État adjoint aux Finances sous la présidence de Bill Clinton, de 1993 à 1995 (présidence démocrate, donc opposée aux républicains). Il a enseigné à Harvard, au MIT et à l’université de Boston, universités qui figurent parmi les plus prestigieuses des Etats-Unis. Son dernier livre est «Speculative Microeconomics for Tomorow’s Economy» sur le rôle des décisions des acteurs. Ses recherches précédentes portaient sur les «mystères» qu’il y a à avoir en même temps de l’inflation, du chômage et de la croissance. L’auteur a un site web où l’on peut accéder gratuitement à ses plus importants travaux, ainsi que discuter ses théories: www.j-bradford-delong.netEn 1981, le Parti républicain américain a cessé de croire en l’équilibre du budget public. L’idée qu’il faut procéder à des réductions d’impôt à tout moment, à chaque occasion, a fait son chemin, puisque ces réductions sont censées augmenter les revenus. Irving Kristol, de temps à autre rédacteur de la revue The Public Interest et l’un des accoucheurs intellectuels de cette idée, a écrit par la suite que ce qui l’intéressait n’était pas de savoir si c’était vrai mais si c’était utile. Des années plus tard, il évoquait «son attitude plutôt cavalière à l’égard du déficit budgétaire et d’autres problèmes monétaires ou budgétaires. La tâche consistait à créer une nouvelle majorité républicaine, conservatrice: l’efficacité politique était donc la priorité, et non les imperfections comptables du gouvernement...».Les politiques qui font fi de la dette publique provoquent l’effondrement de la monnaie, la récession (compte tenu du bouleversement de la division sectorielle du travail qui en découle) et accroissent l’inflation - qui peut aller jusqu’à l’hyperinflation. La plupart du temps, le coupable met la catastrophe économique sur le dos de sinistres manipulations d’étrangers tels que les «gnomes de Zurich» (BRI) ou le FMI. Les Etats-Unis n’en sont pas là. Pourtant, même à court terme - disons, durant les deux prochains mandats présidentiels - les coûts d’un déficit élevé et d’une croissance rapide de la dette risquent d’être importants.Dans un premier temps, la croissance du rapport dette/PIB évincera les investissements, puisque les ressources destinées à des investissements lucratifs serviront au lieu de cela à stimuler la consommation privée ou publique. Depuis 1981, les Etats-Unis ont eu la chance de voir les afflux de capitaux étrangers couvrir la croissance de la dette publique. Arrivée à un certain point, cette situation ne sera plus tenable et le déficit croissant fera fuir les capitaux des Etats-Unis.Supposons que ces huit prochaines années, des déficits plus importants n’entraînent ni afflux ni reflux de capitaux, et imaginons une Amérique appauvrie, avec des investissements moindres, dont le retour brut sur investissement social serait de 15% par an. D’ici 2016, l’affaiblissement du potentiel productif fera diminuer le PIB réel de 3,6% - soit 500 milliards de dollars réels, soit environ 3.000 dollars par travailleur. Dans une Amérique en perte de vitesse, moins d’entreprises jugeront utile d’attirer des travailleurs précaires sur le marché du travail; et il est probable que 500.000 emplois disparaissent. Assemblez tous ces éléments et, en 2016, si McCain est élu président plutôt que Barack Obama ou Hillary Rodham Clinton, vous obtiendrez une Amérique appauvrie. Qui plus est, les pays qui comptent sur les exportations vers les Etats-Unis risquent eux aussi de voir leur croissance ralentir et leur taux d’emploi faiblir. Malgré tout, sous McCain, la différence entre les dépenses publiques et les impôts sera plus importante d’ici huit ans, les Américains se sentiront plus riches et consommeront davantage aux dépens de la «postérité». Ronald Reagan aurait probablement approuvé. Après tout, comme il l’a dit: «Pourquoi devrais-je faire quoi que ce soit pour la postérité? La postérité a-t-elle fait quoi que ce soit pour moi?» Ou bien était-ce Groucho Marx?


    Insolvable Amérique?

    Si elle suit la voie de l’endettement, d’ici huit ans, l’Amérique plus endettée qu’aujourd’hui verra probablement la croissance de sa productivité ralentir d’un tiers de point de pourcentage par an. Le taux de chômage devra alors augmenter pour maintenir les demandes des travailleurs de réelles augmentations de salaires à un niveau garanti par la hausse de la productivité. Les corrélations brutes entre la croissance de la productivité et le taux de chômage des années 70, 80, 90 et 2000 feront augmenter le taux naturel de chômage naturel de l’économie d’environ un cinquième de point de pourcentage, ce qui coûterait 500.000 emplois supplémentaires.Dans une Amérique insolvable, les épargnants et les prêteurs craindraient à juste titre que le gouvernement n’ait recours à l’inflation pour refuser d’honorer une partie de sa remarquable dette. La Réserve fédérale serait alors contrainte de lutter contre l’inflation - en renforçant les pressions sur l’emploi - pour assurer les épargnants et les prêteurs de sa volonté de maintenir la stabilité du coût de la vie. On ne dispose même pas d’estimations sur la corrélation brute de l’ampleur de cet effet qui, selon les économistes, existe sans aucun doute. Supprimerait-il un nombre négligeable d’emplois? Un quart de million? Un million?


    Les revirements de McCain

    Désormais, il est clair que John McCain -qui taxa les réductions d’impôt de George W. Bush d’imprudence et refusa de voter en leur faveur- a succombé à cette formule. Il propose des réductions supplémentaires qui risquent de coûter 300 milliards de dollars par an au Trésor américain, de les «compenser» par des réductions des dépenses affectées de trois milliards de dollars par an et, d’une manière ou d’une autre, d’équilibrer le budget. Nous savons quelles seront les conséquences: il y a de fortes chances pour que la politique budgétaire de McCain ressemble aux politiques républicaines habituelles - qui, depuis 1981, ont fait augmenter le rapport dette fédérale brute/PIB de près de 2% par an. De leur côté, les gouvernements démocrates après la Seconde Guerre mondiale ont dans l’ensemble réduit ce rapport de plus de 1% par an. C’est l’une des questions en jeu dans les élections présidentielles de cette année.Copyright: Project Syndicate, 2008Traduit de l’anglais par Magali ADAMS

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc