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    Les assurances face aux mutations technologiques

    Par L'Economiste | Edition N°:146 Le 22/09/1994 | Partager

    L'industrie marocaine a connu un tel développement ces dernières décennies que les entreprises ont pris conscience de l'importance que revêt la gestion rationnelle du risque et par conséquent la protection de leur patrimoine et outil de travail.

    L'entreprise se trouve face à un choix de taille: garder le risque ou le transférer sur un tiers tel qu'une compagnie d'assurances. A notre sens, il n'existe pas de solution absolue pour toutes les entreprises. Chaque société vit dans un environnement qui lui est propre, ce qui lui donne une identité et une façon d'être propres à elle, engendrant par l'occasion une situation particulière demandant une analyse appropriée et des solutions sur mesure. D'où la fonction du Risk Manager dans l'entreprise de pouvoir dresser une check liste de tous les risques inhérents et propres à la société et les évaluer et les classer selon leur importance et ampleur afin de les réduire ou les éliminer si c'est possible. A titre d'exemple, une petite machine, telle qu'un transformateur, peut s'avérer la pièce maîtresse dans le processus de production et sa destruction peut produire un arrêt partiel ou total de la chaîne. Or un arrêt de ce genre peut engendrer une perte d'exploitation d'un coût insupportable pour l'entreprise et lui faire perdre partiellement ou totalement sa place sur la marché dans lequel elle opère. Actuellement, les entreprises marocaines possèdent généralement des staffs techniques hautement qualifiés, et qui ne demandent qu'une collaboration avec leurs assureurs afin de mieux protéger leurs biens et rationaliser au mieux les moyens de prévention contre les sinistres. Face à cette mutation technologique, le secteur des assurances doit répondre à cette nouvelle situation.

    Changement de mentalité

    Le marché des assurances connaît une mutation dans les mentalités et par conséquent dans sa façon d'être. Malgré la réticence encore ressentie chez certains dirigeants, le comportement des sociétés d'assurances a beaucoup changé depuis les années 90 grâce aux facteurs suivants:

    - La complexité des techniques et de la science en général exige des compagnies de plus en plus de vigilance en matière de souscription des risques; d'où le recours de certaines compagnies d'assurances et de réassurances à la recherche ou le recrutement de cadres spécialisés dans différents domaines

    - L'essai de réorganisation chez certaines compagnies en procédant à une refonte complète de la division traditionnelle par services et l'adoption d'une division par marché (marché des entreprises et marché de masse) et même parfois une division par produits.

    - L'amélioration de la transparence de produits dans certaines compagnies a permis l'élargissement du choix de la clientèle.

    Il est à noter que l'évolution de ce marché a engendré une diminution des marges de profits et une focalisation sur la baisse des taux de prime (cas de l'incendie par exemple).

    D'autre part, on constate une consolidation progressive de l'activité du courtage engendrant par l'occasion une prise de conscience juridique de l'assuré et le renforcement par conséquent de ses droits. D'ailleurs, nous sommes convaincus que la régulation du marché de l'assurance passe obligatoirement par le renforcement des droits des assurés.

    Afin de clarifier le rôle que jouent les compagnies d'assurances dans le secteur industriel et généralement dans la société marocaine, il est nécessaire de définir les 2 principaux marchés existants, à savoir le marché des entreprises et le marché de masse.

    1-Le marché des entreprises

    Ce marché comprend les grandes entreprises et possède ses propres caractéristiques:

    - Les interlocuteurs dans ce marché sont en général hautement qualifiés et très spécialisés. Ce qui demande à la compagnie d'assurances une maîtrise parfaite de la technique.

    - La concurrence de plus en plus prononcée et aiguë a favorisé une baisse abusive des taux de prime. Cette concurrence est beaucoup plus apparente dans ce marché que dans celui de masse. Mais ne perdons pas de vue que cette baisse exagérée n'est nullement dans l'intérêt des assurés:

    La prime d'assurance correspond normalement au prix minimum que doit coûter la couverture d'un risque incertain. Or cette prime doit pouvoir couvrir, au minimum, le coût d'un sinistre moyen dans la branche. Si d'un côté la compagnie d'assurances n'encaisse pas ce prix minimum et de l'autre côté doit payer un ou plusieurs sinistres dépassant le coût moyen estimé d'un sinistre, cette dernière peut se trouver en difficulté de paiement. Ce raisonnement est d'autant plus valable pour les compagnies d'assurances de petite taille.

    - L'évolution technologique très rapide de la concentration d'unités de production importantes dans des espaces de plus en plus réduits a aidé et favorisé l'aggravation du risque d'entreprise. Cette situation montre à quel point la prévention doit être prise au sérieux afin de réduire la vulnérabilité et l'exposition de l'entreprise à d'éventuels sinistres: les exemples de sinistres graves d'incendie d'unités de production ou d'écroulement d'ouvrages en cours de construction ne manquent pas ces derniers temps.

    Le marché des risques de masse

    C'est un marché de personnes et de petites entreprises. Les principales caractéristiques qui le font distinguer du marché des entreprises peuvent s'énoncer comme suit :

    - il renferme un nombre important de polices, qui pose le problème de gestion d'une grande masse d'information;

    - c'est un marché où beaucoup de risques sont de même type, ce qui doit faciliter les rédactions de police ;

    - dans ce marché, les compagnies d'assurances cherchent l'équilibre technique sur la globalité du portefeuille ainsi que sur chaque risque:

    - la stratégie commerciale est primordiale dans ce marché vu que l'assuré n'est autre que le grand public.

    Evolution du courtage

    La mutation technologique vécue ces derniers temps ne peut que favoriser la concurrence qualitative sur les grosses affaires. Seules les compagnies d'assurances les mieux équipées et outillées en compétences humaines pourront participer à cette concurrence: le cas des risques de construction est très significatif. D'ailleurs, on peut lire dans le bulletin des Lloyd's de Londres (daté du 15 juin 1994) concernant les résultats de !'exercice 91: "les conditions tarifaires du marché mondial restent très compétitives et les assureurs deviennent très sélectifs dans tous les secteurs et cherchent surtout à retenir des affaires de marque. Les secousses dramatiques qui ont frappé le marché ont eu comme conséquence que seuls les souscripteurs".

    D'autre part, ces prémisses de concurrence ont déjà poussé les compagnies d'assurances à dissoudre ou geler les associations inter-compagnies; cas des pools par exemple.

    Malgré que jusqu'à présent le taux de commissionnement des courtiers est invariante il le sera moins dans un proche avenir: l'apparition de groupes capables de proposer des taux compétitifs est fort probable. D'autre part, le changement des compétences des agents et courtiers paraît nécessaire et impératif dans un marché devenu très professionnel et technique.

    D'un autre côté, on ressent de plus en plus la nécessité d'une relation plus étroite et plus régulière entre agents et compagnies d'assurances. La formation et l'encadrement technique de ces agents deviennent une priorité préoccupante , pour certaines compagnies d'assurances. Tout les facteurs relatés ci-dessus montrent à quel point les composantes techniques et commerciales joueront un rôle de plus en plus important, voire déterminant dans un proche avenir. La haute technicité observée ces derniers temps chez les assurés exige des compagnies d'assurances un suivi technique du risque et une présence plus confirmés.

    Nous pensons qu'une compagnie d'assurances qui veut aller de l'avant ne peut en aucune façon atteindre un accroissement de ses parts sur la marché où elle opère malgré la concurrence accrue et poussée, sans la formation technique de son personnel. Il est devenu impératif pour le secteur des assurances de prendre en main la formation continue de son personnel par l'organisation de stages et de séminaires: les compétences marocaines n'attendent que des occasions partielles pour contribuer au développement de la connaissance au sein de la société marocaine. Une entreprise est une entité formée d'hommes et de femmes: l'élément humain est avant tout la colonne vertébrale de l'entreprise. D'autre part, les compagnies d'assurances sont appelées à améliorer l'efficacité et la qualité du travail malgré l'accroissement du volume des affaires à traiter. Ce but peut être atteint en adaptant un système informatique adéquat (ce sujet est d'une grande importance que nous traiterons séparément dans un prochain article).

    Le développement actuel exige aussi des compagnies d'assurances une amélioration des produits ainsi que la qualité générale des services par:

    - Un changement des mentalités et une redéfinition du rôle de l'assureur. Le secteur des assurances doit jouer son rôle qui lui est assigné à savoir être le moteur de l'industrie marocaine.

    - Le renforcement des droits de l'assuré en le conseillant et en proposant des textes de lois qui .peuvent être en mesure de valoriser la protection sociale du citoyen marocain. Ce renforcement ne peut qu'aider à réguler le rythme de croissance du secteur d'assurance.

    Dans le même sens, il est nécessaire actuellement d'essayer de simplifier les textes de police et les mettre à la portée du grand public. Cela est d'autant plus valable pour les contrats d'assurances qui s'adressent aux particuliers (marché de masse).

    - La création et la mise en place d'un organisme chargé de l'observation statistique des sinistres, qu'ils soient assurés ou non, en procédant à l'analyse des causes (recueillies auprès des experts) et des conséquences (recueillies auprès des assurés) ainsi que la réalisation d'enquêtes sur l'évaluation des systèmes de prévention et de protection des risques.

    - La révision systématique du portefeuille en l'adaptant constamment à la demande.

    En définitive l'assureur est un observateur social et technique privilégié, puisqu'il reçoit les informations qualitatives des risque: Dans ces conditions, il doit dépasser l'idée de simple preneur de risques et apporter une nouvelle approche afin de pouvoir répondre de façon satisfaisante à ces nouvelles exigences. 

    par Mohamed Jamal Bennouna.
    (1) Ingénieur E.S.T.P. Société Centrale de Réassurance.

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