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Culture

Les Aroussiyin: Du Mont Allam à Seguia El-Hamra
Par Mouna Hachim

Par L'Economiste | Edition N°:3433 Le 28/12/2010 | Partager

Est-ce le froid hivernal ou l’ardeur de l’attachement à notre intégrité nationale qui nous incite à poursuivre notre transhumance depuis les montagnes des Béni Arouss chez les Jbala jusqu’au cœur du Sahara?!L'esprit en partance, nous poursuivons donc notre périple spatio-temporel et quête éminemment culturelle, esquissant à la suite de notre chronique précédente dédiée au Reguibat, la non-moins passionnante saga des Béni Arouss.Bel exemple d’interpénétration du nord au sud du Royaume en effet que celui offert par les Aroussiyin, renommés aussi bien en pays Jbala que dans la plaine centrale Chaouia ou dans le Sahara. C’est au nord du pays que commença l’épopée de cette tribu d’origine amazighe ghomarienne depuis qu’elle hébergea au IXe siècle les premiers Idrissides, en la personne de Slimane (dit Sellam) fils du prince Mezouar (ben Ali ben Mohammed ben Idris Ier) considéré comme le premier de la lignée à avoir quitté Fès pour le pays Jbala.

«Pôle du soufisme»
Honoré par les Soumata dans les montagnes du Rif occidental (à environ 40 km de Larache), Mezouar, renonçant au pouvoir, s’était voué au mysticisme jusqu’à sa mort vers 860, après avoir envoyé à leur demande, chez les Beni Arouss voisins, son fils Sellam. Celui-ci fut alors surnommé Laârouss, étant jeune marié, d’où l’appellation de sa tribu hôte de Beni Arouss. Selon une autre version, la tribu aurait été appelée ainsi parce qu’elle trônait au milieu des autres tribus comme une mariée, par la qualité de ses Chorfa, tous descendants de Sellam, père de Aïssa, père de Horma, père de Ali, père d’Abou-Bakr, ancêtre de tous les Alamiyin qui tiennent leur nom de cette montagne au rang quasiment sacré.L’une de leurs figures les plus révérées est indiscutablement celle de la "Perle de l’Islam" et "Pôle du soufisme", Moulay Abd-es-Salam ben Mchich (ben Abi-Bakr), maître décisif de l’Imam Chadili, né six générations après Sellam, sur le territoire des Beni Arouss, précisément au pied du mont Allam pour être inhumé vers 1228 à son sommet.Adulés par les tribus du pays Jbala et du Habt pour la stature de leurs ancêtres, leur mysticisme, leur science et leur esprit du Jihad (notamment avec les Beni Rachid, fondateurs de Chefchaouen et les Beni Raïssoun, héroïques à la bataille de Oued El-Makhazine) les Aroussiyin, en plus de leur ascendant spirituel exercèrent un réel pouvoir politique dans leur région depuis le XVe siècle que ce soit à Ksar Kebir, Ouazzan, Chefchaouen, Larache ou Asilah… Ils s’illustrèrent également par leur combat contre les occupants ibères, notamment à Sebta lors de son premier siège de 1418 avant que leur prépondérance ne prenne fin au milieu du XVI siècle selon l’historien Naciri.C’est à cette époque qu’émergèrent au Sahara les cousins Aroussiyin, se rattachant à la filiation du Cheikh mystique, Sidi Ahmed El-Aroussi Ould Moulay Omar dont le père, issu du pays Jbala, avait pris le cap pour Kairouan où son fils est venu au monde. Rejoignant la terre de ses ancêtres, Sidi Ahmed Aroussi aurait pris ensuite son bâton de pèlerin vers Meknès où il rencontra le cheikh Sidi Abd-er-Rahmane El-Majdoub. Il se serait également établi dans la plaine Chaouia précisément à Settat où il épousa une femme du cru dont il eut un fils, nommé Sidi Mhammed Aroussi. Etabli longtemps à Marrakech, il y aurait été le disciple de Sidi Rehhal et y aurait lassé son nom selon la légende au Riad El-Arouss.Victime de médisances auprès du sultan saâdien Mohamed Cheikh, ou tout au moins, de divergences avec des notables, Sidi Ahmed Aroussi emprunta le chemin du sud vers Seguia Hamra chez ses cousins Rguibat (issus de la lignée de Moulay Abd-es-Salam) en un voyage que la tradition orale et les annales hagiographiques imprègnent de légendes et de surnaturel. Inhumé en 1593 dans le lieu de son ascèse, sur les bords de Oued Dahab, à environ trente kilomètres de Smara et quatorze kilomètres du Rocher de Tbeila où il enseignait à ses disciples, il laisse pour fils, Boumehdi, Tounsi et Ibrahim El-Khelifa qui sont considérés comme les ancêtres des Aroussiyin de Seguia Hamra.
Devoir de combat
Leur zaouïa d’obédience Chadiliya s’illustra aussi bien dans la diffusion du savoir que dans la lutte contre l’occupation étrangère que ce soit dans les années 1950-60 avec l’Armée de Libération ou au XIXe siècle contre l’infiltration impérialiste dans les côtes sahariennes, perpétuant ainsi ce devoir de combat, entamé dès la fin du règne saâdien contre la poussée colonialiste depuis le nord du Sénégal, avec à la tête du mouvement, Ibrahim El-Khelifa, inhumé en un lieu appelé Doumes à Oued Dahab. Le fils de ce dernier n’est autre que Chennan Aroussi, mort au combat en 1631 à Oualata après ses expéditions contre l’empire Songhaï.En pays Chaouia, précisément à Settat, le prestige spirituel des Aroussiyin n’en est pas moins grand avec notamment la zaouïa de Sidi Larbi Aroussi, d’obédience Cherqaouiya et dont les liens avec la zaouïa saharienne du Tajakant seraient attestés. Par ailleurs, une des prestigieuses familles caïdales de la région, dite Ben-l-Maâti Lamzamzi Aroussi serait affiliée audit saint. Elle se serait installée aux alentours du XVIIIe siècle près de Settat où elle ne tarda pas à jouer un rôle politique de premier plan en fournissant des chefs de tribu durant des générations successives. Citons à ce titre: Abd-el-Kebir ben Madani Aroussi qui laisse le commandement de la tribu, à sa mort à Settat en 1873, à Maâti, un de ses quatre fils et puissant caïd de la Chaouia. Un bref panorama significatif quant à la cohésion de cette trame sociale du Nord au Sud et à la magie des lieux de mémoire, nous inspirant, comme conclusion, ces mots tirés du livre «Gens des nuages», écrit conjointement par les époux Le Clézio à la suite de leur quête initiatique au cœur du désert marocain dont l’épouse Jemiâ est originaire, précisément, de la tribu aroussie des Oulad-Khelifa.Ainsi pouvons-nous lire: «Nous vivons, dans un univers rétréci par les conventions sociales, les frontières, l'obsession de la propriété, la faim des jouissances, le refus de la souffrance et de la mort; un monde où il est impossible de voyager sans cartes, sans papiers, sans argent, un monde où l'on n'échappe pas aux idées reçues ni au pouvoir des images. Eux sont tels que les a rencontrés Sidi Ahmed el Aroussi quand il est arrivé au désert, sans aucun des droits ni aucun des devoirs de la société urbaine. Ils sont les derniers nomades de la Terre, toujours prêts à lever le camp pour aller plus loin, ailleurs, là où tombe la pluie, là où les appelle une nécessité millénaire et impérieuse»…

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