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    Les Armées des Etats-Unis, une nouvelle manière d’êtrePar le colonel Jean-Louis Dufour

    Par L'Economiste | Edition N°:2835 Le 06/08/2008 | Partager

    Notre consultant militaire est officier de carrière dans l’Armée française, ex-attaché militaire au Liban, chef de corps du 1er Régiment d’infanterie de marine. Il a aussi poursuivi des activités de recherche: études de crises internationales, rédacteur en chef de la revue Défense… et auteur de livres de référence sur le sujet, dont «La guerre au XXe siècle» (Hachette 2003), «Les crises internationales, de Pékin à Bagdad» Le Pentagone a diffusé(1) jeudi 31 juillet la nouvelle doctrine stratégique que Robert Gates, secrétaire à la Défense, estime devoir être celle de son pays dans les années à venir. Dans sa présentation de ce document «2008 National Defense Strategy», le ministre n’y va pas par quatre chemins: «Les présidents changent, les menaces à l’encontre des USA demeurent»! Peut-être le ministre, qui a servi à la CIA sous 6 présidents successifs, souhaite-t-il conserver son portefeuille dans la prochaine administration, républicaine ou bien démocrate…Quoi qu’il en soit, le document constitue une critique implicite des comportements passés. Plus qu’une inflexion de la stratégie nationale de défense, il s’agit plutôt d’une «rupture» dans la manière de la mettre en œuvre. Les Armées des Etats-Unis vont abandonner l’idée que l’emploi de la force est le seul vrai moyen d’action. L’establishment militaire devra chercher à mieux comprendre les motivations des insurgés qu’il serait amené à combattre ou aider les gouvernements amis à développer leur pays. Voilà contredite Mrs Albright, secrétaire d’Etat du président Clinton, qui avait fait observer, à propos de l’intervention en ex-Yougoslavie, que les Marines n’étaient pas faits pour conduire les enfants à l’école. Aujourd’hui, Robert Gates rappelle que la guerre est globale et qu’elle est politique avant d’être militaire.. Des comportements à transformer profondémentCertes, en bon tacticien, le secrétaire d’Etat revendique un équilibre entre la paix et la guerre, la force et la diplomatie, la préparation des conflits conventionnels et celle des guerres asymétriques. Cependant, son analyse de la situation lui fait affirmer qu’aucune grande puissance, comme la Chine ou la Russie, ne menace aujourd’hui les Etats-Unis, même si l’armement, les forces et les doctrines de ces pays méritent d’être observés et analysés en permanence. Tout n’est pas «rupture» dans le discours ministériel. Les objectifs à atteindre sont classiques, défendre le pays, gagner la «Longue guerre» contre l’extrémisme, promouvoir la sécurité, empêcher les conflits d’éclater; en revanche, les moyens pour les atteindre sont plus originaux. Mr Gates juge indispensable d’agir en liaison étroite avec les Etats amis. «Ne jamais se battre seul» avait conseillé le général Fox Conner, mentor méconnu des généraux Eisenhower et Marshall (voir encadré). Toutefois, Robert Gates ne diffère pas de son prédécesseur quand il entend, lui aussi, conduire à son terme la guerre contre le terrorisme, mais les similitudes entre les deux hommes ne vont guère plus loin. Là où Donald Rumsfeld regardait vers l’Irak alors qu’il attaquait l’Afghanistan, et au-delà de l’Irak, quand ses troupes franchissaient la frontière du Koweït, R. Gates a voulu recentrer l’attention de ses administrés sur les opérations en cours; il est même allé jusqu’à destituer en juin le chef d’état-major de l’US Airforce, coupable de n’avoir pas prêté suffisamment attention aux conflits d’Irak et d’Afghanistan. «Le succès militaire, précise-t-il, ne suffit pas, la sécurité non plus. Il faut aussi promouvoir le développement économique des pays concernés, bâtir ou recréer leurs institutions, promouvoir l’Etat de droit». Mieux vaut ne pas répéter les erreurs commises en Irak, où seules avaient compté l’invasion du pays, la prise de Bagdad, la chute du régime, mais où personne, par exemple, n’avait cru devoir se soucier d’empêcher le pillage des Antiquités nationales. L’actuel secrétaire d’Etat souhaite démilitariser la politique étrangère. Il veut dynamiser la communauté du renseignement et mieux tirer profit des compétences de toutes les agences gouvernementales. Il lui faut améliorer la qualité et l’efficacité des engagements extérieurs américains, devenus plus larges et surtout multiformes. Comme par hasard, ce même 31 juillet, le directeur du Renseignement national (Office of the Director of National Intelligence ou ODNI), poste créé au lendemain du 11 septembre 2001 pour coordonner les activités des 16 agences concernées, s’est vu attribuer un droit de contrôle budgétaire sur des structures, hier encore largement autonomes et rétives à toute autorité autre que celle du Président.Fort de services plus compétents et redynamisés, Robert Gates désire prendre en compte les leçons tirées des conflits d’Irak et d’Afghanistan. Il constate que les armements conventionnels se taillent toujours la part du lion, mais affirme que ceux consacrés à la guerre asymétrique ne devront pas être négligés. C’est d’ailleurs déjà le cas. Dans l’exercice budgétaire actuel, 100 milliards de dollars sont consacrés aux achats de matériels classiques, contre 80 destinés aux recherches, études et commandes d’équipements adaptés à une lutte non conventionnelle contre des belligérants souvent non étatiques. Le ministre entend que les Armées américaines acquièrent une maîtrise de la guerre «irrégulière» semblable à celle, incomparable, qui est la leur, en matière de guerre conventionnelle. Parvenir à cette maîtrise est «l’objectif central» que le Pentagone doit viser. Cependant, désireux de calmer l’angoisse de ses militaires, Robert Gates n’oublie pas de préciser que la guerre conventionnelle demeure possible et qu’il convient de surveiller l’avènement de nouveaux adversaires ou le retour des anciens. Ainsi pointe-t-il les progrès militaires de la Chine et s’inquiète-t-il du recul de la Russie en matière d’ouverture et de démocratie. Pourtant, le comportement de ces deux rivaux ne doit pas inciter Washington à les considérer comme des adversaires potentiels, mais au contraire à collaborer et à coopérer avec eux. A condition tout de même que la transparence soit meilleure et qu’un pays comme la Chine explicite mieux sa politique de défense, affiche son budget, précise sa stratégie, et, sans doute, consente à des inspections réciproques, comme au temps des «mesures de confiance» entre l’Est et l’Ouest.De ce tableau très général des questions intéressant la défense des USA, on retient cette volonté de considérer la mission comme un tout. Pour gagner la guerre contre l’extrémisme, dissuader les adversaires possibles, garder au pays sa liberté d’action, empêcher toute prolifération d’armes de destruction massive, garantir la sécurité, la coopération coordonnée de tous, militaires et civils, nationaux et alliés, est indispensable. Tous les ministères, toutes les agences de renseignement, tous les pays amis doivent contribuer au maintien de la paix, car la guerre, quelle que soit sa forme et l’endroit où elle a lieu, est toujours une atteinte à la sécurité des Etats-Unis. Que la défense d’un pays soit globale n’est pas une idée nouvelle. Robert Gates le sait. Qu’il rappelle cette évidence à la veille d’une élection présidentielle n’est pas anodin. Sans doute s’agit-il pour lui, à ses risques et périls, de rappeler aux prétendants à la Maison Blanche que le maintien de la paix et de la sécurité internationales est une affaire trop sérieuse pour être traitée légèrement comme ce fut le cas à Washington dans un passé récent.--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------(1) defenselink.mil/news


    La guerre en dernier ressort

    Robert Gates a publié dans la revue militaire américaine Parameters (été 2008), un article intéressant tiré de la lecture du livre de Mark Perry, ‘‘Partners in Command, George Marshall and Dwight Eisenhower in war and peace’’, Kindle Edition, mai 2007.Dans cet ouvrage, l’auteur évoque l’influence exercée sur les généraux Marshall et Eisenhower par un obscur général nommé Fox Conner. Conner et Marshall avaient servi ensemble dans l’état-major du général Pershing pendant la Grande guerre, et Eisenhower avait été l’adjoint de Conner quand celui-ci commandait la zone du canal de Panama dans les années 1920.Pour Conner, il existait trois principes essentiels pour toute démocratie confrontée à l’éventualité d’une guerre: - Ne jamais se battre sauf à y être contraint (never fight unless you have to),- Ne jamais se battre seul (never fight alone)- Ne jamais se battre longtemps (never fight for long)Et Robert Gates de commenter le premier de ces principes pour en vanter le caractère permanent. Il observe que tout peuple un tant soit peu civilisé ne doit faire la guerre qu’en dernier ressort. Il cite un propos de Winston Churchill tenu en janvier 1942: «N’oublions pas d’apprendre nos leçons. Il ne faut jamais croire qu’une guerre puisse être facile et joyeuse. Tout ceux qui s’engagent dans cet étrange aventure doivent mesurer par avance les tempêtes et les ouragans qu’ils devront affronter. Dès que la guerre commence, l’homme d’Etat n’est plus le maître de sa politique, mais l’esclave d’évènements imprévisibles et incontrôlables». Par cet article, Robert Gates entend évidemment condamner la guerre d’Irak, non nécessaire, conduite sans l’appui d’alliés importants et qui n’a que trop duré!

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