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Politique

«Le Sahara dans le coeur des Espagnols»

Par L'Economiste | Edition N°:1566 Le 22/07/2003 | Partager

. De nombreuses associations locales travaillent l'opinion publique ibérique. Un sentiment de culpabilité, plus un «devoir d'humanité». «Pauvre petit peuple victime du grand méchant»Nombreux sont les Espagnols qui se sentent impliqués dans l'affaire du Sahara. Comment ressentent-ils cette implication? L'Espagne a le sentiment d'avoir une dette envers le peuple sahraoui. Le fait que le Sahara soit une ancienne colonie éveille un sentiment paternaliste, voire de responsabilité paternelle. Le sentiment est un sentiment de gêne: «Nous avons abandonné ce pauvre petit peuple à ces méchants marocains».Ceci est d'autant plus fort que de nombreux Espagnols considèrent que la souveraineté est passée au Maroc, alors que Franco était malade, sur le point de mourir. C'est comme si le Maroc avait «profité d'un moment de faiblesse de l'Espagne». . Madrid est comme pris au piègeDe nombreuses voix critiquent aujourd'hui l'intransigeance du Maroc et accusent les Nations unies de laisser-faire. Elles accusent aussi le gouvernement espagnol d'avoir une «politique hypocrite oublieuse de ses responsabilités». Ainsi, le gouvernement est-il comme pris au piège: il doit écouter son opinion. Le Sahara est en quelque sorte devenu un élément de politique intérieure.Pour beaucoup d'Espagnols la solution idéale serait l'indépendance complète du Sahara: cela règlerait le sentiment de mauvaise conscience comme celui d'avoir été victime d'un moment de faiblesse.L'idée générale de l'opinion publique va donc plus loin que le plan Baker. Cependant, ce dernier se présente aujourd'hui comme la meilleure option: non seulement elle semble la plus facilement réalisable (la liberté immédiate du Sahara ne peut être qu'une utopie), mais elle permet également de tirer profit de la présidence espagnole aux Nations unies. De plus, estime beaucoup d'Espagnols, politiquement ce dossier est l'occasion d'acquérir un leadership international dans le conflit. Si l'on approfondit un peu la question, on se rend compte que l'opinion publique méconnaît en grande partie des intérêts qui motivent les différents pays.Très peu de gens s'intéressent au volet économique de la question, mais une petite élite est persuadée que le Sahara recèle des richesses (pétrole, pêche et gisements de phosphate): souvent les journaux détaillent des permis de recherche. C'est ce qui donne cette impression de «richesses cachées».. Un sentiment humanitaire bien cultivéCe qui pousse les Espagnols à soutenir l'indépendance du Sahara est plutôt un sentiment humanitaire: solidarité envers ce peuple exilé, qui souffre injustement. On insiste donc sur la situation pénible dans laquelle vivent les réfugiés et sur les conditions sanitaires précaires dans lesquelles ils se trouvent. Une phrase sert de mot d'ordre: «El Sahara occidental, en el corazon» (Le Sahara dans le coeur des Espagnols).Cela a mené à la réalisation de nombreux programmes d'aide à l'instigation de différentes ONG (la Croix-Rouge, Sahara Marathon, la Hamada, Caritas, associations des amis des enfants et du peuple sahraoui, etc.). Des médias (presse, radio et télévision) ou encore des organismes institutionnels relaient ces opérations et les soutiennent.A titre d'exemple, le programme “Vacances pour la paix” a permis à de nombreux enfants de passer les vacances d'été en Espagne: il y a une dizaine d'années, c'était une sorte de mode. Ce programme a aussi organisé, le 12 juin dernier, une manifestation dans les rues de Madrid réclamant la liberté pour le Sahara. L'écho politique a été assez faible: à notre connaissance, un seul journal, El Mundo, en a parlé. Un marathon de solidarité a reçu, quant à lui, le patronage de directeurs sportifs, d'institutions publiques ainsi que du journal El Mundo qui lui a dédié une page spéciale sur son édition Internet. Il n'a pas eu un grand succès médiatique.. Accueil d'enfants pour les vacancesA noter également les différents projets de la Croix-Rouge sur les plans de l'aide alimentaire, la formation du personnel sanitaire, l'amélioration des conditions d'hygiène, ou encore les activités mises en oeuvre par l'Association des amis du peuple sahraoui. Beaucoup d'associations locales portent ce même nom. Elles se chargent de fournir des médicaments, des aliments, du matériel scolaire. Elles coordonnent également les programmes d'accueil d'enfants sahraouis au sein de familles espagnoles durant l'été.Les médias se chargent de sensibiliser la population à l'importance de la «collaboration citoyenne». Ils font vibrer la fibre humanitaire en racontant par exemple l'histoire telle que celle de Fanna. Dans ce cas, il s'agissait d'une petite fille sahraouie qui était quasiment aveugle et qui a recouvert la vue à 60% après une opération en Espagne.Le citoyen espagnol a le sentiment qu'il doit aider le peuple sahraoui. On pourrait même dire que l'animosité envers tout ce qui vient du monde islamique, réveillée par les attentats du 11 septembre, disparaît lorsque l'on parle de ce peuple, ce qui ne veut pas dire qu'il soit informé des faits historiques, politiques ou diplomatiques.Lorsque les Espagnols pensent aux enfants nécessiteux, il leur vient immédiatement à l'esprit le mot sahraoui, oubliant peut-être d'autres misères plus proches.


Une «solidarité» bien structurée

La «solidarité espagnole envers le peuple sahraoui» a été bien structurée, avec trois axes fondamentaux:- Associations d'amitié avec le peuple sahraoui- Fédération étatique des institutions solidaires avec le peuple sahraoui- Intergroupes parlementaires “paix pour le peuple sahraoui”Autour de ces trois axes se sont constituées les différentes communautés autonomes, les «plates-formes civiques» d'aide à un «référendum juste et libre au Sahara occidental», intégrées par d'autres ONG, des partis politiques, des syndicats, etc.S'est également formée une «coordination étatique d'appui au peuple sahraoui», dont les représentants des trois structures sont partie prenante. Cette coordination se réunit périodiquement pour planifier des actions conjointes et évaluer les résultats atteints. Grâce à ces structures bien organisées, un mélange de responsabilité historique et de valeurs morales a été créé. Il débouche sur le sentiment populaire selon lequel les Espagnols doivent apporter leur appui politique et leur fraternité envers le peuple sahraoui.Khadija Douieb-DiazEtudiante en journalisme à l'Université de Séville, stagiaire à L'Economiste

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