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Politique Internationale

Le livre pour enfants, premier succès de librairie

Par L'Economiste | Edition N°:33 Le 11/06/1992 | Partager

Le cinéma puis la télévision et la vidéo auraient tué les livres, les plaisirs de la lecture. Une enquête auprès des grands libraires révèle un dernier bastion de l'écrit, les livres pour enfants. Une analyse des goûts des petits lecteurs et des coûts des petits ouvrages.

DEPUIS des années, on entend que le marché du livre n'a pas de clients au Maroc, que la culture orale traditionnelle ne s'ouvre pas à l'écrit, à côté de reproches plus répandues concernant l'impact de l'audio-visuel et de l'ordinateur sur la jeunesse contemporaine. Quelle que soit la catégorie sociale d'appartenance, le livre serait considéré au mieux comme un luxe, l'apanage d'une élite ou un produit complètement dépassé.
Il serait temps cependant de remettre en question ces poncifs, tombant aujoud'hui en désuétude, particulièrement au rayon des livres pour enfants.
Si vous avez la curiosité de pénétrer dans une librairie à Casablanca, vous y découvrirez peut-être une réalité qui vous surprendra: souvent assis par terre, dans un coin, au risque de se faire basculer, surtout le Mercredi et le Samedi, des enfants sont plongés dans un livre, bande dessinée ou autre. Ou bien vous assisterez à une négociation ardue sur le choix d'un livre (Riri ou Blanche-neige?) entre un enfant de 3 ou 4 ans et sa mère, qui n'est pas sûre, dépassée par obstination et les cris du récalcitrant, d'emporter la décision.
Le phénomène est confirmé par les libraires: le livre pour enfant se vend bien, en général autant que le livre de poche. Au Carrefour des livres, un responsable affirme que le département "enfant" (de 1 à 14 ans) est celui qui fonctionne le mieux, le "champion" de la librairie.
A la librairie Farraire, plus technique, il vient tout de suite après les rayons spécialisés et la littérature.
Curieusement, il n'exite pas de barrière d'âge: tout se vend, le livre de bain en plastic, la B.D, le livre géant, le livre d'art.
Seule la clientèle varie: plus élitaire ou plus populaire selon les quartiers et les bourses, plus scolaire ou plus tournée vers le loisir, plutôt de langue arabe ou plustôt de langue française. Mais là encore, le bilinguisme gagne du terrain, comme le montrent les achats simulanés de livres-cassettes en arabe et en français, de fabrication locale, encore rares.

La B.D toujours reine

Il n'y a pas non plus de préférence particulière pour un style de livre, car tout ce qui paraît sur le marché est acheté, avec des différences selon les moyens financiers et les niveaux de culture. Entre la B.D toujours reine, les collections Gallimard - jeunesse dominante, les "livres dont vous êtes le héros", la Bibliothèque Rose qui renaît (la comtesse de ségur revient en force), le livre-câlin en tissu doux, les contes de fées, la littérature classique ou l'encyclopédie, on ne peut élire de best-seller. Dans cette variété chacun trouve son bonheur, et les responsables affirment que des collections complètes disparaissent parfois rapidement après leur arrivée, beaucoup plus vite qu'ils ne l'auraient prévu.
A la librairie Omar Khayyam, on explique qu'une minorité de mères, généralement intellectuelles, achètent surtout pour leurs enfants des livres à la fois amusants et formateurs. La grande majorité opte pour le classique, les contes de fées qui expriment toujours l'enfance et les fantasmes hantant l'imaginaire des parents. Les autres enfant se laissent tenter par "n'importe quoi", tout ce qui se vend pour les enfants. Et si le prix est un critère d'achat, voire un obstacle sérieux, il n'en constitue pas, semble-t-il, un empêchement catégorique.
En général ce sont les parents qui achètent, mais parfois très tôt, ils ne parviennent pas à imposer leur choix à l'enfant. Ils négocient avec lui, en fonction de l'intérêt présumé du livre, et du prix, surprenant par sa cherté (les plus petits livres en langue française coûtant entre 15 et 20 DH, pour une qualité inférieure). Vers l'âge de 10 ans, des enfants commencent à venir eux-mêmes, à la librairie choisir un livre pour lequel ils ont épargné de l'argent de poche, discutant alors avec les parents pour obtenir une coopération financière, la plupart du temps accordée. En effet, quelque soit leur niveau intellectuel, qu'ils soient pédagogues ou analphabètes, les parents sont persuadés de l'importance, voire de la nécessité de lire pour leurs enfants, et souvent se privent pour leur permettre d'accéder à une culture à laquelle ils n'ont pas toujours eu droit eux-mêmes. Mais le goût de lire vient des enfants. Un goût qui se perd, dit-on de tous côtés, quand le livre devient un outil scolaire imposé, qui oblige souvent à des lectures sans en dégager ce qui est essentiel pour l'enfant, la formation de son imaginaire.
Caractéristique de cette tendance: le livre constitue un cadeau, souvent considéré comme neutre, appéréciable et apprécié. "Mercredi et Samedi sont les jours des pagquets-cadeaux, souvent demandés par des enfants ou des mères pour des anniversaires" racontent en souriant les responsables.
Pour les enfants qui n'aiment pas lire, Gallimard vient de publier un livre de Daniel Pennac "Comme un roman", où l'auteur édicte les "droits imprescriptibles du lecteur", à commencer par "le droit de ne pas lire" (voir encadré).

Un barrage, le prix

Le tableau cependant se nuance d'ombres: s'il n'est "pas vrai que les gens ne lisent pas, ils le font quand ils en ont l'occasion, et la formation à la lecture commence par les enfants" comme on l'affirme dans les librairies, par contre tous les libraires s'entendent pour déplorer que le livre soit trop cher, étant importé de France (pour la plupart) et en raison du cours du Dirham. Les prix ont parfois presque triplé depuis 5 ans. Les livres de coloriage, très formateurs pour les petits, ont même dsparu du marché en raison des droits de douane prohibitifs qui taxent le cahier non écrit. La bande dessinée se vend entre 81 et 86DH (au lieu de 35 à 40DH), la collection des "Martine" qui coûtait 15DH, se trouve aujourd'hui à 48DH. Un petit livre de Walt Disney vaut 62DH, Folio Junior à partir de 58DH, Grasset jeunesse 78DH, un Atlas illustré de l'histoire du monde 198DH. Le prix reste donc un barrage, le plus important, certains disent "le seul problème" pour la vente des livres pour enfants, surtout parmi les livres en français.
Par contre les livres en arabe, même importés du Liban, restent abordables, confortant ainsi une distanciation culturelle par le biais économique et la langue véhiculaire.

Inaccessible librairie

Une différenciation culturelle préexiste cependant aux critères économiques. En effet les parents accèdent aux désirs de leurs enfants en fonction de leurs moyens. Le vrai problème ici est d'abord de dépasser l'obstacle culturel qui fait de la librairie un lieu inaccessible à ceux qui n'ont pas à leur actif de sérieurses études, des habitudes littéraires. Pour eux, des librairies s'improvisent, à bon prix, en plein air, sur les trottoirs des boulevards passants, et le salon du livre est fréquenté par des catégories sociales défavorisées. Mais la solution se trouve aussi dans le fait de former la jeunesse à la lecture. Si on n'ose pas rentrer dans une librairie quand on n'y est pas habitué, la volonté existe aujourd'hui de faciliter le passage en banalisant le livre: expositions dans les écoles, les cinémas, lieux de lecture (encore rares) "pour mettre l'idée même de culture à portée de main-avant la bourse" suggère un responsable du Carrefour des livres, lui ôter son caractère fortement élitiste et obéir aux exigences bi-culturelles de la société et de l'Ecole au Maroc.

Thérèse BENJELLOUN

La création d'un livre - produit local

LES éditeurs marocains bougent en cette période pour créer des livres, enracinés dans la culture du pays, de bonne qualité et de prix abordable.
Il y a quelques années, la société SODEN avait publié des petits livres à 9DH qui ont eu beaucoup de succès. La SMER édite des cassettes bilingues (il existe des livres-cassettes de fabrication locales, très prisés, sponsorisés par la vache qui rit en particulier, déjà bien connue dans le monde des jeunes). Le Fennec, Eddif-Maroc travaillent sur des projets.
A ce titre, la responsable de l'édition chez Eddif-Maroc donne les raisons de cet effet pour publier des livres pour enfants, en langue française, avec des références marocaines à l'intention des 6-12 ans. Si les initiatives isolées naissent en ce moment, c'est dans la mesure où une nouvelle sensibilité apparaît, avec la conscience d'un marché du livre pour enfants, un rapport à l'écrit différent. Les parents, de plus en plus scolarisés, constituent une frange de population ayant un "effet d'entraînement" pour donner aux jeunes l'habitude de la lecture, en dehors du format et des références scolaires.
Conçus par un groupe de pédagogues et une illustratrice, ces livres traiteront de sujets concernant le Maroc (sa flore, sa faune par exemple), créant dans le livre un espace socio-culturel où l'enfant puisse se retrouver, reformuler son imaginaire à travers une langue seconde, le français -opération doublement formatrice-, et ouvrir une sensibilité nouvelle au monde à partir d'une identité sereine sans fascination de l'Occident et de ses mythes technologiques.
Les prix devraient être abordables pour une exigence qualitative, mais des contraintes subsistent: celle de l'illustration, car on ne trouve pas de tradition d'illustration du livre pour enfant au Maroc; celle du contenu, lié à la langue porteuse de sa logique et de son imaginaire culturel; celle de la réalisation qui demande de repenser le livre comme un objet neuf dans une perception renouvelée; celle enfin de la promotion commerciale à opérer.
Le projet devrait s'achever en automne par une première série de publications. S'il passionne ses promoteurs, qui l'envisagent aussi comme un moyen de reprendre et de préserver la tradition orale du pays qui a suivi le mouvement de l'exode rural, il se heurte pour l'instant à des difficultés de création.

T.B.

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