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Economie

Le dossier injustice rouvert
Par Aziz LAHLOU, professeur d'université

Par L'Economiste | Edition N°:1442 Le 22/01/2003 | Partager

Si l'on a pu à juste titre critiquer le comportement féodal des partis politiques dans l'éditorial de Abdelmounaïm Dilami publié dans L'Economiste du 3 janvier, au nom de quoi serait-il interdit de reprocher à ce ramassis de profiteurs de tirer profit de l'institutionnalisation des injustices dans notre pays. Les apparatchiks tiennent bon, défendent bien leurs privilèges et veulent les transmettre coûte que coûte à leur descendance. Des postes ministériels et équivalents sont confiés à leurs rejetons, quelques-uns parmi eux, politiquement incultes, comme le dévoilent régulièrement les séances parlementaires, diffusées par la télé... Mais, malgré tout, ils commencent à goûter aux plaisirs du pouvoir, d'autant plus qu'ils n'ont rien fait de méritant pour arriver à ce stade, si ce n'est leur descendance “dynastique”. Le peuple qui regarde le ridicule à la télévision ne s'identifie pas à ces personnages, il ne s'y reconnaît pas. Ceci est un handicap supplémentaire pour la démocratisation du pays. Il donne à cela une consonance idéologique de lutte des classes, avec des dominants et des dominés. Il est clair que cela est aussi fondamental pour toute conception de nous faire croire que le Maroc a changé. C'est du vent! de la littérature!... Quel que soit notre engagement politique, lorsque nous avons en face la misère, le chômage, l'exclusion, l'analphabétisme, on a à se poser des questions. Pourquoi en sommes-nous à ce stade? Nous ne devons pas non plus nous cacher que nous sommes aussi souvent en présence d'une injustice institutionnalisée par l'Etat. Des situations de rente, des salaires versés par le budget de l'Etat ad vitam aeternam à des anciens ministres, alors qu'ils ont la possibilité de souscrire quand ils sont en activité à une assurance-chômage, s'ils se sentent incapables de se reclasser dans la vie civile. L'Etat doit leur verser, comme cela existe dans les pays démocratiques, un mois de salaire par année d'activité. C'est en quelque sorte une indemnité de remerciement pour services rendus. L'ancien Premier ministre doit bénéficier aussi et dans les mêmes conditions de ce traitement de reconnaissance pour services rendus. L'article 5 de la Constitution de 1996 affirme que “tous les Marocains sont égaux devant la loi”, alors pourquoi tous les Marocains ne bénéficient-ils pas des mêmes traitements? Pourquoi les anciens membres du gouvernement gardent-ils près de 39.000 DH de salaire alors que le Premier ministre garde l'intégralité de son salaire? Sommes-nous franchement dans un régime féodal moyenâgeux, sinon, quel est l'intérêt de maintenir ces privilèges scandaleux et inadmissibles dans un pays qui vit la misère et l'exclusion? En un mot, c'est de la provocation! L'intérêt de maintenir ces privilèges devant un peuple malheureux consiste à développer une stratégie de provocation. Le débat est ouvert, récupéré par des mouvements intégristes, pas forcément démocratiques. Si la presse s'intéressait uniquement aux banalités du quotidien, son rôle n'aurait aucun sens. Ce serait une grave erreur de la part des responsables politiques de continuer à se taire à propos de cette question. Au moment où commence le débat sur les privilèges, il est bon que ce sujet, et bien d'autres, soient soulevés. L'édito de Dilami nous sort des sentiers battus d'un suivisme politique corrompu, diffus et obsessionnel. Il serait en effet souhaitable que le traitement, salaire et avantages du ministre des Finances, très médiatisé par ses contradictions, soient établis dans la clarté et la transparence. D'ailleurs, est-il admissible que l'on ne puisse pas savoir combien gagne exactement notre ministre des Finances?Il y a quelque temps, en France, dans une émission télévisée, des ministres se sont présentés avec leur bulletin de paie à la main. Cet exemple méritait bien d'être signalé. Il y a cinq ans, le ministre des Finances a demandé à ses collaborateurs, lors de son investiture: “Aidez-moi à ne pas changer, aidez-moi à rester moi-même!” C'est ce même ministre qui surfiscalise la consommation, refuse une poignée de dirhams d'augmentation aux fonctionnaires, qui bloque la promotion pécuniaire à ses anciens collègues professeurs d'université... Il critique parfois, avec quelque pertinence, certaines dépenses de l'Etat, mais curieusement, n'a jamais voulu publier par voie de presse le montant de ses primes qu'il prélève sur le budget de l'Etat. Ces excès nuisent évidemment à notre démocratie, font le lit des barbus et des tordus de tous les extrémismes... En vérité, la prochaine consultation électorale sera le moment du choix. Et qui, alors, va se charger d'expliquer au peuple que le Maroc a changé?

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