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Politique Internationale

Le cochon, le plus sale ami de l'homme

Par L'Economiste | Edition N°:538 Le 28/06/1999 | Partager

· Banni chez les Musulmans, le cochon ailleurs est bon à penser: Mythes, légendes ou sagas
· Dans "Mythologies du porc" défilent truies, verrats, gorets et laies comme animaux symboliques


LA chance, c'est que Borges, se référant à une improbable encyclopédie chinoise, les cite, au quatrième rang(1). "Les animaux, écrit-il, se divisent en: a) appartenant à l'Empereur, b) embaumés, c) apprivoisés, d) cochons de lait, e) sirènes, f) fabuleux, g) chiens de garde, h) inclus dans la présente classification, i) qui s'agitent comme des fous, j) innombrables, k) dessinés avec un pinceau très fin en poils de chameau". Mais, malgré cela, entre cochons de lait, truies, pécaris et laies, verrats et babiroussas, sangliers, phacochères, gorets, marcassins, pourceaux, cochonnets et porcelets, on a quand même du mal à repérer, sauvage ou domestique, le vrai porc.
Peu importe, non? "La preuve du pudding, estimait Engels, c'est qu'on le mange". Cela doit valoir aussi pour le porc: "C'est parce que cette bête est faite pour nourrir les hommes que la nature n'en a produit aucune qui fût plus fécond", lit-on chez Cicéron (De la nature des dieux, LXIV, 160). Autrement dit, il est vain de vouloir définir le pur porc. Pour parler de cochons et truies comme bêtes symboliques, s'est tenu l'an dernier, à Saint-Antoine-l'Abbaye (Isère), un colloque international. Les actes, mythologies du porc, en sont publiés aujourd'hui, sous la direction de Philippe Walter. Autant prévenir: conscients que "consacrer un ouvrage entier au porc" pourrait ne paraître "ni sérieux ni très académique", les coauteurs, pour traiter un sujet si indigne, ont voulu utiliser les plus dignes outils d'analyse linguistique, étymologique, symbologique, anthropologique ou lexicographique, et pousser à l'excès le souci de "scientificité". Aussi il n'est qu'à lire l'intitulé de quelques contributions: "Le motif du sanglier dans les mythes et le folklore japonais" (Kôji Watanabe), "Graisse, sagesse et immortalité.
Le verrat merveilleux et le culte du porc dans la littérature islandaise du "Moyen Age" (As dis R. Magnusdottir), "Comique folklorique et mémoire littéraire dans le cochon de Boccace" (Patrick Mula), etc. - n'a-t-on plus de raisons de redouter ici des ignorances, voracité, gloutonnerie, sottise, lubricité, méchanceté d'avoir entre autres ravagé le champ de blé de Déméter, qui a révélé aux hommes le secret de l'agriculture, ou tué Adonis, symbole de la beauté des jeunes gens, a lourdement lesté la réputation du porc: du coup, son ignominie a été transférée aux dépravé(e)s, aux "cochon(ne)s", aux hommes et femmes qui n'ont plus ni "le ciel étoilé au-dessus de leur tête, ni la loi morale au fond de leur coeur".
Parmi les symboles à forte résonance, rares sont ceux qui sont univoques. La duplicité du porc est particulièrement marquée. Il est la noirceur (porkos = sombre ou tacheté) et la saleté, la lumière et la sagesse. Qu'il soit immonde se voit d'abord à son port: il est incapable de lever les yeux au ciel, et, son groin collé à la terre, à la fange, à l'immondice, il ne peut rien voir de ce qui est beau, ne choisit guère sa nourriture, se goinfre, tandis que la truie s'engrosse et met bas, dévorant parfois ses petits.
Presque partout, pourtant, ces images ont leur recto. La truie qui, sauvage, mange ses petits était, dans l'Egypte ancienne, un des symboles de la déesse céleste Nut, dont les enfants (les étoiles) disparaissent le matin puis renaissent le soir. Chez les Germains, la déesse Freya portait le surnom de Syr, "truie", et, en Gaule, existait un dieu, assimilé à Mercure, qui se nommait Moccus, "porc".

Robert Maggiori
Syndication l'Economiste-Libération (France)

(1) Livre de Philippe Walter Mythologies du porc aux éditions Jérôme Millon


La valeur du porc en montée progressive?


LE mot norrois Joffur, traduit par "roi, chef", signifie à l'origine "verrat".
En dessinant une sorte d'"escalier axiologique du porc dans les cultures indo-européennes", c'est-à-dire en montrant comment la valeur du porc "monte" progressivement des Indiens ("aucun mythe, aucune fonction ne s'attachent à un animal qui est proprement absent des textes de l'Inde ancienne") aux Iraniens, aux Hittites, aux Balto-Slaves, aux Grecs, aux Germains, aux Italiques et aux Celtes, Bernard Sergent montre l'origine extrêmement noble du porc: le mot su-s (présent par exemple dans l'italien suino, ou le français suidés) se rattache à la racine suH-, qui signifie "engendrer", et, en un sens plus primitif encore, "déverser" - que l'on retrouve dans de nombreux mots, "de la «pluie» en grec (huetos) et de la bière indienne, la sûra jusqu'à notre soupe et à des noms de fleuves comme la Save ou la Sèvre".

Loué pour sa fécondité


Le porc est l'"engendreur", le mâle fécondateur "qui se déverse" dans la femelle. Confirmant cette liaison à l'idée de fécondité, Plutarque rapporte que le porc jouit d'une haute considération, parce que porcs et truies sont loués pour leur fécondité et vilipendés pour leur gloutonnerie sexuelle ou alimentaire, "leur impureté et leur agressivité parfois diaboliques et infanticide" (François Delpech). Sangliers et laies tantôt représentent les "forces destructrices latentes dans la nature sauvage", tantôt symbolisent "les vertus guerrières", la connaissance, la sagesse ou renvoient à la classe sacerdotale des druides. On ne sait pas vraiment ce qui est bon donc dans le cochon! Ce qui n'a pas empêché que des porcins on ait nourri (ou on s'est interdit de nourrir) autant l'esprit, l'imaginaire, que la panse. D'ailleurs, Rabelais, faisant aller Pantagruel chez "les Engastrimythes et les Gastrolatres", cite Aristophane, Sophocle, Hippocrate, Juvénal, saint-Paul et "plusieurs sages et antiques philosophes", avant de décrire (Quart Livre, LIX) les richesses qu'on peut tirer de "truyes" et "pourceaux": "andouilles caparaçonnées de moutarde fine, saucisses, hures de sanglier, cochons au mousse, pieds de porc...".

Robert Maggiori

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