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La quête de l’investissement étranger
Par Jean-Michel SEVERINO

Par L'Economiste | Edition N°:2256 Le 17/04/2006 | Partager

Jean-Michel Severino, inspecteur général de finances, est directeur général de l’Agence française de développement ([email protected]) et professeur associé au Cerdi de l’Université d’AuvergneLa réunion de Hong Kong, au sein du cycle de négociations commerciales de Doha, a laissé un sentiment de frustration dans le monde en développement, vu la lenteur de la libéralisation agricole concédée par les pays riches. Aussi peut-il paraître naïf ou contre-productif d’élever la barre des objectifs et de proposer, qu’au-delà du commerce, l’investissement soit placé au sommet des priorités internationales. Pourtant, un «cycle du développement» peut-il ignorer cet enjeu et mériter son nom?. Propositions multilatéralesLe cycle de Doha prévoyait à l’origine de traiter le dossier de l’investissement. Les pays du Sud, toutefois, ont fait le choix de le maintenir au second plan pour se concentrer sur l’agriculture. Cette tactique s’est révélée à double tranchant.En Chine, au Brésil, en Malaisie ou au Mexique, les investissements directs étrangers (IDE) assurent entre 8 et 12% de la formation brute de capital fixe, sans créer d’endettement. Les pays les moins avancés attirent moins de 3% des investissements Nord-Sud mais ces flux représentent plus de 3% de leur PIB, un niveau supérieur à la moyenne des pays en développement. Dans l’espoir de stimuler les IDE, les accords bilatéraux se sont multipliés, mais ils permettent rarement d’obtenir des engagements équilibrés. La concurrence entre Etats pour attirer les investisseurs est devenue intense et peu, à l’instar de la Chine ou l’Inde, sont en mesure de négocier avec les nations industrialisées sur un pied d’égalité. Les pays du Sud ont donc intérêt à réclamer un dialogue multilatéral sur les conditions de l’investissement afin d’obtenir certaines garanties collectives (voir encadré). A quelles conditions peut-on espérer remettre sur les rails un accord multilatéral sur l’investissement? Pour être viable, ce dernier devra reconnaître les besoins légitimes de régulation. Il devra aussi aider les pays du Sud à faire face à la montée des normes de «responsabilité sociale et environnementale» qui structurent, de plus en plus, les pratiques des entreprises et les demandes des consommateurs. Un code éthique des investisseurs devrait être intégré, de même qu’une clef de partage des coûts de la mise en œuvre de ces normes entre Etats, opérateurs étrangers et sous-traitants locaux.. Eviter le dumping entre pauvresCertes, imposer les mêmes conditions d’investissement dans tous les pays pourrait réduire l’incitation à investir dans les moins attractifs d’entre eux. Toutefois, un accord pourrait différencier des catégories de pays, l’essentiel étant d’éviter les phénomènes de dumping entre nations de même niveau de développement.Pour aboutir, une négociation multilatérale devra aussi faire justice aux attentes des opérateurs étrangers dont il s’agit de sécuriser les capitaux. Un accord devra améliorer le climat des affaires, sa transparence, sa prévisibilité, en engageant les Etats et en encadrant leurs interventions, sans toutefois les réduire à néant. Cela contribuerait à réduire la probabilité des crises tout en définissant, face à ces dernières, des mécanismes de répartition des coûts.Assurément, aucun accord multilatéral sur l’investissement ne pourra résoudre tous les problèmes institutionnels et les défaillances de marché qui empêchent le capital de se diriger vers le monde en développement. Certains économistes relèvent «l’imperfection de l’information», qui empêche les entreprises d’identifier les rendements élevés du capital disponibles dans les pays du Sud. Si cette vision est juste, un accord pourrait créer de nouveaux instruments de diffusion de l’information, tout en manifestant l’engagement des pays pauvres à accueillir l’investissement.D’autres observateurs mettent en avant les rendements croissants qui accompagnent la concentration du capital - une force centripète défavorable aux pays pauvres. Au minimum, une négociation multilatérale serait l’occasion de reconnaître ce problème, réfléchir à la coordination des investissements, et faire évoluer l’aide au développement en conséquence. En dépit de sa complexité, et du besoin d’accompagner techniquement les nations les plus faibles dans cette négociation, un accord multilatéral sur l’investissement devrait figurer au sommet des priorités internationales. Alors que le commerce agricole oppose frontalement les intérêts des pays riches et des pays pauvres, la promotion de l’investissement vers le monde en développement peut les réunir autour d’un objectif commun.


Orienter les IDE

Sans revenir aux illusions de la planification économique, les pays en voie de développement devraient pouvoir poser des conditions aux investisseurs pour optimiser l’impact local du capital étranger sur l’emploi, la diffusion technologique, les partenariats stratégiques, etc. Les pays en développement peuvent aussi avoir besoin de favoriser leur secteur privé domestique et certaines «industries dans l’enfance» par des mesures temporaires de protection, permettant une mise à niveau sur le chemin de la libéralisation.Ces propositions n’ont rien d’hérétique. Les pays développés ont largement fait de même. Au XIXe siècle, les Etats-Unis ont restreint l’investissement étranger dans plusieurs secteurs-clefs, par exemple la finance. Aujourd’hui, comme l’Union européenne, ils surveillent de près les fusions-acquisitions internationales. Les pays émergents d’Asie s’écartent eux aussi du pur modèle libéral. Même l’Irlande, championne de la libéralisation économique, adopte désormais une approche plus sélective.Le refus de reconnaître ces stratégies a conduit à l’effondrement de l’Accord multilatéral sur l’investissement en 1998, après trois ans de négociation entre pays de l’OCDE. Le projet apparaissait, non sans raison, comme une atteinte à la souveraineté des Etats: il instaurait un principe rigide de non-discrimination entre entreprises étrangères et locales, abolissant les marges de manœuvre des pays récepteurs sans contrepartie. Cette perspective serait d’autant plus inacceptable pour les pays en développement.Copyright: Project Syndicate, 2006. www.project-syndicate.org

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