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Economie

La crise, une réalité pour la moitié des entreprises

Par L'Economiste | Edition N°:63 Le 21/01/1993 | Partager

"Oui, il y a une crise" est la réponse nette et sans bavure de 33 des 58 entreprises interrogées par la rédaction de L'Economiste. En revanche, 21 entreprises ne ressentent pas de crise. Le coup de sonde, au-delà du partage entre "crise ou pas crise?", fait apparaître des portraits sectoriels très typés et des comportements nouveaux chez les entreprises.

Les 58 entreprises interrogées ont répondu aux questions de façon complète et, à l'exception de trois d'entre elles(1), ont estimé nécessaire d'ajouter des commentaires qualitatifs.

Quelque 57% des sondées, soit 33 entreprises, se disent victimes de la crise, et parmi ces 33 entreprises, 11 ont qualifié la crise de "forte", "profonde" ou "sérieuse", soit un tiers des entreprises en crise et 19% de l'ensemble des sociétés interrogées. Dans ces 11 cas, les baisses de chiffre d'affaires vont de 15 à 50%. Quatre avancent des baisses de 50%.

Concentration des risques

Le sondage fait nettement ressortir des concentrations de risques dans des branches très typées. Les branches les plus touchées sont le matériel agricole, le matériel de travaux publics, le matériel de transport, la fonderie-chaudronnerie et l'immobilier. Cependant, à l'intérieur du matériel, les entreprises signalent le bon comportement du matériel hydraulique, comme l'on s'en serait douté.

Les 21 entreprises, soit 36% des sociétés sondées, ne ressentent pas de crise. Elles avancent des croissances(2) de CA comprises entre 5 et 25%. Elles se trouvent, elles aussi, dans des secteurs très typés, quoique parfois surprenants. Se trouvent bien les branches de la pharmacie et du phytosanitaire, le tourisme, l'énergie et des entreprises de textile. La distribution du gaz et des hydrocarbures, le matériel lié à la production d'énergie sont des branches qui se portent bien, santé à rapporter aux plaintes récurrentes des entreprises quant aux difficultés techniques provenant des coupures électriques. La présence d'entreprises de textiles du côté des optimistes est surprenante. Les commentaires des états-majors interdisent de faire des classements par branches ou sous-branches: les résultats de l'entreprise dépendent de la gestion, des relations commerciales, de l'imagination...

Cinq entreprises ne se prononcent pas sur les causes de la crise, dont une seule elle-même en crise. Toutes les autres ont des avis, même si elles ne sont pas elles-mêmes en crise.

Curieusement, la sécheresse n'est évoquée que dans 33 réponses, pratiquement à égalité avec les coûts-rareté des financements (32 réponses). Autre analyse inattendue: 8 sociétés tiennent à préciser, et ce de manière spontanée, que la sécheresse joue sur la psychologie plus que sur la réalité économique. Notons, pour la rigueur de l'observation, que 2 entreprises des branches touristiques citent bien la sécheresse, mais l'analysent à l'envers: "la sécheresse, c'est le soleil, donc les touristes et le chiffre d'affaires en hausse".

En revanche, l'imputation de la crise aux coûts ou à la rareté des financements est dispersée sur l'ensemble des secteurs et des branches. La moitié des entreprises qui citent le financement précisent spontanément l'origine des difficultés de financement: la pénurie de liquidités pour 9 d'entre elles, les retards de paiements de l'Etat pour 5 entreprises et enfin la réduction des budgets public pour 4 sociétés.

La morosité ou la dépression des marchés extérieurs sont citées 18 fois parmi les causes de la crise, y compris par des entreprises qui n'exportent pas. Ceci est probablement le signe d'un fort sentiment d'implication dans l'ouverture, même si, en pratique, l'entreprise n'est pas directement en prise sur la conjoncture internationale.

La pêche, la banque et l'assurance font bande à part pour identifier l'origine de la crise. Pour la pêche et les activités annexes, c'est évidemment la baisse des prises ou des approvisionnements, loin devant le marché international. Pour la banque, ce sont les restructurations, surtout chez les PME et pour l'assurance c'est la situation de leurs clients sans pour autant que cette situation soit reconnue comme venant de la sécheresse ou des financements.

Sortir de la crise

Les sorties de crise invoquées par les entreprises dressent un paysage nouveau des comportements et de la mentalité des entreprises. Certes, la pluie vient largement devant les autres solutions, puisqu'elle revient chez 60% (38 réponses) des 58 entreprises interrogées, y compris chez celles qui ne sont pas en crise. Globalement, les réponses refusent les attitudes passives. Seulement deux entreprises disent sombrer dans le "désespoir", contre 13 qui le refusent, avec des mots très forts, confinant même aux valeurs culturelles, nationales, morales...

A la question de savoir si les mises en chômage sont des solutions, 11 entreprises les rejettent, mais 5 d'entre elles le font pour des raisons morales ou macro-économiques. 10 entreprises indiquent avoir déjà pris des mesures de chômage partiel et précisent qu'elles le font en essayant de répartir l'impact sur le personnel, plutôt que de choisir les licenciements secs.

Les stratégies de sortie de crise (ou pour éviter la crise chez les entreprises qui se disent épargnées) sont classiques: nouveaux produits (21 réponses) et nouveaux marchés (18 réponses).

L'évolution des comportements réside dans les détails que tiennent à apporter les entreprises. C'est ainsi que spontanément elles citent pas moins de 24 options possibles (dont 15 relevant de la seule décision de l'entreprise) pour gérer, amortir ou sortir de la crise: changer de méthodes de travail, faire de la publicité ou de la promotion en général, serrer les stocks, rechercher des partenaires, rationaliser dans les frais généraux, surveiller les recouvrements, sélectionner les clients, surveiller la concurrence... Seulement 4 entreprises souhaitent une intervention publique par l'injection de liquidités.

Les autres idées mettant en jeu la décision politique préfèrent aller sur les terrains de l'assainissement sectoriel de la baisse de la fiscalité ou de la réglementation des délais de paiements.

Nadia SALAH
Enquête de l'ensemble de la rédaction de L'Economiste

(1) Le sondage a été effectué au cours des deux dernières semaines de Décembre et pour l'essentiel avant le 25 Décembre. Pour des raisons évidentes, le sondage a exclu les entreprises strictement agricoles, mais il a retenu les sociétés industrielles ou commerciales en amont et en aval de l'agriculture. Il n'y a eu qu'un seul refus de réponse pour 59 entreprises interrogées. Une entreprise s'est estimée trop jeune pour pouvoir relativiser sa croissance. Une autre a préféré parler de son secteur en entier, indiquant qu'il est en crise et une troisième a expliqué qu'il y a une crise générale, mais que pour ce qui la concerne, elle ne la ressent pas.

(2) Les plus forts taux de croissance sont expliqués par des rattrapages par rapport à l'exercice 91 et concernent les branches des voyages et de l'hôtellerie.

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