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Culture

Je m'insurge
Par Rida LAMRINI

Par L'Economiste | Edition N°:1471 Le 07/03/2003 | Partager

Le sort de quatorze enfants est aujourd'hui entre les mains de la justice. Leur crime? Mettre en danger la foi musulmane. Parce qu'ils s'adonnent à leur musique favorite et portent leurs habits préférés!Je m'insurge! Et de la façon la plus véhémente! Je dis que la liberté est en danger. La privation de liberté de ces quatorze jeunes, fût-elle préventive, est la nôtre à nous tous. Leur devenir est celui des nôtres. Les souffrances de leurs parents sont les nôtres. Avons-nous fini de régler tous les problèmes du pays pour nous attaquer à des jeunes qui veulent vivre leur temps? Et de quelle menace à la foi musulmane s'agit-il?Rien n'ébranle ma foi musulmane autant que mon impossibilité à m'agenouiller devant le Créateur lorsque l'envie me prend dans une mosquée durant la journée, alors que pullulent dans la ville les endroits où coule à longueur de journée et de nuit ce liquide qu'interdit justement l'islam. Rien n'ébranle ma foi musulmane autant que ces fonctionnaires corrompus qui exigent du citoyen une obole avant de lui rendre le service qui lui est dû et pour lequel il paie des impôts à longueur d'année. Rien n'ébranle ma foi musulmane autant que ces politiques qui se présentent à nos suffrages et achètent sans vergogne les ventres creux des plus démunis parmi nos citoyens, pour ensuite se livrer au pillage des richesses publiques. Rien n'ébranle ma foi musulmane autant que ces ministres qui se succèdent, promettent la lune et s'en vont dans une retraite dorée payée par mon argent de contribuable, sans qu'aucun compte ne soit demandé à ces responsables au-dessus de tout soupçon. Rien n'ébranle ma foi musulmane autant que le spectacle de ces jeunes qui bravent marées et tempêtes, fuyant un pays qui n'a à leur offrir que misère, chômage et néant culturel. Rien n'ébranle ma foi musulmane autant que le spectacle de nos hôpitaux et les conditions dans lesquelles sont traités nos malades. Rien n'ébranle ma foi musulmane autant que la vue de ces infects taudis où s'entassent des générations de familles, y trouvant une protection illusoire et un semblant de repos à tour de rôle. Rien n'ébranle ma foi musulmane autant que ce procès que l'on a fabriqué pour des jeunes qui veulent vivre leur temps. Rien n'ébranle ma foi musulmane… autant que… je ne vois pas le bout de la liste de toutes les menaces qui pèsent sur elle quotidiennement.Alors, où sont les magistrats pour juger la vente d'alcool interdit par l'islam, réprimer la corruption interdite par l'islam, punir le mensonge et l'achat des âmes interdits par l'islam, remettre dans le droit chemin ceux qui abusent de leur pouvoir, corriger ceux qui veulent museler la liberté d'expression, châtier ceux qui ont détourné à leur profit les ressources de la nation, rendre justice aux petites gens écrasées par les vicissitudes du quotidien, pendant que les intouchables se pavanent au-dessus des lois? Est-il possible que quatorze jeunes musiciens ébranlent à ce point notre foi musulmane pour que notre justice s'occupe de leur cas, toute affaire cessante? A-t-on fini de traduire en justice tous les puissants qui ont pillé les richesses de ce beau pays pendant des décennies et en ont fait ce qu'il est devenu maintenant avec son cortège de problèmes?Avons-nous oublié nos années de jeunesse à nous? J'ai crié Yeah! Yeah! Yeah! avec les Beatles! J'ai laissé flotter mes longs cheveux au vent! J'ai pratiqué avec ferveur Make love not war! J'ai plané très haut jusqu'à voir Lucy in the Sky of Diamonds!… D'autres ont communié avec Nass al Ghiwane et Jil Jillala. A chaque époque ses chantres et ses fidèles. Mais chacun finit par trouver sa voie.Et si aujourd'hui, je proclame La Illaha Illa Allah, Mohammed Rassoulou Allah, c'est dans le respect de la liberté de tout un chacun. Ma liberté me donne le droit d'essayer de gagner l'autre à mon chemin comme me le commande ma religion. L'autre a le droit de choisir son chemin, comme Dieu lui en a donné la liberté.Il y a six ans, je m'étais adressé à la jeunesse de ce pays à travers un ouvrage que j'avais intitulé «Le Maroc de nos enfants«. En introduction je disais:«A l'aube du troisième millénaire, je pense à vous, enfants d'aujourd'hui adultes de demain et ne peux m'empêcher de m'interroger sur l'état du pays que nous sommes sur le point de vous livrer. Avons-nous répondu à vos attentes? Seriez-vous fiers de votre héritage dans le concert des nations civilisées? L'Histoire et vous-mêmes en seriez les juges… Puissent-elles vous trouver plongés dans les autoroutes de l'information, apportant fièrement la digne contribution de votre beau pays à la civilisation commune des nations avancées de votre siècle«.A l'époque, je revenais du Canada, volontairement, à un moment où le flux dans l'autre sens ressemble plus à un torrent déchaîné qu'à une file de voyageurs. Mon motif? Réinsérer mes enfants, dont l'aîné avait sept ans, pour qu'ils s'enracinent dans leur pays. Aujourd'hui, mes enfants voient leurs amis et des enfants de leur âge devant la justice parce qu'ils jouent du hard rock et portent des T-shirts noirs et autres babioles. Ils en sont broyés. Je m'en suis rendu compte lorsque j'ai trouvé cet écrit de mon fils. Je vous laisse juges de son appel de détresse.oRida Lamrini dirige une entreprise de services informatiques, Ntway, qu'il a fondée après avoir été conseiller économique auprès de l'ambassade du Maroc au Canada. Il est plus connu pour ses romans publiés en feuilleton par L'Economiste. Ces deux romans, «Les Puissants de Casablanca« et «Les Rapaces de Casablanca«, ont été des best-sellers en librairie. Farida Benlyazid en a tiré un film «Casablanca, Casablanca«, qui a eu un succès important.


Aidez-nous s'il vous plaît!!

Le monde a changé. Tout le monde évolue. Et dommage, pour l'instant, le Maroc ne fait pas partie de ces pays. Ces quatre dernières années, en tant que jeune Marocain, j'avais beaucoup d'espoir, tous mes jeunes amis avaient de l'espoir. Nous avons été déçus. Nous savons que cela prend du temps. Mais quand on voit que la corruption continue, les vols des caisses de l'Etat existent encore et on libère les grands voleurs de banques, les hauts fonctionnaires imposent leur manière, interdisent des journaux, les kidnappings politiques persistent, les élections sont truquées, une poussée des extrémistes commence, la liberté de parole est médiocre, lorsque je visite les bleds, je suis envahi d'un sentiment de désespoir, et avec tout cela, on ne peut être que pessimiste.Je sais que je suis encore très jeune, encore naïf, fougueux, inconscient et tous les caractères d'un jeune, et que ma formation intellectuelle est incomplète, mais cela ne m'empêche pas de me soucier pour mon pays. Je vis ici, je voudrais voir un futur Maroc riche et développé. Je voudrais tellement dire «le Maroc est le plus beau pays de monde«. Mais j'ai peur que ce ne soit pas pour demain. La nouvelle ère n'a pas encore commencé. Tout le monde parle de quitter le pays, et les adultes disent que l'économie n'est pas brillante; en politique c'est la pagaille, et le social c'est la catastrophe. Le plus bizarre est que dans les médias pour eux tout va bien, alors qu'à l'étranger, ils critiquent beaucoup leurs ministres, leur gouvernement et toutes les autres choses anormales qui ne devraient pas leur arriver. Beaucoup de mes amis veulent partir, et il n'y a pas d'argument solide pour qu'ils restent. Ils sont sûrs de trouver un horizon meilleur. Je voudrais aussi parler de la toute nouvelle affaire de la censure du hard rock et du métal. Je vis dans cette époque, et je ne comprends pas pourquoi l'Etat a qualifié ce genre de musique de satanique et même certains journaux le pensent aussi. Tout le monde écoute cette musique, et le métal est un genre immense où il existe de très belles musiques, et c'est notre époque, personne n'a le droit de nous empêcher de nous épanouir. Au lieu de s'occuper des problèmes majeurs, on s'en prend aux jeunes. Et si c'est pour satisfaire je ne sais quels groupes de pression, pourquoi ne pas s'occuper des bars qui sillonnent les villes du Royaume (comme par exemple les centaines de bars sur Mers Sultan à Casablanca où je rencontre toujours des ivrognes) ou la drogue qui a carte blanche dans les lycées, ou encore la cigarette (qui tue chaque année des milliers de personnes) et avec cela on considère le Maroc «pays musulman«, mais j'oublie que c'est pour l'argent. Même les pays occidentaux font des campagnes contre ces fléaux.Alors nous, jeunes du Maroc, lançons ce message: aidez-nous à faire du Maroc un pays merveilleux, ne nous poussez pas à le détester, construisez-nous un avenir convenable, pour nous VOS enfants, s'il vous plaît! On sait qu'il y a de l'espoir, qu'il y a la lumière au bout du tunnel. Considérez ceci comme un message de détresse! Aidez-nous!De la part d'un jeune Marocain et de ses amis qui aiment leur pays, Lamrini, 15 ans

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