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Culture

Pseudo-satanistes: L'opinion publique est choquée

Par L'Economiste | Edition N°:1471 Le 07/03/2003 | Partager

. De très lourdes sentences entre 1 mois et un an de prison. Des militants de la société civile font circuler une pétition Alors ils veulent ébranler notre foi, les 14 jeunes musiciens et fans de hard rock. Ils vénèrent Satan, portent des tee-shirts noirs, des bagues, des boucles d'oreille, et ultime sacrilège écoutent du hard rock! Et pour cela, rien que cela, ils ont écopé d'un mois à un an de prison ferme. L'opinion publique est choquée et dénonce un procès, parodie d'une justice engagée pourtant dans une réforme de fond. Cette semaine, des militants de la société civile ont fait circuler sur le Net une pétition pour soutenir les 14 rockers placés en détention provisoire depuis une vingtaine de jours en attente de leur jugement. Quelques heures avant le verdict, des membres de formations musicales et certains jeunes proches des prévenus ont menacé de faire un sit-in contre “les puritains sécuritaires”. Certains vont jusqu'à dénoncer un assainissement à l'adresse d'une jeunesse ayant pour but de l'inhiber et de la normaliser pour servir des intérêts occultes. Pourquoi cette affaire est choquante? D'abord à cause de la légèreté de l'accusation, des arguments et des preuves servant à l'étayer. Que déduire lorsque la police et le parquet s'obstinent à reprocher aux prévenus leur tenue vestimentaire “noire”? Selon les PV de la BNPJ, les “adeptes de ce phénomène pratiquent leurs rites quotidiennement en écoutant de la musique bruyante (sakhiba) -hard rock, black, heavy et death metal-, qui vénère Satan, appelle à la propagation du mal et rejette les religions monothéistes”. Et comment les reconnaître? Heureusement pour notre foi, la Brigade nationale de la police judiciaire (BNPJ), grâce à ses investigations, a pu “arrêter quelques aspects de leur personnalité”. Ils ont “les cheveux longs, mettent des vêtements bizarres noirs frappés d'images et dessins de tête de morts, de cobra, et de certains signes dont les principaux sont le Pentagramme et l'antichrist (une croix renversée). Ils portent aussi des boucles d'oreille”. Notons que ce descriptif émane d'un service de sûreté dont l'objectif reste, en définitif, la quiétude de la société et non l'initiation d'un climat de psychose. Il faut donc le prendre au sérieux. La situation est d'autant plus grave que le sataniste décrit par la BNPJ semble arborer un look si contemporain qu'il serait difficile à dissocier de la foule d'un samedi après-midi au quartier Maârif à Casablanca, de la majorité des clients des boîtes de nuit et des cafés branchés (le Hard Rock Café existe nommément à Rabat) et des cliques de motards nouvelle génération. C'est impossible. Oser porter une accusation aussi grave sur un genre musical en l'associant au démon révèle une acculturation profonde de la justice. Comment peut-on émettre un tel jugement lorsqu'on sait que la spiritualité et la superstition sont des fondements de la culture populaire du Royaume? Gnaoua, H'Madcha, Aïssaoua, ces confréries qui survivent grâce aux donations de l'Etat, ne consacrent-ils pas une bonne partie de leurs rites à invoquer le démon?


Les condamnations

• Bouchaïb Hamadani, 27 ans – 1 an de prison ferme. • Mounir Noor Chérif, 21 ans – 1 an de prison ferme. • Mohamed Ali Kamal, Egyptien, tenancier du café L'Egyptien, né en 1967 – 1 an de prison ferme avec expulsion. • Soufiane M'Rabti Ansari, né en 1981 – 3 mois de prison ferme et une amende de 1.200 DH. • Abdessamad Bourhim, sans antécédents judiciaires – 1 mois de prison ferme et une amende de 1.200 DH. • Saâd Bouidy, né en 1979 - 6 mois de prison ferme et une amende de 1.200 DH. • Oussama Fethallah – 6 mois de prison ferme et 1.200 DH d'amende. • Nabil Kanouni, né en 1979 – 1 mois de prison ferme et 1.200 DH d'amende. • Mohamed Ayoub Quortobi, né en 1971- 3 mois de prison ferme et 1.200 DH d'amende. • Youssef Hakaoui – 6 mois de prison ferme et 1.200 DH d'amende. • Samir Metrafi, né en 1978 – 2 mois de prison ferme et 1.200 DH d'amende.• Mohamed Amine Hama – 3 mois de prison ferme et 1.200 DH d'amende • Abdellatif Filali – 6 mois de prison ferme et 1.200 DH d'amende • Zakaria Abou Rokha - 6 mois de prison ferme et 1.200 DH d'amende.Tous sont sans antécédents judiciaires Adil HMAITY



Etat de non-droit?

Le Maroc est-il un Etat de droit?Dans un Etat de droit, la société est régie par les règles et non par les caprices des gouvernants.Une fois posées, les règles sont obligatoires à l'égard de tous. Il en découle un principe fondamental: dans un Etat de droit, tout ce qui n'est pas interdit est permis.Dans ces conditions, nous devons nous poser les questions suivantes:- Est-ce qu'il existe en droit marocain une règle quelconque qui interdise les T-shirts noirs?- Est-ce qu'il existe une règle qui interdise la musique rock?- Est-ce qu'il est interdit d'avoir les cheveux longs?- Est-ce que dans l'ordre juridique marocain, il existe une règle qui interdise de porter des boucles d'oreille?La réponse à toutes ces questions est “non” bien évidemment. Dès lors, il ne doit pas y avoir d'«affaire« et il ne doit pas y avoir de poursuites.Agir autrement signifie que nous ne sommes plus dans le cadre de l'Etat de droit et que tout citoyen peut être arbitrairement pris à partie, à cause de la couleur de son T-shirt ou celle de sa cravate.L'Etat qui est censé le protéger, devient lui-même une menace arbitraire.Il se raconte que les pouvoirs publics auraient déclenché cette affaire pour opérer un rééquilibrage avec les poursuites engagées contre les groupes fondamentalistes. C'est encore plus grave que l'affaire elle-même. En effet, avec cette interprétation on franchit un pas supplémentaire vers l'Etat de non-droit: chaque citoyen peut devenir l'otage d'enjeux politiques dans lesquels il n'a rien à voir.L'existence de cette affaire jette un doute sérieux sur la réalité du processus démocratique. On se demande si ce n'est pas là, justement, le but recherché par les initiateurs de cette «affaire satanique«. A. D.

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