×L'Editorialjustice régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs LE CERCLE DES EXPERTS Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière

Politique Internationale

Ghita El Khayat analyse les Maghrébines

Par L'Economiste | Edition N°:66 Le 11/02/1993 | Partager

Connue comme psychiatre, Ghita El Khayat tâte la sociologie. Elle allonge le Maghreb sur son divan, analyse ses femmes, leurs inhibitions, leurs complexes. Même les féministes sont mises en cause.

Ghita El Khayat, psychiatre à Casablanca, est déjà connue pour avoir publié, en 1985, "Le monde arabe au féminin" (chez l'Harmattan). Dans ce second ouvrage, "le Maghreb des femmes" (Eddif Maroc 1992), elle reprend sa recherche d'une autre définition du féminisme en tenant compte de l'évolution particulière qui a pu avoir lieu, en dix années, dans cette région spécifique du Monde arabe que constitue le Maghreb.

Car l'entité maghrébine existe. Et l'une de ses caractéristiques, et non des moindres, concernant les femmes du Maghreb, serait sans doute le "colonialisme (qui) a poussé envers et contre tout la femme du Maghreb vers la modernité".

Elément névralgique

Pour aborder un nouveau féminisme, Ghita El Khayat insiste sur la nécessité pour le Maghreb de se développer, hommes et femmes unis. Or, dit-elle, "les Maghrébines sont un élément capital et névralgique du Maghreb. Plus que cela, il ne bougera que si la condition féminine s'y transforme intégralement et très rapidement".

En cela, les femmes ont une responsabilité particulière, en raison de l'urgence de la stabilisation de la démographie (ce sont elles qui veulent les enfants), la tare de l'analphabétisme ou de la sous-alphabétisation, d'une approche trop naïve et, selon elle, bigote de la religion, d'une conception retardataire des us et coutumes, d'une démission globale: politique, sociale, juridique, scientifique et culturelle. Fardeau lourd à porter, défi difficile à relever, mais dont dépend l'avenir du Maghreb, en dehors des "coups d'épée dans l'eau" des féministes traditionnelles, chez qui Ghita El Khayat induit une intention psychanalytique qu'elle ne dévoile pas.

Or, les femmes des cinq pays du Maghreb, outre les nuances qui les différencient, répondraient à des ressemblances fondamentales: une démographie trop forte, voulue par les femmes ("Ce sont les Maghrébines qui font des enfants aux hommes"), une alphabétisation mal faite ou absente (on découvre que les femmes arabes seraient les femmes les plus analphabètes du monde avec un taux de 85,7% en 1970, devant l'Amérique latine 83,7%), qui amène "l'élément féminin à tirer tout le groupe humain vers le bas". On peut y ajouter la précarité de la condition féminine, la non-existence sociale de la femme, son acception d'un Islam ignoré le plus souvent dans le texte, sa réalité, opposé comme tradition à une modernité qui lui semble étrangère, une sexualité aussi mal vécue que celle des hommes.

Manque de solidarité

Prises entre une tradition à laquelle on ne peut revenir, une modernité qui leur échappe par son universalité, les femmes maghrébines bloquent le développement, affirme l'auteur, essentiellement par l'absence de communication entre elles, leur manque de solidarité. Or "le Maghreb se fera avec les femmes ou il ne se fera pas".

Pour sortir de cette impuissance entretenue, il faut, dit Ghita El Khayat, mettre un frein au "retard que les femmes font accumuler au Maghreb", grevant "lourdement son avenir". Ici l'instruction apparaît à juste titre comme seul élément de progrès, pour "élever" les enfants et non les "rabaisser", (les chiffres sont éloquents), leur donner les soins nécessaires et appropriés, et permettre ainsi la naissance d'enfants viables, moins nombreux, ayant plus de chances d'avenir. Or, on sait que la scolarisation des petites filles est en régression dans les campagnes, et, constate l'auteur, l'Algérie entraîne le Maghreb dans une voie dangereuse. Il reste aux intellectuelles à faire circuler à travers l'U.M.A. des idées féminines, une connivence entre les Maghrébines pour aboutir à une réconciliation avec les hommes, indispensable au développement des sociétés des cinq pays du Maghreb. L'avenir se montre clairement, dans un présent pourtant sombre et problématique.

Enthousiasme personnel

Ecrivant avec passion sur un thème qui lui tient à cur, dont elle ressent l'urgence, Ghita El Khayat n'échappe pas à des redites, à une certaine impulsivité du style et de la parole, à des enthousiasmes personnels et à des réflexions qu'on aimerait argumentées. Elle n'a pas cherché sans doute à composer une thèse, mais à toucher le plus grand nombre possible d'hommes et de femmes par une écriture directe, "parlée", interpellante. En ce sens, son livre atteint sûrement son objectif, car il ne peut laisser indifférent et développe des idées intéressantes, plus que jamais actuelles. Passant sans cesse du pour au contre, de l'Est à l'Ouest, du Nord au Sud, de l'homme à la femme, de la ville à la campagne, "le Maghreb des femmes" a l'immense avantage de "faire bouger".

Thérèse BENJELLOUN

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc