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El Hoceïma, cinq mois après le séisme

Par L'Economiste | Edition N°:1817 Le 22/07/2004 | Partager

. Les sinistrés vivent toujours sous les tentes. Beaucoup refusent l’aide alimentaire distribuée par les autorités…. … Et les accusent de les avoir oubliésLa région d’El Hoceïma porte encore les stigmates du séisme qui l’a ravagée il y a cinq mois. Le même paysage de désolation et de détresse. Les mêmes tentes, dont certaines ont été jaunies par le soleil. Les mêmes réclamations et les mêmes récriminations des sinistrés. Entre les discours de bonne circonstance et la réalité, il y a tout un monde d’attentes et de besoins de milliers de sinistrés. Tout le long de la route serpentant les monts du Rif, le paysage est comme “agressé” par les nombreuses tentes en toile. Il y en a de toutes les couleurs, de l’écru au kaki, ou encore vert militaire. Certaines ont reçu des mètres et des mètres de toile de plastique pour les protéger de la pluie. Même en cette saison d’été, les orages sont fréquents. Un vent fort souffle sur les collines chargé de poussière. Les attaches de certaines tentes se détachent. Leurs occupants réagissent avant que la tente ne soit balayée par le vent. Les agriculteurs abandonnent leur champ et courent se réfugier sous de vieux tracteurs. Le tonnerre gronde. Et des dizaines de milliers de mètres cubes d’eau s’abattent sur la région. La visibilité est réduite et il devient dangereux de conduire sous cette pluie battante. Un abri au bord de la route de montagne. La pluie continue. Les champs sont transformés en bourbiers. Les tentes tiennent, mais personne n’ose mettre le nez dehors. Il est 11h, samedi dernier, quand cet orage s’est déclaré brusquement, sans prévenir. Sans prononcer le moindre mot, les femmes essaient de remettre en place ce qui peut l’être encore. Les hommes, de leur côté, débarrassent les tentes de l’eau stagnant sur leur toit. “C’est presque chaque semaine la même chose. A chaque fois que l’on se dit que c’est fini, il nous arrive un autre malheur”, regrette Haddou, un sinistré. Le ton de sa voix laisse deviner toute la colère qui le ronge et, bizarrement, l’empêche de parler. Les gens ici ont l’impression d’avoir été abandonnés par Dieu et par les hommes. “Nous ne voulons plus de leur aide, de leur farine ou sucre ou de leurs habits déjà portés par d’autres avant nous”, dit-il. Ce qu’il réclame, c’est son droit à la dignité, au respect de cette dignité. “Mon lopin de terre me permet de vivre décemment avec ma femme et mes trois enfants. J’élève des chèvres et des poules et j’arrive, grâce à Dieu, à vivre sans avoir à aller m’inscrire presque toutes les semaines pour les distributions de dons. C’est pour les gens qui n’ont aucune dignité”, affirme-t-il.Des cas comme celui de Haddou, on en compte par centaines. Certains ont tout perdu dans le tremblement de terre. Maison, bétail et même parfois des proches. Ils vivent presque en marge de la société. Reclus, renfermés sur eux-mêmes, ils parlent très peu. “On les reconnaît à leur regard hagard, les yeux fixés dans le vide et souvent seuls. Ils ne veulent jamais raconter ce qui leur est arrivé”, explique un jeune qui a bien voulu nous servir d’interprète. Les gens ne parlent ici que le rifain. La route continue et la journée avance. Malgré la fatigue, on décide de poursuivre le voyage à travers cette région. Le même paysage de désolation nous frappe bien avant l’entrée d’Imzourren. Rien n’a changé depuis le tremblement de terre. Sauf les visages qui sont devenus plus durs, moins souriants, moins hospitaliers. “C’est que les populations en ont par-dessus la tête des délégations ministérielles et des journalistes qui viennent les voir”, explique notre interprète. “Ce ne sont pas des bêtes curieuses que l’on vient contempler, mais des gens qui ont vécu un drame, qui continuent à le vivre”, dit-il. Certains ont essayé de trouver du travail. En vain. La région est déjà enclavée et peu d’industries s’y sont développées. Le tremblement de terre a fini par briser tous les espoirs que continuaient à nourrir certains. A Imzourren, la vie s’est organisée tant bien que mal. Plutôt mal que bien. Les gens vivent toujours sous les tentes. Certains à côté de leur maison même. “Nous n’avons rien à craindre. Et d’ailleurs que peut-il bien nous arriver de pire?” affirme un sinistré. Fataliste? Certainement pas. Réaliste sûrement, à l’entendre parler. “Les autorités nous ont promis d’activer leur plan de reconstruction; mais nous en sommes toujours au stade des promesses, tout comme pour la reconstruction de l’Irak”, souligne-t-il. Des enfants jouent au ballon non loin d’un campement de tentes. Ils n’ont pas pu partir en colonies de vacances. C’est un jeune immigré qui leur a offert le ballon. Les immigrés sont nombreux ici. On est d’ailleurs frappé par le nombre de voitures immatriculées en Hollande. Trois ménages sur cinq de la région comptent au moins un enfant vivant en Europe. Principalement, aux Pays-Bas et en Allemagne. Ils ont su combler le vide laissé par les autorités. La réaction de ces MRE est venue en réponse à la démission de ces mêmes autorités face à l’ampleur des besoins des populations sinistrées. Ils ont su apporter réconfort et chaleur à leurs familles. De l’argent aussi. El Hoceïma, enfin. La ville n’a pas beaucoup changé. Elle n’a pratiquement pas été touchée par le tremblement de terre de février dernier. Ici, on n’a pas l’impression que la région vit un drame. Soirées sur la place principale et voitures pimpantes. A-t-on pour autant oublié? Jamal Eddine HERRADI

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