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    Courrier des Lecteurs

    Chronique des changes: Semaine du 28 Septembre au 2 Octobre 1992 : Au milieu des turbulences, le Dollar n'est plus une valeur refuge

    Par L'Economiste | Edition N°:48 Le 08/10/1992 | Partager

    La semaine sous-revue n'a pas connu d'événement majeur qui ait pu mettre fin aux turbulences monétaires de ces dernières semaines. Ces turbulances ont continué de faire ressentir leurs effets sur les marchés des changes: la Réserve Fédérale Américaine n'a pas baissé ses taux, la Bundesbank non plus.

    Des statistiques de l'emploi, les marchés en ont à peine relevé la très modeste baisse du taux de chômage américain (de 7,6 à 7,5% de la population active, ce qui n'est qu'une maigre consolation face à l'accumulation de chiffres défavorables sur l'économie américaine (baisse de l'indice des indicateurs avancés calculés par le Ministère du Commerce, de l'indice de confiance du patronat, des Directeurs d'Achat, N.A.P.M., baisse enfin des dépenses de construction durant le mois de Septembre...). L'effet "valeur refuge" du Dollar en cette période de turbulence monétaire européenne a fait long feu; vis-à-vis de notre monnaie, le Billet Vert a même accéléré son repli (-1,95% contre -1,26%), ce qui a porté ses niveaux de cotation juste au-dessus des cours enregistrés à la fin de l'an dernier. Certes la Banque Centrale n'a pas réagi aux chiffres de Vendredi, le Comité de l'Open Market qui tient sa réunion au cours de la présente semaine franchira-t-il le pas? En l'absence d'assouplissement monétaire outre-atlantique, le seul facteur de frémissement du Dollar (léger car le différentiel de rendements entre les deux monnaies allemande et américaine -650 points de base- demeure) est, au lendemain du "come back" du milliardaire texan Ross Perot dans la course présidentielle aux Etats-Unis, la perspective d'une "triangulaire", qui divise le camp anti-Bush, et ainsi augmente les chances du Président sortant de rester à la Maison-Blanche.

    Mark encore en hausse

    La Bundesbank n'a pas non plus modifié sa politique monétaire à l'issue de la réunion de son Conseil, Vendredi 2 Octobre. En fait, comme nous le faisions remarquer dans le papier précédent, cela était difficilement envisageable alors que les statistiques d'inflation, quoique en décélération par rapport au début de l'été (3,5% vs 4%) sont encore au-dessus du niveau "tolérable" pour la Banque Centrale (moins de 3%); surtout que la croissance de la masse monétaire (9% en Août, l'objectif assigné étant compris entre 2,5 et 5,5%), un autre indicateur clé scruté par les décideurs monétaires allemands, risque d'être encore plus forte pour le mois de Septembre, mois au cours duquel la Buba est intervenue massivement sur les marchés des changes en achetant des devises attaquées. Elle a, ce faisant, accéléré la création monétaire. Coté en Dirhams, le Mark allemand est, cette semaine encore, en hausse (+1,24%), ce qui représente des niveaux 6% plus chers, qu'à la fin de 1991. La multiplication de signes de ralentissement de la machine économique allemande dans les jours prochains (chiffres du chômage, durée de travail, commandes à l'industrie...) profiterait plus aux taux longs (sur le marché obligataire) qu'aux taux courts sur lesquels la Buba "veille". Un affaiblissement prononcé du Mark ne doit être escompté, pas davantage celui du Franc français, sorti victorieux de l'épreuve de force avec les spéculateurs: le Dirham, lui, a cédé -1.38% (-7% en trois trimestres).

    Guerre de mots autour de la Livre

    Le plus remarquable cette semaine sur la scène diplomatico-monétaire, ce fut un autre genre d'épreuve de force, une "guerre des mots" qui a opposé le Chancelier britannique de l'Echiquier Norman Lamont au Président de la Bundesbank, Helmut Schelesinger. "Vos déclarations, semi-confidentielles à la presse sont à l'origine des assauts spéculatifs de ces dernières semaines sur les devises du SME, particulièrement contre notre monnaie, ce qui nous a obligés à nous retirer du mécanisme de change": telles sont en substance les incriminations officielles entendues sur les bords de la Tamise. Réponse du berger (allemand...) à la bergère (britannique): en substance aussi "ne faites pas endosser la responsabilité des implications logiques des déséquilibres économiques internes au Royaume-Uni à une banque centrale étrangère qui a joué pleinement le jeu de la solidarité européenne et du SME en dépensant des dizaines de milliards de Marks pour défendre les devises attaquées dont le Sterling". Traduction en marocain: "Parce que le minaret s'est écroulé, on pend le barbier?".

    Les cambistes internationaux ont arbitré ce marché en faisant enregistrer au Sterling des records de baisse contre le Mark (soit un cours de 2,4395DM pour une Livre, ou encore -17% de repli depuis deux semaines). Vis-à-vis du Dirham, la glissade de la devise britannique s'est poursuivie, quoiqu'à un rythme plus lent (-0,90% contre -3,89 une semaine auparavant). La dépréciation cumulée du Sterling en Dirhams atteint depuis le début de l'année plus de 8%! Ce ne sont pas les projets d'assouplissement supplémentaire de la politique monétaire caressés par le Trésor et la Banque d'Angleterre qui arrangeront les affaires de la Livre, à un moment où les responsables gouvernementaux affrontent non seulement les attaques de l'opposition travailliste mais également celles de leur propre majorité: jamais en effet, au cours de la période Après-Guerre, un Gouvernement britannique n'a enregistré un revers aussi cinglant dans sa politique économique: toute la crédibilité gouvernementale est à regagner le Congrès des "Tories" (celle du Ministre des Finances Lamont en particulier), et exiger que des mesures (dont la baisse des taux) soient prises pour sortir l'économie du marasme.

    Les vicissitudes de la Lire

    Les chiffres de variation des autres devises ne furent pas moins amples:
    - la Lire italienne perd en une semaine -3,30%, soit près de -8% en 9 mois, reflet des vicissitudes que la devise italienne enregistre sur les marchés des changes internationaux depuis son départ du mécanisme de change européen. La nervosité des opérateurs travaillant cette monnaie s'est fortement ressentie au moment où le Cabinet Amato présente un budget draconien de réduction des dépenses publiques au Parlement. Selon la législation en vigueur, celui-ci peut l'examiner pendant trois mois, mais le Premier Ministre italien qui a mis son mandat ministériel et celui de son équipe dans la balance ne peut attendre aussi longtemps. C'est un véritable vote de confiance qu'il attend en fait de l'Assemblée. L'issue favorable et surtout diligente, à cet examen constituera un facteur important de soulagement sur les marchés des changes: serait soulagée aussi la pression baissière sur la Lire.

    Pésète: pressions à la dévaluation

    Enfin, les pressions dévaluation-nistes sur la Pésète espagnole ne se sont pas apaisées. Pourtant cette devise a déjà connu un réalignement (-5%) de sa parité au sein du SME, et les autorités monétaires ibériques ont dû recourir à une arme que l'on croyait disparue sur la Rive Nord de la Méditerranée: le contrôle des Changes. L'effet de cette dernière mesure fut en effet désastreux sur la "psychologie" des investisseurs internationaux": ils se sont massivement dégagés des titres de la dette espagnole contribuant à une fuite supplémentaire devant la Pésète. Comme un malheur n'arrive jamais seul, Moody's, la grande firme internationale de notation du "crédit" des débiteurs (dont celui des pays souverains) a déclaré "mettre sous surveillance la notation" des obligations émises par le Royaume d'Espagne (en d'autres termes d'envisager une rétrogradation de la note AA2+ octroyée à ces titres). Dans un tel contexte, foin de considérations de préservation de l'emploi (le chiffre des chômeurs dépassera sans doute la barre des 3 millions ce mois-ci), ou de redynamisation des investissements! Les autorités espagnoles se sont résolues à relever les taux d'intérêt (le taux d'intervention de la Banque d'Espagne sur le marché interbancaire est passé de 13 à 14%). A l'heure actuelle, de telles dispositions, (avec l'annonce d'un budget le plus sévère depuis 20 ans), ne semblent pas encore avoir convaincu, puisque la Pésète demeure malmenée au sein du SME; contre le Dirham, elle s'est également repliée, de -1,04%, soit au-delà de -4% depuis le début de cette année.

    Brahim BENJELLOUN-TOUIMI

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