×
  • Compétences & RH
  • Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste Docs de Qualité Enquête de Satisfaction Chiffres clés Prix de L'Economiste 2019 Prix de L'Economiste 2018 Perspective 7.7 milliards Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Courrier des Lecteurs

    Chronique des changes: semaine du 19 au 23 Octobre 1992 : Accélération de la dépréciation du Dirham par rapport au Dollar

    Par L'Economiste | Edition N°:51 Le 29/10/1992 | Partager

    PAR rapport à la période dont nous avons rendu compte dans la chronique précédente (période comprise entre le 5 et le 16 Octobre), il y eut schématiquement:

    - accélération de la dépréciation du Dirham par rapport aux devises américaine et nippone, respectivement (-2,95% et -2,65%),

    - et une moindre dépréciation, quoiqu'encore importante, de notre monnaie par rapport aux principales devises européennes; les hausses se sont ainsi échelonnées de +0,41% vis-à-vis de l'Ecu (+ 1,58%, la période précédente) à +0,95% (+2,78%) par rapport à la Pésète espagnole.

    Une monnaie a tout de même fait exception à ce schéma: la Livre Sterling qui, en capitalisant cette semaine 54 centimes de hausse, corrige quelque peu le glissement de -2,30% enregistré au cours des deux semaines précédentes, ce qui ramène ses cotations du Vendredi 23 Octobre -9,7% en-dessous de celles du 31 Décembre dernier.

    L'interprétation de cette configuration des changes est désormais classique: les cotations du Dirham amortissent l'échappée qu'est en train d'opérer le Dollar par rapport aux devises européennes: au cours des cinq jours ouvrés de la semaine dernière, ces devises, exprimées en Dollar, ont perdu de -2,65% (c'est le cas du Sterling) à -4,27% (l'Ecu), en passant par 3,66% (le Mark allemand); tandis que notre monnaie a cédé du terrain face au Dollar dans une moindre proportion, si bien qu'elle progresse par rapport aux devises européennes. Si, Vendredi 23 Octobre, la Pésète fut cotée en Dirhams près d'un pour cent en deçà de ses niveaux du Vendredi précédent, permettant au Dirham d'enregistrer l'une de ses plus fortes variations à la hausse, c' est essentiellement parce que c'est, de toutes les devises européennes, celle qui a le plus "laissé de plumes" au Billet Vert (-3,98%). Indéniablement donc, la méfiance des cambistes internationaux perdure vis-à-vis d'une devise candidate à la dévaluation au sein du SME, et à rendements (ralentissement conjoncturel et convergence européenne obligent), hypothéqués à la baisse. Carlos Solchaga, le ministre espagnol des Finances, le reconnaît explicitement et n'écarte l'éventualité d'une dévaluation de la Pésète que si ce devait être un acte isolé et non pas une mesure prise dans le cadre d'un réaménagement global des parités européennes.

    Près d'un pour cent de repli du Deutschemark exprimé en Dirhams: en fait la monnaie allemande a vu son indice de TCE (calculé par la Banque d'Angleterre) perdre -1,20% en une semaine; cela reflète, inter alia, les 3,66% cédés au Dollar et les 0,24% acquis par le Franc français. L'ampleur du recul, exprimé en Dirhams, n'est donc plus intelligible. L'anticipation d'une prochaine décrue des rendements en Allemagne, et en Europe en général, génératrice d'un affaiblissement de la devise allemande, s'est renforcée depuis que la Bundesbank, Mercredi 22 Octobre 1992, a accepté que les banques soumettent dorénavant leurs offres de mises en pension d'effets, non plus à taux fixe (8,90%), mais à taux variable; or celles-ci ont précisément soumissionné à des niveaux de taux inférieurs. Le message de la Bundesbank fut saisi 5 sur 5 par 5 pays de la "zone-Mark" (Autriche, Belgique, Pays-Bas, Finlande et Suède) lesquels ont procédé alors à un assouplissement de leur politique monétaire. Ce serait froisser l'amour-propre des Français que d'inclure leur devise parmi celles de la zone-Mark: aussi nous contenterons-nous de noter que le Franc évolue comme à son habitude, en sympathie avec son homologue d'Outre-Rhin (indice TCE en repli -0,80% lorsque celui du Mark perd - 1,20); on remarque, tout aussi habituellement, que la monnaie française bénéficie de l'affaiblissement de sa puissante voisine germanique, puisque le Franc progresse de +0,24% à ses dépens. S'ajoute à ce facteur mécanique (le Dollar hausse en effet au détriment du Mark d'abord, ce qui confère aux autres devises européennes un petit ballon d'oxygène), le bon effet sur les cambistes "travaillant' le Franc qu'a constitué l'annonce d'un excédent commercial en France pour le mois de Septembre. N'auraient été la hausse générale du Dollar et la baisse du taux d'escompte (de 15% à 14%) opérée par la Banque d'Italie (afin d'induire une décrue des rendements sur le marché, car, faut-il préciser, chaque point de pourcentage de baisse des taux italiens permet d'alléger le poids de la dette publique de quelque 15.000 milliards de Lires!), la monnaie italienne aurait salué d'une manière vigoureuse le premier succès remporté par le Gouvernement Amato: celui-ci voit en effet une partie majeure de son Plan de réductions budgétaires avalisé par le Sénat. Alors que les niveaux de variations hebdomadaires des indices TCE des autres devises principales de l'Europe évoluaient autour de -1%, ce n'est que -0,4% qu'a cédé celui de la Lire. Il n'en reste pas moins qu'exprimé en Dirhams, le repli de la monnaie italienne est assez substantiel 0,71%. Notre sentiment est, qu'à la faveur d'un affaiblissement supplémentaire du Mark allemand et d'une adoption complète du Plan Amato par le Parlement, les perspectives de reprise de la monnaie italienne sont réelles. L'Escudo Portugais se replie cette semaine de -0,65%, si bien qu'après avoir tutoyé +9%, l'appréciation de la devise lusitanienne n'est depuis le début de l'année, plus que de +2,52%. Nous sommes tentés de (pré) dire que ce n'est pas fini: d'abord parce que cette monnaie est toujours candidate à une dévaluation au sein du SME (les Autorités portugaises ne le nient guère) et qu'une détente des taux d'intérêt (les plus élevés d'Europe) est sur l'agenda gouvernemental. C'est un auteur britannique de la seconde moitié du dix-neuvième siècle, J.R. Lowell, à qui on doit la célèbre maxime: "Il n'y a que les sots et les morts qui ne changent pas d'opinion", formule abondamment utilisée depuis pour brocarder bien des personnages lorsqu'ils se ravisaient, fût-ce à bon escient, après avoir énergiquement défendu le contraire. L'opportunité d'invoquer cette maxime se présente à nous assez naturellement, alors que le Premier ministre britannique a opéré une véritable volte-face, non seulement à propos de la fermeture de puits de charbon non rentables, mais, plus fondamentalement, en matière de politique économique: "Priorité à la croissance", répète-t-on du côté de Downing Street (lieu de résidence des deux plus importants personnages du Gouvernement, le Premier et son Chancelier de l'Echiquier). Sous-entendu: "tant pis si c'est au détriment de la maîtrise des prix". Or, cet objectif de régulation économique était, avec la défense de la parité Sterling/Mark au sein du SME, les chevaux de bataille des Conservateurs au pouvoir. Une fois encore, c'est la remontée du Billet Vert, traditionnellement bénéfique pour la tenue du Sterling, qui explique la résistance de la monnaie britannique. En fait cela masque un potentiel, non négligeable, de repli de la devise de Sa Majesté britannique. Au cours de la semaine sous-revue, le Pound s'est apprécié en Dirhams (+0,51%), témoignant par là sa moindre dépréciation contre le Dollar (-2,65%) et son avance vis-à-vis des monnaies européennes, parmi celles-ci l'Ecu (+1,24%) et le Mark allemand (+0,94%). Mais ce n'est sans doute que "partie remise ": la persistance des signes de morosité conjoncturels aidant, à la faveur également d'un affaiblissement du Mark, et maintenant qu'il n'y a plus d'objectif de stabilité du taux de change, le Gouvernement britannique procédera à une détente supplémentaire de sa politique monétaire (les taux directeurs refluant vers 7%, puis 6%. L'impopularité de John Major et les incertitudes politiques qu'elle induit (il y aura démission du Premier britannique s'il n'obtient par des Communes la ratification du Traité de Maastricht) feront le reste.

    Brahim BENJELLOUN-TOUIMI




    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc