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    Courrier des Lecteurs

    Chronique des changes: Semaine du 16 au 20 Novembre 1992 : Repli des monnaies européennes

    Par L'Economiste | Edition N°:55 Le 26/11/1992 | Partager

    Le Deutschmark fut, de toutes les devises européennes de notre échantillon d'observation, celle contre laquelle le Dirham ne s'est pas apprécié au cours de la semaine sous-revue: au contraire, il lui a cédé -0,06%, sensiblement moins, certes, qu'au Dollar US (-0,79%) ou qu'au Yen (-1,34%).
    Sinon, toutes les autres monnaies du SME, appartenant à notre échantillon d'observation, se sont repliées face au Dirham, que ce soit:
    - modestement (-0,01%), comme ce fut le cas de la Pésète espagnole avant sa dévaluation de -6% pendant le week-end 24/25 Novembre (voir "les chroniques d'une dévaluation annoncée" dans L'Economiste du 12 et 19 Novembre 1992), ou comme la Livre Sterling (-0,05%);
    - "appréciablement", comme le Franc français (-0,26%) et l'Ecu (-0,33%);
    - ou plus fortement (-1%), comme ce fut le cas pour les deux monnaies latines (la Lire italienne et l'Escudo portugais, avant sa dévaluation de -6% le week-end dernier).

    Le Mark, monnaie refuge

    N'aurait été le "syndrome danois", le Mark allemand aurait plus pâti de la reprise du Dollar (observée cette semaine après la "pause" de la période précédente). La devise germanique a, une fois encore, joué le rôle de monnaie-refuge au sein du SME et ce, au détriment de la Couronne suédoise dont le lien avec l'Ecu (régime de changes pratiqué depuis Mai 1991) a dû être rompu à la suite d'attaques spéculatives sur les marchés des changes. L'"orage" sur la Scandinavie a débuté lorsqu'un refus fut opposé par le Comité Monétaire Européen (composé des Banques Centrales et des Trésors de la CEE) à la Suède d'être "membre associé" du SME, deux années avant l'intégration de ce pays dans la Communauté Européenne (prévue en 1995). "Liez plutôt votre monnaie à une monnaie plus naturelle que l'Ecu", a, en substance, conseillé le Président de l'omnipotente Bundesbank aux Suédois, en pensant sans doute à sa propre monnaie.

    Franc: le front "agri-commercial"

    L'élan sur le Franc français est profondément contrarié ces derniers jours par ce qui se passe sur le front "agri-commercial" et ses conséquences sur le climat social en France (jacqueries paysannes et grèves dans les transports): -0,26% cédés donc au Dirham, indice TCE en repli de -0,20%, près de -0,4% cédés au Mark allemand et à l'Ecu Ainsi les excellents "fundamentals" de l'économie française sont-ils passés sous silence: cette semaine encore, furent connus les chiffres relatifs à l'excédent des paiements courants et à l'inflation dont le rythme, annualisé de 2,4%, est inférieur à celui de l'Allemagne et ce, pour le 17ème mois consécutif!; par ailleurs, il est probable qu'en Europe ce soit l'économie française qui joue le rôle de locomotive, tant les conjonctures des autres pays s'annoncent moroses (la palme de la morosité reviendrait, selon la majorité des experts, à l'Allemagne et à l'Espagne!). Pour l'instant, la France affiche une unanimité intérieure de façade: afin de préserver l'électorat agricole à quelques mois des élections législatives de Mars 1993, la classe politique, de la Droite à la Gauche, refuse le projet d'accord USA-Europe sur le volet agricole du Gatt (mis en vigueur, cet accord se solderait en effet par une baisse substantielle des exportations agricoles françaises).

    Anticipations sur la hausse du Franc

    C'est une France, en revanche, isolée qui proteste contre le projet d'accord, de sorte qu'elle n'aura d'autres choix que de l'avaliser plus tard (sans doute au prix de quelques compensations intra-communautaires, histoire de "sauver la face"). Elle ne peut raisonnablement invoquer pour ce cas "le véto" (permis par la Convention de Luxembourg de 1966, lorsqu'une décision communautaire est considérée menacer sérieusement les "intérêts légitimes nationaux"); sinon quel beau cadeau offrira-t-elle aux adversaires de Maastricht, qui seraient tout à fait fondés, à leur tour, à invoquer "d'autres intérêts légitimes menacés" pour étayer leur refus du Traité.
    Le détour par ces considérations "euro-politiques" nous renseigne sur les chances du Franc de "sortir" de cette "mauvaise passe" et ainsi reprendre le chemin de la hausse (que nous anticipions jusqu'à présent). Notre crainte est que s'écoulent plusieurs semaines encore avant qu'une solution intra-communautaire ne soit trouvée, la surenchère politicienne en France n'étant pas étrangère à de tels atermoiements.
    Au cours de cette période d'incertitude -les images de symboles de l'Amérique incendiées dans les campagnes et villes françaises sont du plus mauvais effet sur les marchés- le risque est donc sérieux que ces derniers cherchent à tester "de plus belle" la solidité de "l'alliance franco-allemande" sur le front des changes.

    Europe-USA: l'inversion de conjoncture

    Des statistiques importantes seront publiées durant cette semaine: aux Etats-Unis, le chiffre (préliminaire) de la croissance du PIB pour le troisième trimestre sera scrupuleusement analysé par les conjoncturistes pour y déceler tout signe de reprise économique outre-atlantique. En Allemagne, ce seront les statistiques des agrégats monétaires (un des indicateurs fétiches de la Bundesbank) qui seront connues. Si elles dénotent un ralentissement de la croissance monétaire, on connaîtra du même coup le degré de glissade de l'économie allemande dans la récession. En d'autres termes, on appréciera la probabilité de l'occurrence du scénario (qui est le nôtre) d'une inversion conjoncturelle Europe (en ralentissement)/USA (en faible croissance), laquelle est porteuse de changements au niveau des politiques monétaires (vers des assouplissements en Europe), des politiques budgétaires (vers des stimulations tant en Europe que dans les Etats-Unis de Clinton), que des configurations de changes sur les marchés internationaux. Qu'on se le dise: "The Dollar is Back".

    Brahim BENJELLOUN TOUIMI

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