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Culture

Casablanca, de Mohammed III à Mohammed VI
Par Mouna Hachim

Par L'Economiste | Edition N°:3371 Le 28/09/2010 | Partager

LA récente tournée à pied de Sa Majesté le roi Mohammed VI dans le cœur historique de Casablanca, à travers la promiscuité et la chaleur humaine des ruelles de l’ancienne Médina, a été ressentie comme un geste profondément symbolique par les Bidaouis. Concrétisée de plus est par une convention relative à la réhabilitation de la Vieille-Ville, l’amélioration des conditions de vie de sa population et la sauvegarde de ses monuments historiques, mobilisant un investissement de 300 millions de DH au titre de la première tranche du projet. Cette visite royale se situe chronologiquement près de 240 ans après les instructions données par le Sultan Sidi Mohammed Ben Abdallah (Mohammed III) pour redresser les murailles de la ville, l’armer d’une garnison et d’une Sqala, en la dotant de quelques infrastructures typiques: mosquées et medersas, hammams et fours à pain… Fin stratège, libérateur de Mazagan de la poigne portugaise en 1769, maître d’œuvre d’un large dispositif défensif atlantique, on lui doit par ailleurs la construction d’Essaouira, de Fedala, de la Qasbah Mansouriya...Tout comme Mogador (Essaouira) ou le port de Fedala (dit Mohammedia depuis la visite du Roi Mohammed V), l’histoire d’Anfa ne commence pas au XVIIIe siècle. Encore moins avec l’occupation française malgré l’incontestable essor moderne qui en résulte. Il est étonnant d’entendre encore dire, au détour d’une conversation, parfois par des personnes natives de la ville, que celle-ci n’a pas d’histoire. Comme si les constructions modernes atteintes de gigantisme avaient à ce point étendu leurs tentacules qu’elles avaient obstrué la mémoire. Comme si le destin de Casablanca était scellé pour être économique, favorisant de plus la distribution des étiquettes par villes: spirituelle, administrative, touristique, économique… Casablanca. Dar-El-Bayda. Ou Anfa. Ville aux trois noms et aux mille visages. Far-West de toutes les aventures, de toutes les transformations, de toutes les spéculations et ingratitudes. Modeste maison blanche peinte à la chaux, dit-on, que l’on apercevait de l’océan, avant que le Sultan ne donne l’ordre de redresser ses murailles bastionnées à leurs angles. Qu’en est-il de ses prétendues origines phéniciennes ou romaines avancées respectivement par Luis Marmol et Léon l’Africain? Que reste-t-il d’Anfa, domaine plusieurs fois centenaire des hérétiques berbères Berghwata, si ce n’est les témoignages lointains de son pillage et de sa destruction? Le géographe El-Idrissi la décrit comme étant le port de la Tamesna (actuelle Chaouia) destiné à l’exportation du blé. Ses habitants Berghwata s’illustrent du VIIIe au XIIe siècle par l’adoption de l’hérésie kharijite, ce qui leur valut une série de persécutions par les orthodoxes sahariens Almoravides, puis par les Almohades de l’Atlas avec pour conséquences la destruction d’Anfa. Sous les Mérinides, Anfa apparaît comme une «vraie ville», «une capitale provinciale», nous dit André Adam, au port actif, centré sur l’exportation des céréales et de la laine, d’où l’appellation blé d’Anafil (et laine mérinos) dans les sources européennes. Ses habitants contribuent à la guerre sainte en Andalousie et laissent plusieurs guerriers au champ d’honneur en 1340 à la bataille de Rio Salado. Avec la décadence de la dynastie mérinide, la ville aurait vécu en totale indépendance, formant «une sorte de petite république de pirates» lesquels menaçaient les chrétiens jusqu’à l’embouchure du Tage. Ce serait une des raisons du déclenchement des attaques portugaises contre Anfa. En 1468 en effet, celle-ci subit l’assaut d’une expédition de 50 navires et de 10.000 soldats dirigés par Don Fernando, frère du roi Alphonse V, mettant à sac la ville, rasant ses murs, tandis que sa population s’éparpillait dans la région. Où sont les vestiges de ces palais, temples et boutiques tels que rapportés au XVIe siècle dans la Description de Léon l’Africain? Plongée dans son état de destruction pendant 40 ans selon l’historien Naciri, la ville subit une autre offensive portugaise en 1515 accompagnée de sa reconstruction et de son occupation. Mais le tremblement de terre de Lisbonne qui toucha pareillement notre ville, la fit abandonner par les Portugais en 1755. Il a fallu toutefois attendre 126 années pour assister au redressement de ses remparts et l’aménagement de son port, ouvert au négoce international. Elle est baptisée alors Dar-El-Bayda probablement par traduction du nom «Casablanca» donné par les Ibères. Tout comme son nom initial amazighe «Anfa» ne fait pas l’unanimité, d’aucuns en faisant un synonyme de promontoire, d’autres le rattachant à la tribu berbère des Anfassa, l’origine de son appellation arabe ne fait pas l’unanimité non plus. Des légendes le relient à une maison blanche, peinte à la chaux qui servait de repère aux navires, si ce n’est à une belle femme blanche qui aurait été la campagne de Sidi Belyout, saint patron des lieux. Quoi qu’il en soit, ce qui est admis c’est que cette reconstruction avait été accompagnée par l’arrivée de contingents berbères Haha et Bouakher de Meknès, avant que la cité ne reçoive un flux humain important de populations issues de la région, puis des quatre coins du Royaume, encouragé par son essor économique. Un essor qui n’est pas le fruit du hasard, mais la conséquence de plusieurs facteurs analysés notamment par Jean-Louis Miège: la richesse des matières premières de son hinterland, son emplacement stratégique entre les deux cités impériales aux débouchés de riches terres intérieures et la profondeur de la rade de son port propice au mouillage des bateaux à vapeur. Cette prospérité s’accéléra le long du XIXe siècle, attisant la convoitise des puissances et la colère des habitants, aboutissant le 30 juillet 1907 au débarquement de Casablanca sous les ordres du général Drude, la destruction de quartiers entiers et son occupation cinq années avant le Protectorat. Depuis, cet ancien fief payant tribut aux caïds de Mediouna a mené son chemin de ville-pieuvre avalant sur son passage la mémoire des anciennes tribus. Où sont passées les ceintures de jardins et de vergers qui entouraient la cité? Partout des constructions, des constructions et encore des constructions. Des édifices coloniaux rongés par la pollution: façades gréco-romaines ou Louis XVI, Art Nouveau ou Art Déco, néo-mauresques ou futuristes mêlant toutes sortes de techniques et de matériaux importés…Laboratoire en plein air de toutes les tendances urbanistiques et architecturales, la ville blanche à une formidable propension à construire, mais aussi à détruire gaillardement, à métisser des assemblages hybrides, à ériger des chefs-d’œuvre mais aussi quelques horreurs d’un mauvais goût admirable, au milieu de quartiers anarchiques plantés, tolérés, métastasés, en dépit du bon sens.Où sont les jardins publics, les espaces de jeux, les théâtres, les musées (celui de l’Atlanthrope de Sidi Abderrahmane ou celui des dinosaures!)? Que sont devenus le cinéma Vox, les arènes du boulevard Racine, la piscine municipale, l’Hôtel Anfa, le Grand théâtre… Comment expliquer en somme que chaque monument détruit est vécu comme une meurtrissure et un triple coup à l’encontre du passé de la ville, de son présent et de la mémoire en devenir des Casablancais?

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