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Benguérir: Le calvaire des investisseurs italiens

Par L'Economiste | Edition N°:1727 Le 17/03/2004 | Partager

. Une saisie conservatoire fortement contestée par les patrons de l'exploitation. Un fournisseur réclame aux Italiens 12.500.000 DH en contrepartie de semences «fictives» Nzalat Laâdam, à quelques kilomètres de Benguérir en allant vers Marrakech. Une exploitation agricole est en état de siège. A la suite d'un litige avec un fournisseur, la société Orziagri s'est vu infliger une saisie conservatoire sur tout son matériel. Plus rien ne sort de l'exploitation. Ses dirigeants crient à l'injustice et affirment que leur entreprise est victime d'une «manoeuvre dont l'unique raison est de la pousser vers la faillite». Ceci dans l'objectif de «s'accaparer les terres exploitées par Orziagri. C'est un véritable blocus qui a été instauré sur la société. Rien n'en sort. Engins agricoles, tracteurs, pick-up, tout est immobilisé en vertu d'une décision du tribunal de commerce de Marrakech. La région de Benguérir est une vaste étendue de terres incultes. Rien n'y pousse. Et pour cause. La pluviométrie est l'une des plus faibles au niveau national, les sols sont pierreux, sinon rocailleux. L'eau est une denrée relativement rare. Il faut aller la chercher à plus de 150 mètres sous terre. Les fellahs de la région ne peuvent financer ni forage ni creusement de puits. Cela coûte les yeux de la tête, d'autant plus que leurs situations matérielles n'est pas reluisante. Des centaines d'hectares dans cette région sont des terres collectives appartenant à la commune. Vingt douars y vivent, soit plus de 5.000 personnes. Essentiellement des ruraux, ses habitants vivent de l'élevage d'ovins et de caprins. Les «Sraghna» sont connus pour être habiles dans la spécialité. Les années successives de sécheresse ont fini par venir au bout de leur patience et de leur passion des pâturages. Pâturages qu'ils allaient rejoindre à des dizaines de kilomètres de leurs douars. Sans être de véritables nomades, les populations des «Sraghna» sont connus pour leur mobilité et leur transhumance. Au cours des dernières années, les nécessités et les exigences de la vie ont fini par l'emporter sur leur passion d'éleveurs de bovins. Ils ont fini par prendre racine. Pour vivre, ils travaillent dans l'exploitation agricole Orziagri. S'étendant sur 1.600 hectares, l'exploitation est devenue en moins de deux ans un modèle de réussite agraire. Ses ingénieurs ont réussi à y faire pousser maïs, betterave à sucre, blé et autre luzerne. Au bonheur des investisseurs et à des douars environnants. Il y a du travail à longueur d'années. Les habitants de la région ne chôment donc pas. Orziagri était venue s'installer dans le coin dès 2001 quand elle obtient un contrat de location et d'exploitation d'un domaine d'une superficie de 736 hectares à Nzalat Laâdam. La durée de location a été fixée à 17 ans et le contrat signé avec les autorités locales. De nouvelles terres sont louées peu après, toujours pour la même durée. En tout, Orziagri acquiert en location 1.600 ha de terres incultes. Le montant total du loyer annuel est fixé à 2.200.000 DH. Orziagri peut commencer à travailler. Première opération: défricher les terres et procéder à l'épierrage. Le but de cette opération est de transformer des terres incultes en terres cultivables et productives. Deuxième opération: ces terres doivent être irriguées au vu de la faible pluviométrie enregistrée dans la région. Les forages sont réalisés. On va chercher l'eau à plus de 150 mètres de profondeur. Ces travaux coûtent beaucoup d'argent. Le coût estimé par hectares «travaillé» est de 12.000 DH. Pour exploiter comme il se doit cette étendue de terres, Orziagri importe beaucoup de matériel agricole. Surtout des pivots d'une grande valeur. Elle recrute aussi 60 employés permanents et commence à donner du travail à 400 saisonniers au moins. Ce chiffre augmente au fur et à mesure des récoltes. Lors de la campagne de la betterave à sucre, il atteint facilement les 1.000 personnes. C'est qu'Orziagri a réussi à faire pousser de la betterave sur ces terres, à l'origine inculte et toute en friche. Elle a reçu, l'année dernière, le Prix du mérite pour sa productivité pour la qualité de la betterave sucrière et le rendement à l'hectare de la céréaliculture (en moyenne 70 à 85 quintaux à l'hectare).Tout allait donc pour le mieux. Orziagri arrive à équilibrer entre ses investissements et sa productivité. C'est alors que les problèmes commencent. Une plainte est déposée par un fournisseur. Orziagri est condamnée. L'ancien gérant, du nom de Sévérini oublie d'interjeter en appel le jugement. Orziagri a dû payer 700.000 DH pour une créance de 140.000 DH. Le tribunal n'aurait pas pris en considération une somme de 560.000 DH déjà encaissée par le fournisseur en question, expliquent les promoteurs italiens. Une saisie des matériels d'Orziagri est prononcée. La valeur du matériel en question est de l'ordre de 8 millions de dirhams. Il fut mis en vente aux enchères à moins de 600.000 DH, ajoutent-ils. Cette vente n'aurait respecté aucune des formes légales (ni publicité par voie de presse, ni évaluation de la valeur du matériel par un expert, non-signature par un huissier des documents de mise en vente aux enchères publiques…). Un seul acquéreur s'était présenté. Il s'agit de l'associé du fournisseur. Le matériel acquis lors de cette vente aux enchères circule actuellement sans cartes grises qui sont toujours en possession d'Orziagri. En attendant, une autre plainte a été déposée contre l'entreprise d'exploitation agricole. Le même fournisseur lui réclame la somme de 12.500.000 DH (soit plus de 80% du chiffre d'affaires d'Orziagri pour toute une campagne agricole) en contrepartie des semences qu'il aurait livrées. Cela fait beaucoup d'argent de l'avis de nombreuses personnes pratiquant l'agriculture à grande échelle. Le montant du volume des semences et autres engrais et herbicides ne peut atteindre cette somme, affirme un grand exploitant agricole de la région de Beni Mellal. La somme, affirment les dirigeants d'Orziagri, n'est consignée dans aucun livre des comptes. Mieux encore, le fournisseur ne dispose ni de bons de commande, ni de bons de livraison. Sur les lieux où ont été établis les dépôts de la société, le fournisseur a placé des vigiles qui montent la garde. Aucun véhicule ne sort. Celui qui entre ne sort plus. Un véritable état de siège. La personne qui a été chargée de garder les «biens saisis» a engagé des hommes de main. Une douzaine qui sont là, jour et nuit, empêchant la sortie des engins nécessaires au traitement des 350 hectares de betteraves sucrières qui ont été envahis par les herbes. Même les ouvriers sont obligés de faire un long chemin à pied pour arriver aux champs. Le véhicule réservé au transport du personnel ne peu non plus quitter l'exploitation. Plus loin, sur les champs, les pivots, qui font également l'objet d'une saisie conservatoire, sont en train de rouiller, faute d'entretien. Leurs roues sont à plat ou ont été sciemment dégonflées. On ne peut plus les faire bouger. Les châteaux d'eau continuent tout de même à alimenter les populations des douars alentours en eau potable. Les champs travaillés pendant des mois servent maintenant de pâturage. Leur remise en état et leur préparation à recevoir d'autres cultures vont nécessiter encore des mois et des mois. Et beaucoup d'argent. Aujourd'hui, la situation de cette exploitation est des plus précaires. Nonobstant les milliers de journées de travail qu'elle offre à la main-d'œuvre locale, c'est tout l'investissement engagé dans cette région qui risque de partir en fumée. La situation est tellement sérieuse qu'elle aurait fait l'objet d'une correspondance de l'autorité provinciale au ministre de l'Intérieur pour attirer l'attention sur ce qui se passe.


Gardiennage illégal

«Quand une saisie est prononcée contre quelqu'un, les biens qui en font l'objet sont placés sous sa responsabilité. C'est la loi qui l'exige. Le propriétaire en est responsable jusqu'à la liquidation judiciaire ou leur vente aux enchères publiques», affirme Me Abderrahim H. Dans le cas d'Orziagri, c'est le propre cousin du «plaignant» qui se charge de la surveillance du matériel objet d'une saisie conservatoire. Il se fait aider dans cette besogne par une douzaine d'hommes de main qui ont dressé des tentes un peu partout dans l'exploitation et autour des dépôts de la société. «Ceci est illégal», souligne Me Aberrahim H. Jamal Eddine HERRADI

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