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Avec la libéralisation le marché intérieur change

Par L'Economiste | Edition N°:67 Le 18/02/1993 | Partager

Il n'y a pas de rupture entre le marché intérieur et le marché extérieur. C'est la principale conclusion des chercheurs du CMC et de leurs invités.

Est-ce réfléchir à "contre courant", selon l'expression du Pr Habib Malki, Directeur du Centre Marocain de Conjoncture (CMC) et Secrétaire Général du CNJA, que de lancer un débat sur la dynamisation du marché intérieur au moment où la politique économique est essentiellement tournée vers l'extérieur?

Cette question "ne s'apparente aucunement à l'approche traditionnelle, archaïque", dit-il.

En effet, une vision avait prévalu durant les années 60 et 70, selon laquelle la stratégie de croissance se baserait sur le conflit marché intérieur-marché extérieur.

En conséquence, il estime "novatrice" la démarche du CMC(1) consistant à poser le problème sous l'angle de l'entreprise dans le marché intérieur. Trois raisons au moins justifient le choix d'un tel sujet, selon M. Malki.

D'abord, la perspective d'une croissance équilibrée dans la décennie 1990, et à plus long terme, le développement économique requièrent une plus grande prise en compte du marché intérieur. Combinant et le social et l'économique, ce marché est "la base même de toute croissance équilibrée".

Ensuite, la deuxième raison tient à l'atonie et la volatilité qui caractérisent l'économie mondiale dans son ensemble. L'entreprise se trouve donc placée dans une zone de turbulences et d'incertitudes souvent paralysantes.

Enfin, une vision plus globale de la croissance économique s'impose, car les marchés intérieur et extérieur "se confortent mutuellement", selon l'expression de M. Robert Assaraf, Administrateur Délégué de I'ONA.

Voir autrement le marché intérieur

Sans vraiment croire qu'il faille s ' inspirer de la politique française des années 80 qui a privilégié la variable interne, toute la salle a implicitement convenu que la maîtrise du marché extérieur passait par celle du marché intérieur. Au-delà de cette constatation de lien entre les deux, l'analyse du marché intérieur, telle que réalisée par les chercheurs du CMC, se présente sous un jour nouveau.

C'est ainsi, qu'est laissée de côté l'approche indiquant que le marché est étroit, pauvre, peu éduqué... au profit d'une autre analyse. Selon les données fournies par Pr Larabi Jaidi, la population est suffisamment importante avec ses 26 millions de personnes pour constituer un marché, mais il reste largement potentiel. Il poursuit ses observations en notant que la dépense annuelle moyenne a progressé de 5% entre 1984-85 et 1990-91, que les inégalités de consommation ont tendance à se réduire...

Néanmoins, 60% de la population dépense moins que la moyenne qui est à 7.000 DH/an. Quelque 50% de cette dépense vont à l'alimentation, précise M. Jaïdi.

Circuits de distribution

Le marché intérieur "ne peut Constituer un potentiel de croissance", insiste M. Malki, "que sous deux conditions: l'existence d'une demande potentielle très forte, d'une part, et une politique des revenus concertée et étalée dans le temps, d'autre part".

Pour M. Abdellatif Hamane, Directeur du Commerce Intérieur (Ministère du Commerce, de l'Industrie et de la Privatisation), la stimulation de la demande repose sur les circuits de distribution: "Elle constitue la courroie de transmission entre le producteur et le consommateur, et un moyen d'ajuster l'offre et la demande". Et de regretter que "l'entreprise marocaine accorde peu d'intérêt à la commercialisation ", ce qui risque de limiter, selon lui, "l'essor d'une production" .

Une étude réalisée par l'ONUDI a montré que les problèmes de distribution freinaient la croissance de la demande. Au Maroc, rappelle M. Hamane, le circuit de distribution emploie aujourd'hui 850.000 personnes dont 623.000 en milieu urbain (soit 18% de la population active) et participe pour 12,5% au PIB. Les marges moyennes entre les commerces de gros et de détail ne dépassent pas 15%, contre 30 et40% en Europe. A côté de ce circuit traditionnel, pléthorique et familial, coexiste un circuit plus moderne: les grandes surfaces, "dont le développement est à encourager", selon M. Hamane.

Concentrées sur l'axe Rabat-Casablanca-Marrakech et Agadir, ces grandes surfaces, 60 au total, représentent une superficie globale de 65.600 mètres carrés, soit 1 m² pour 850 habitants contre 6 en France et 12 en Allemagne. Pour moderniser la distribution et la mettre au service de la demande, M. Hamane propose "d'assurer la formation du commerçant, de rendre plus accessible la profession et de promouvoir la concurrence". Le développement des systèmes de franchise, de service après-vente et de garantie n'étant pas exclu. Dans l'objectif d'assurer l'absorption des produits et services mis sur ce circuit de distribution, il conviendrait, selon les différents intervenants, d'élargir le crédit à la consommation. Celui-ci a représenté 1 milliard de DH en 1991 et nécessite, selon M. Assaraf, des délais d'obtention trop longs. Le risque inflationniste pouvant en découler n'a été évoqué qu'accidentellement, au moment de l'explication de l'inflation galopante qui existe en Turquie. Invité par le CMC, M. Metin Kanmaz, du groupe privé turc KOC, dira qu'effectivement "l'inflation qui prévaut dans son pays est peut-être le prix de la croissance du marché intérieur".

Le CMC a réuni, le Jeudi 11 Février 1993, 130 à 150 personnes dans le top des affaires, pour une troisième journée d'étude consacrée cette fois à "l'entreprise marocaine face à

la dynamique du marché intérieur".

La consommation à crédit

Au coeur même du développement du marché est le financement, rappelle le Pr Nezha Lahrichi, du CMC et enseignante à l'ISCAE, "l'offre pour financer les investissements des entreprises et la demande pour soutenir la consommation des ménages".

Abordant l'offre monétaire et financière pour le financement du marché intérieur, Mme Lahrichi a regretté l'absence au Maroc d'un tableau des opérations financières pour l'établissement "d'un bilan exhaustif des éléments constitutifs de l'épargne et de ses emplois". Les ressources internes liquides ont atteint, en 1991, 151 milliards de DH contre 47,7 milliards en 1983, soit une progression de 200%.

Sur ces 151 milliards, 69,5 constituent des dépôts à vue, dont près de 90% collectés par les banques commerciales. Les dépôts à terme, eux, sont passés de 10 milliards en 1983 à 30,3 milliards en 1991. "La libéralisation des taux créditeurs, explique le Pr Lahrichi, a exercé un effet incitatif sur ce type d'épargne".

En 1991, 80% des ressources liquides et à court terme ont été donc drainées par les banques commerciales, chiffre qui témoigne de la concurrence des autres intervenants: le Trésor (5,2 milliards en 1991), le CIH (1,6 milliard) et la BNDE (300 millions de DH) et du décloisonnement progressif de l'intermédiation financière.

Rappelant la faiblesse du marché financier, lequel est "réduit quasi-exclusivement au marché des obligations", Mme Lahrichi a précisé que l'apport de ce marché en ressources à long et moyen termes s'est établi à 11,4 milliards en 1991. Comparée aux dépôts bancaires, l'épargne drainée par le marché financier reste donc faible puisqu'elle ne représente que 9,7%. Par ailleurs, le recours aux financements extérieurs s'est chiffré en 1991 à 10,4 milliards de DH, contre 15 milliards un an plus tôt. Le flux net de capitaux étrangers avait connu en 1986 et 1987 une chute avant de devenir négatif en 1988. Le repli enregistré en 1991 est attribuable "aux mouvements de capitaux destinés à I 'Etat et aux établissements publics". Ceux-ci sont passés de 12 milliards en 1990 à 7,7 milliards en 1991.

L'observation des crédits à l'économie distribués par le système bancaire et les organismes financiers spécialisés (OFS) fait ressortir pour 1991 un montant de 85,3 milliards de DH. Rapporté au PIB, ce montant représente 36%.

En définitive, comme le résume le Pr Lahrichi, les enjeux du financement du marché intérieur se situent à trois niveaux: la mobilisation de l'épargne, la transformation de l'activité des banques et le développement de leurs nouveaux métiers et la solidité et la crédibilité du système financier.


Hakima El MARIKY

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