Economie

Abouyoub-USFP: Vif affrontement

Par L'Economiste | Edition N°:300 Le 16/10/1997 | Partager

La Fondation Abderrahim Bouabid a lancé une série de débats avec des leaders de partis politiques. Le premier, consacré à la problématique sociale, a viré sur les questions économiques.


Tout le gotha de l'USFP avait fait le déplacement. Les alentours du siège de la Fondation Abderrahim Bouabid étaient engorgés de véhicules. Le forum du 9 octobre était consacré à la question sociale. Deux invités à la tribune: M. Hassan Abouyoub, au nom du Mouvement Populaire (MP) allait affronter M. Habib El Malki, de l'USFP. L'assistance, composée majoritairement d'enseignants, est acquise à la cause usfpéiste. La salle du premier étage est comble. Au rez-de chaussée, il est possible de suivre les débats sur un téléviseur. L'organisation sur laquelle veille scrupuleusement M. Ahmed Lahlimi Alami, président de la Fondation et ancien directeur de cabinet de M. Abderrahim Bouabid, est impeccable. Dommage que la Fondation soit décentrée à Salé.
M. Abouyoub a fait preuve d'un courage politique en acceptant de venir se frotter à ses adversaires socialistes, dans leur fief de surcroît. Une tension diffuse prenait progressivement corps tout au long des échanges entre les deux leaders à la tribune. Elle a éclaté au grand jour lorsque la parole fut donnée à la salle vers la fin de la soirée pour participer aux débats.

M. Najib Akesbi a tenté de torpiller l'argumentaire de M. Abouyoub, liant le montant du déficit aux réserves en devises. «Je ne suis pas rassuré sur le niveau des étudiants formés par M. Akesbi», a lâché en substance M. Abouyoub, ouvrant ainsi les hostilités. La réplique de l'ancien ministre a failli mettre le feu aux poudres. Le professeur perdant son sang-froid proteste et finit, sous la pression de ses camarades, par se calmer avant de quitter la salle. Ils avaient frôlé l'incident. Par ce geste, M. Abouyoub fait simplement de la politique.

Approche politique


Avant cet éclair, M. El Malki avait assuré que le programme économique et social de son parti pose la problématique sociale comme pilier central. Selon le secrétaire général du CNJA, la question sociale s'articule autour de trois axes: la lutte contre le chômage et la pauvreté, la promotion de l'habitat social et la garantie de l'éducation et de la formation. Pour combattre le chômage, son parti propose de créer 150.000 emplois par an dans des secteurs productifs avec un montant de 500 millions de DH. Mais les mécanismes de financement étaient passés sous silence.
La dette extérieure n'a pas été en reste. Dans le traitement de ce fardeau qui pèse sur les finances publiques, il a déconseillé l'approche technique et financière. A ses yeux, une démarche politique est indispensable à l'image de celle qui a abouti à la reconversion en investissement d'une partie de la dette avec la France et l'Espagne.
Concernant les programmes des partis, M. Abouyoub considère que la similitude est criante. Si cette affirmation est courante, une autre aura pris de court l'assistance: «la mise en oeuvre de la politique d'ajustement structurel a pris fin en 1986». A ses yeux, le Maroc n'applique pas une politique de libéralisation. Pour étayer sa thèse, il donne l'exemple de l'importance des taxes douanières dans le Budget de l'Etat et des subventions des produits alimentaires de première nécessité.

Son cheval de bataille est le monde rural: «L'arrimage à l'Union Européenne ne saurait se faire sans la promotion du monde rural». La solution qu'il propose consiste à réaffecter les fonds destinés à la Caisse de Compensation au lancement de projets d'infra-structure.
Bien que le programme de la Fondation réservait la soirée du 9 octobre au «social», les débats ont viré sur les questions économiques, anticipant ainsi sur le forum du samedi 11 ayant opposé M. Fathallah Ouallalou, président du groupe parlementaire de l'USFP, à M. Mohamed Kabbaj, ancien ministre et représentant l'Union Constitutionnelle. Pour ce dernier, il est possible de mener une nouvelle politique qui permette d'augmenter le taux de croissance. La rationalisation des dépenses publiques passe nécessairement par un désengagement de l'Etat de certains secteurs comme l'agriculture. Il a expliqué que le rendement aurait pu être meilleur si la gestion était confiée au privé, épargnant ainsi les fonds publics qui auraient pu être investis dans les secteurs sociaux.
Quant au leader socialiste, il a affirmé que la mondialisation est un pari et non une fatalité, en mettant l'accent sur la nécessité de renforcer la position du Maroc aux niveaux régional et international.

Mouhamed CHAOUI

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