×
  • L'Editorial
  • régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Le prix de L’Economiste pour la recherche en économie, gestion et droit
    Chronique

    Ramadan, abstinence de vœux des politiques en France

    Par Mustapha TOSSA | Edition N°:4797 Le 17/06/2016 | Partager

    Spécialiste du monde arabe, Mustapha Tossa, journaliste franco-marocain, est diplômé de l’Institut supérieur de journalisme à Rabat promotion 1986 et du Centre de formation et de perfectionnement des journalistes de Paris. Il participe en 1988 au lancement du service arabe de Radio France internationale. En 1990, il présente l’émission Rencontres, destinée aux communautés d’origine étrangère sur France 3, avant d’effectuer des reportages et de réaliser des documentaires dans le cadre de la série «Racines» diffusée sur la même chaîne. Chroniqueur pour Atlantic Radio et L’Economiste, il intervient régulièrement sur les chaînes de télévision françaises et satellitaires arabes pour commenter l’actualité internationale (Ph. M. T.). 

    Qu’est-ce que cela aurait coûté en termes politiques si le Premier ministre Français Manuel Valls, traditionnellement habitué à communiquer sur son action gouvernementale par des tweets, avait adressé par ce même média ses félicitations aux Français musulmans à l’occasion du mois de Ramadan? Est-ce que cela aurait révolutionné la sacro-sainte séparation de l’église et de l’Etat si le ministre de l’Intérieur et des cultes Bernard Cazeneuve s’était répandu dans les médias avec la promptitude et l’efficacité qu’on lui connaît d’un mot de félicitations et de vœux chaleureux à l’encontre des fidèles de la deuxième religion de France? Qu’aurait perdu le président François Hollande, lui dont l’empathie avec les soucis et préoccupations des autres, feinte ou réelle,  est devenue une posture légendaire après avoir été, en d’autres temps électoraux, une seconde nature?
    Rien. Et pourtant le silence des politiques à l’occasion du mois du Ramadan a été plus symbolique que leurs paroles absentes. Les réseaux sociaux l’ont beaucoup amplifié en mettant en valeur l’attitude d’autres chefs d’Etat, britannique, américain ou canadien qui ont profité de l’arrivée de ce mois sacré pour les musulmans pour se livrer à un festival, parfois déguisé, de solidarité. Les avocats du silence français se sont précipités pour pointer les différences de modèles, celui des Anglo-Saxons, plus versés dans le communautarisme aigu et la célébration de la différence et celui de la République française atteinte du syndrome de l’égalitarisme forcené et de la distanciation entre la religion et l’Etat. Mais ces explications déchantent vite leurs diffuseurs. Le silence des politiques français sur le Ramadan est voulu, pensé et assumé. Le seul couac qui avait secoué la machine est le faux tweet d’Alain Juppé, vite nié par son auteur qui y a vu plus une blague de hacker qu’une position politique.
    Malgré cette abstinence de félicitations dénoncée par certains, le contexte était pourtant favorable pour une approche originale. Le terrorisme d’essence ou d’inspiration «Etat islamique» qui vient de frapper au cœur de la société française à travers

    ramadan_097.jpg

    En Europe ou en Amérique, des chefs d’Etat ont profité de l’arrivée du mois de Ramadan pour faire le buzz et se livrer à un festival de solidarité. En tout, le président allemand Joachim Gauck à Berlin le 13 juin dernier, et Barack Obama à la Maison-Blanche recevant ses hôtes pour la rupture du jeûne (Ph. AFP)

    Charlie Hebdo et le Bataclan avait traumatisé les esprits et imposé une gestion différente des symboles. L’ensemble de l’appareil de l’Etat, sécuritaire et pédagogique, avait inscrit son action dans un inédit processus de déradicalisation. Lequel processus est censé être basé sur un dogme solide: opposer au discours radical qui séduit, embrigade et fournit de la main-d’œuvre aux entreprises destructrices, un contre-discours de la modération, du vivre ensemble et du respect des autres.
    Au lieu de cela, la gauche au pouvoir donne cette triste impression de jouer  les indifférents volontaires, les mutiques opportuns, pour bien exprimer une humeur, refléter un état d’esprit. Sans doute avait-elle peur qu’on le prenne en flagrant délit d’angélisme à un moment clef où la droite guidée par Nicolas Sarkozy vient de lever l’étendard de l’identité nationale et de ses racines chrétiennes. Dans cette sortie destinée à marquer l’histoire, Nicolas Sarkozy s’est ouvertement pris à cet «islam militant qui se présente à nous comme un bloc et qui impose à ses fidèles des règles de vie contraignantes». Ce qui lui a valu une réponse cinglante du numéro deux du CFCM Abdellah Zékri qui l’a accusé «d’attiser le feu contre les musulmans». Et de poser cette interrogation: «Parce qu’il y aurait 1% de gens qui ne respecteraient pas les lois de la République sur 5 millions de musulmans, il y aurait un risque d’affrontement?»
    Ce silence sur le Ramadan n’est pas que politique. Il est aussi médiatique. Traditionnellement à cette période de l’année, les reportages fleurissent sur les télévisions françaises pour souligner l’originalité de cette pratique et éclairer ses enjeux spirituels et sociaux. Cette année, il fallait une recherche pointue pour trouver une maigre et presque invisible production télévisuelle sur le Ramadan. Cette absence serait-elle moins le fruit d’un abandon d’une célébration folklorique devenue au fil des ans presque un marronnier qu’une décision éditoriale de ne pas évoquer un sujet qui peut, sinon cliver du moins hérisser quelques poils tendus par l’atmosphère islamophobe qui donne le ton à la  séquence politique que vit la France aujourd’hui.

    Pratiquer «sans bruit»

    Signes des temps et des tensions, le maire d’une petite commune de la Loire, Gérard Tardy,  vient de créer le buzz et la polémique en appelant ses administrés qui suivent le Ramadan à le pratiquer «sans bruit». Avec des messages sur des panneaux électroniques qui défilent: «Le Ramadan doit se vivre sans bruit», «la République se vit à visage découvert». Commentant les réactions à cette décision, le maire de cette petite ville, Lorette, qui compte 5.000 habitants, argumente: «Je suis un soldat de la République. Il faut appliquer la loi et ne pas se laisser imposer des comportements inacceptables». Et de rajouter: «Je ne m’occupe pas de religion, mais je demande le respect de la tranquillité publique. L’an dernier, les limites ont été dépassées. Certains habitants de Lorette ont évoqué devoir déménager si cela continue. On est face à un véritable problème de société. Si on ne veut pas que cela se termine comme en Bosnie, il faut réagir et vite». Le Conseil français du culte musulman avait réagi aux décisions et commentaires du maire en affirmant que «les nuisances, c’est une question de civisme. Des jeunes profitent du Ramadan pour avoir un comportement inacceptable. Ce n’est pas la faute de l’Islam, mais de l’interprétation qu’en font certains».

     

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc