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    Marsa Maroc: Dix ans de concurrence qui ont tout changé

    Par Abashi SHAMAMBA | Edition N°:4797 Le 17/06/2016 | Partager
    L’ouverture du capital au privé vise aussi à transformer la gouvernance
    Montage astucieux à TangerMed II, première opération internationale de la société!
    Le dynamisme des infrastructures portuaires ouvre de larges perspectives
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    Mohammed Abdeljalil, président du directoire de Marsa Maroc: «La cession de 40% du capital détenu par l’Etat est une suite logique de la réforme portuaire» (Ph. F. Al Nasser)

    La cession de 40% de la part du Trésor dans Marsa Maroc est une suite logique de la réforme portuaire, estime Mohammed Abdeljalil, président du directoire. L’entreprise, qui entre en Bourse le 19 juillet prochain, n’a plus rien à voir avec l’ex-monopole des services portuaires. Même si ses positions ont «naturellement reculé» à Casablanca, la société est devenue plus agile avec une situation financière saine. Elle affiche des ambitions au-delà des frontières. La concession du deuxième terminal à conteneurs à TangerMed II pour une durée de 30 ans renouvelable 20 ans, redessine sa dimension. «C’est notre première véritable opération à l’international», confie le président du directoire. Et ce n’est pas fini.

    - L’Economiste: Pensez-vous que c’est la bonne fenêtre pour aller en Bourse au regard de la situation du marché?
    - Mohammed Abdeljalil: Sans être un spécialiste du sujet, je pense que le timing est intéressant parce que la baisse des taux d’intérêt pousse naturellement les épargnants à chercher de nouvelles opportunités de placement. Et l’entrée de Marsa Maroc en Bourse leur en offre une.

    - La mariée est-elle vraiment si belle?
    - Oui, je le crois sincèrement. Il n’y a aucun doute là-dessus. Cela fait dix ans que cette société existe, qu’elle réalise de bonnes performances en affichant toujours plus d’ambitions de développement. Aujourd’hui, il me semble qu’elle a atteint une certaine maturité pour pouvoir ouvrir son capital au grand public.
    Par ailleurs, la cession de 40% du capital détenu par l’Etat est une suite logique de la réforme portuaire. Remarquez d’ailleurs que c’est la loi 15-02 sur la réforme portuaire qui a inscrit Marsa Maroc sur la liste des entreprises privatisables en le prévoyant à l’article 49.

    - Pourquoi 40% du capital et pas plus? Comment le curseur a été placé?
    - Le curseur s’est placé naturellement. Dans cette opération, on n’a pas souhaité faire une introduction en Bourse sans prendre en compte la situation de la gouvernance. En fait, une des principales demandes faites à la banque conseil (Ndlr: Attijari Finances Corp.) était que l’ouverture du capital se traduise par une gouvernance plus transparente. Comme l’Etat n’avait pas prévu de placements privés pré-IPO, il fallait donc trouver un schéma pour introduire de la gouvernance privée. Et la seule manière d’y arriver, c’était de procéder par une allocation qualitative en réservant une partie des actions aux institutionnels marocains qui obéissent à certains critères définis préalablement tels que la taille, la nature du métier, etc. L’Autorité des marchés financiers autorise ce type de montage à condition qu’au moins 40% du capital soient placés en Bourse et qu’au moins 30% ne soient pas concernés par cette allocation.  Maintenant, pourquoi on n’est pas allé au-delà ? L’Etat a sans doute souhaité continuer à exercer un contrôle sur l’entreprise.

    - Qu’est-ce qui va changer concrètement dans la gouvernance?
    - La transformation la plus importante touchera le conseil de surveillance de la société. Aujourd’hui, ce dernier est composé exclusivement de représentants de l’Etat. Après l’ouverture du capital, il intégrera trois investisseurs institutionnels actionnaires. L’Etat, conformément au code de bonne gouvernance des entreprises publiques, a prévu de l’élargir à des administrateurs indépendants. Si je peux représenter cette évolution en images, je dirai que le conseil de surveillance de Marsa Maroc était jusqu’à présent une chambre fermée. Demain, elle aura des fenêtres ouvertes sur l’extérieur.

    - Le schéma actuel pouvait-il être un frein à son efficacité?       
    - Non, le problème ne se pose pas en ces termes. Le changement vise à assurer aux actionnaires qui vont acheter le titre Marsa Maroc une fenêtre pour regarder ce qui se passe à l’intérieur du conseil de surveillance. C’est un minimum, car ils ont le droit de savoir comment l’entreprise est pilotée et dans quelle direction elle va.

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    Pour l’emporter à l’appel d’offres sur le 3e terminal à conteneurs au port de Casablanca, la société a dû surenchérir afin de préserver ses positions commerciales (Ph. MM)

    - Dans quel état financier se trouve aujourd’hui Marsa Maroc?
    - Je peux vous affirmer que l’entreprise est très faiblement endettée. Il nous reste un vieux crédit concessionnel hérité de l’Odep qui avait servi à l’époque à acheter deux remorqueurs. C’est le seul emprunt à terme qui figure au bilan social de Marsa Maroc S.A. En revanche, une de ses filiales, TC3, - la société pour le développement du terminal 3 au port de Casablanca - vient de lever un emprunt privé de 770 millions de dirhams. Ce qui est intéressant de relever, c’est que dans le cadre de ce «project finance», les banques n’ont pas exigé la garantie de la maison mère, traduisant leur confiance dans la solidité de ce projet. Nous avons également un excédent de trésorerie. A fin 2015, il s’élevait à 1,4 milliard de dirhams.
    - Nador West, Safi, Dakhla Atlantique,…Quelle part comptez-vous prendre dans ces nouvelles infrastructures?
    - Ce qui est évident, c’est que le secteur portuaire est très dynamique. Encore plus important, ces projets se réalisent conformément à la stratégie qui avait été dessinée. Tout cela a deux effets sur l’entreprise. Le premier, c’est l’intensification de la concurrence avec le risque de perte des parts de marché. Nous l’avons pris en compte dans notre business plan. Et puis, cette dynamique nous ouvre aussi des opportunités d’investissement. Notre ambition réaliste c’est de ne pas être partout. En revanche, nous allons essayer de saisir les bonnes opportunités.  A ce stade d’avancement de ces infrastructures, il est encore trop tôt pour vous dire comment.

    - Avez-vous définitivement digéré la concurrence après avoir été un monopole absolu pendant des décennies?
    - A Casablanca, c’est digéré. Je dois quand même ajouter que le secteur des services portuaires est un peu particulier. On n’y opère jamais dans une compétition totalement ouverte. Celle-ci est naturellement limitée par les capacités et le nombre d’acteurs. Il est impensable d’avoir une dizaine de sociétés de manutention au port de Casablanca en raison de la contrainte relative au nombre de terminaux. Actuellement, il y a deux opérateurs sur les conteneurs, et deux autres sur les céréales.
    - Seriez-vous intéressé d’investir dans les silos céréaliers?
    - Non que ça ne nous dise rien d’y aller, mais les opportunités ne se sont pas présentées. Le domaine portuaire est une activité très réglementée, les ouvertures de nouvelles installations spécialisées relèvent de l’Autorité portuaire. Si demain elle décidait d’ouvrir de nouvelles infrastructures dédiées aux céréales à Casablanca, nous regarderions le projet avec beaucoup d’intérêt.

    - Paradoxalement, l’ouverture à la concurrence des services portuaires  n’a pas induit de baisse des tarifs. Comment l’expliquez-vous?
    - S’il n’y a pas eu à proprement parler de baisses notables des tarifs portuaires, en revanche, en intégrant l’effet de l’amélioration des prestations sur le transport maritime, le coût du passage portuaire a très certainement baissé. Pour illustrer mon propos, un port où le temps d’attente des navires est très faible et dans lequel la manutention des conteneurs se fait avec beaucoup de diligence, permet aux armateurs d’avoir des grilles de prix compétitives. Les études que mène actuellement l’ANP devraient l’étayer un peu plus.

                                                                             

    ■ Le chantier stratégique à TangerMed II
    Le deuxième quai à conteneurs de TangerMed II est le plus gros projet que mène actuellement Marsa Maroc. «Il était indispensable que nous soyons à TangerMed si nous voulons nous développer à l’international», justifie le président du directoire.  C’est un projet hautement stratégique pour l’entreprise car il redimensionne aussi sa taille. Ce deuxième terminal est notre premier projet à l’international, assure Mohammed Abdeljalil. C’est la filiale Marsa International Tanger Terminal basée dans la zone franche qui chapeaute le projet. Marsa Maroc n’a pas versé de ticket d’entrée pour cette concession. Le montage PPP, basé sur un partage des risques, est plus important entre l’Autorité portuaire et l’exploitant. La part des redevances variables reversée à l’Autorité portuaire sera plus élevée. Ce qui est logique, car dans un terminal qui traite le trafic destiné à l’intérieur du pays, l’exploitant a une garantie implicite de revenus. Or, à TangerMed, le trafic de transbordement est destiné aux marchés extérieurs, le risque pris par la société d’exploitation est plus élevé.
    La concession du terminal 2 de TangerMed II à Marsa Maroc est d’une durée de 30 ans avec une possibilité de prorogation de 20 ans. La société y investira 2 milliards de dirhams.

    ■ L’Etat recevra 800 millions de DH en dividendes
    Les relations avec l’Etat-actionnaire sont à deux niveaux: au ministère technique qui accompagne dans le développement, et  avec le ministère des Finances. Soumis à une forte pression des besoins financiers, le Trésor touchera cette année un peu plus de 800 millions de dirhams, soit la totalité des bénéfices de l’exercice 2015, environ 490 millions auxquels il faut ajouter un peu «d’exceptionnel». C’est plus du double que ce qu’il avait touché pour l’année 2014 (300 millions de dirhams). A l’évidence, il souhaitait ponctionner le maximum avant l’entrée en Bourse.

    ■ Développement à l’international
    «L’Afrique subsaharienne est le lieu naturel où nous devrions chercher des opportunités», assure le président du directoire de Marsa Maroc. Soit en répondant aux appels d’offres, soit en accompagnant des acteurs industriels marocains qui ont des projets de développement sur ces marchés, avec une priorité pour les pays d’Afrique de l’Ouest. Marsa Maroc restera sur son métier de base. «On ne se rêve pas en opérateur logistique, mais en prestataire des services portuaires à l’international», précise Mohammed Abdeljalil.

    Propos recueillis par
    Abashi SHAMAMBA

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