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    Société

    «Agir pour la jeunesse, c’est agir pour notre avenir collectif»

    Par Ayoub IBNOULFASSIH | Edition N°:4752 Le 15/04/2016 | Partager
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    La tragique mort de son fils a poussé cette mère courage à engager une lutte contre le radicalisme (Ph. Khalifa)

    Il n’y a pas de causes perdues, il n’y a que des causes abandonnées. L’adage s’applique parfaitement au combat mené par Latifa Ibn Ziaten, suite à l’assassinat de son fils, le soldat Imad Ibn Ziaten, l’une des victimes de la tuerie de mars 2012 perpétrée par le terroriste Mohamed Merah à Toulouse. Quelques jours après l’attentat, elle fonde l’association Imad Ibn Ziaten en hommage à son fils. Nous l’avons rencontrée lors de sa visite du centre de l’Amicale marocaine des IMOC (AMI) à Casablanca.

    - L’Economiste: Quatre ans après l’assassinat d’Imad, votre fils, quels messages adresseriez-vous aujourd’hui aux jeunes Marocains?
    - Latifa Ibn Ziaten:
    Le principal message que je voudrais adresser aux jeunes est qu’ils doivent garder espoir, aimer leur pays, mais avant tout, s'aimer soi-même. Car lorsque l'on s'aime soi-même, on devient plus sensible et tolérant vis-à-vis d’autrui. Naître dans un milieu défavorisé n’est pas une excuse. Il faut surmonter les difficultés sociales et personnelles et trouver un moyen de devenir productif. Cela dit, nous avons, nous, en tant qu’adulte notre part de responsabilité. La jeunesse est notre plus grande richesse. Agir pour la jeunesse c’est agir pour notre avenir collectif. Et il est important de tenir un discours d’espoir et d’optimisme.

    - Suite à l’assassinat de votre fils, vous vous êtes rendu sur les lieux du drame et vous avez été à la rencontre de jeunes issus des cités, Qu’est-ce qui vous a le plus marqué chez eux?
    - Suite à la tragédie de Toulouse, j'ai eu du mal à admettre que Imad soit parti. Je me suis alors rendu à Toulouse. Sur place, je n’ai trouvé que des traces de sang. Frustrée, j'ai eu subitement cette envie de partir à la découverte de Mohamed Merah pour comprendre qui était ce jeune homme qui a tué mon fils.
    Et c’est à ce moment là que je rencontre un jeune, à qui j'ai posé la question: savez-vous où est Mohamed Merah? Il sourit et me regarde et rétorque: «Madame vous ne matez pas la télé? vous ne lisez pas les journaux? Merah, est un martyre. C'est un héros de l'Islam, il a réussi à mettre la France à genoux». Elle marque un silence. C'est comme si on m'avait tué une deuxième fois. J’ai repris mon souffle et je lui ai répondu que ce jeune homme n'est pas un martyre, mais un assassin. Le jeune me répond: «Mais vous avez vu ce ghetto, la souffrance que nous vivons au quotidien? La France nous a abandonné». Je lui ai répondu que ce n’était pas une excuse et qu’il faut tout faire pour se frayer une place dans la société. Cette discussion m’a convaincue sur la nécessité de mener un combat contre le radicalisme. J’ai fondé par la suite l’association.
    - Dans votre livre «Mort pour la France», vous écrivez au sujet de Mohamed Merah: «Je lui ai pardonné ce qu'il était mais pas ce qu'il a fait». Quels enseignements peut-on tirer de ce pardon?
    - En cherchant à connaître Mohamed Merah, j’ai appris une chose, que Merah n’a pas eu la chance que mes enfants ont eue. Mes enfants étaient aimés par leur père et leur mère, et nous étions constamment présents pour eux. Merah a été abandonné par son père à un âge précoce. Très jeune, il rentre en prison. Et il en est ressorti chargé de haine. Je lui pardonne ce qu’il était. Mais Dieu le jugera pour ce qu’il a fait.
    Propos recueillis par
    Ayoub IBNOULFASSIH

     

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