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    Chronique

    La Stratégie de Formation professionnelle
    Réorienter l’effort financier de l’entreprise

    Par Abderrahmane LAHLOU | Edition N°:4745 Le 06/04/2016 | Partager

    près une carrière de vingt ans en tant qu’opérateur privé de l’Education scolaire et universitaire, et président fondateur d’associations dans l’enseignement et le Conseil en formation, Abderrahmane Lahlou a fondé ABWAB Consultants, spécialisé dans l’Education et la Formation. Il est expert auprès du Groupe Banque Mondiale pour le programme e4e au Maroc, et expert agréé auprès de la BID. Il réalise également des études pour le compte de ministères et d’organismes privés nationaux et internationaux dans les trois domaines de la formation universitaire, professionnelle et scolaire. Il est conférencier international en management, économie et éducation, et professeur visiteur dans des universités françaises (Ph. A. L.)

    Le Maroc souffre d’un mal qu’on dirait endémique, mais qui est tout simplement universel: le chômage des jeunes, fussent-ils qualifiés. De surcroît, et depuis que nos universités se remplissent, grâce au boom démographique et à la «démocratisation» du baccalauréat, enclenchée en 2010, la corrélation positive entre niveau de qualification et chômage est devenue une réalité. Alors, le coup d’accélérateur que l’on s’apprête à donner à la formation professionnelle est-il le bon antidote au chômage? La réponse nécessite de faire la différence entre:
    - d’une part un capital humain plus qualifié, ou plus précisément  doté de la qualification adéquate aux besoins de l’économie;
    - et d’autre part, un antidote efficace au chômage, comme s’il suffisait d’être diplômé de la formation professionnelle pour être automatiquement embauché.
    Pour décrocher un emploi, il faut certes un niveau de qualification ciblé et correspondant aux cartes géographiques et sectorielles,  mais ce qu’il faut surtout, ce sont des opportunités de travail, des postes d’emploi créés par l’économie. Et cela, c’est une autre paire de manches, qui interpelle la gouvernance économique à l’échelle locale autant que la conjoncture internationale, à l’échelle globale.  A l’échelle locale, on devra toujours attendre que la convergence des lois et des politiques sectorielles se fasse, notamment en ce qui concerne les mesures pour la croissance, l’amélioration du climat des affaires, les mesures favorisant l’entrepreneuriat, une plus grande intégration de notre économie dans le monde, et enfin un peu moins de projections anxiogènes de la part de certains organes publics, ce qui ferait un grand bien au moral des affaires.
    Quant à la stratégie 2021 que le gouvernement vient d’inaugurer, avec un renfort de conventions d’application entre le département de la Formation professionnelle et les secteurs concernés, elle répond bien au premier objectif, celui d’optimiser la qualification des jeunes. Elle contient des idées innovantes par rapport au passé, et appropriées pour l’avenir, par exemple, la consécration de la formation tout au long de la vie. Les autres innovations sont l’approche par la demande et l’objectif insertion, solennellement annoncé, et qui met l’entreprise au cœur du dispositif de formation professionnelle. C’est ainsi que la formation partenariale devra devenir la vedette du dispositif, avec un certain nombre d’institutions en Partenariat public privé, ou PPP. Une autre disposition est de travailler sur l’attractivité de la formation professionnelle, en vue de dépasser les clichés de la voie par défaut, pour ne pas citer l’appellation peu élégante de «formation dépotoir». C’est ainsi que la stratégie accorde une place de choix à l’initiation précoce aux métiers professionnels dès le collège, voire à la familiarisation très précoce, dès le primaire. Enfin, elle se propose d’agir sur la qualité de la formation, par l’introduction du critère d’employabilité dans les parcours, comme il a été fait dans les curricula depuis près de vingt ans avec la fameuse Approche par les Compétences (APC), rendue aussi célèbre par les canadiens que le sirop d’érable, mais qui peine encore à donner ses résultats chez nous. Dans les parcours de formation, on espère favoriser l’employabilité de manière beaucoup plus simple et directe, en introduisant la formation aux soft skills. Ces compétences de savoir-être, de communication et d’esprit entreprenant sont tant recherchées par les employeurs qu’elles ne doivent  pas rester l’exclusivité des lauréats des grandes écoles.
    Pour réussir un tel ouvrage, il faut d’abord apprendre à la société à revaloriser la formation professionnelle, encore appelée railleusement «Atchakouine». Lors de la cérémonie de lancement de la stratégie, le chef du gouvernement semble avoir enclenché un tournant de paradigme qui valorise la FP et en fait une fierté et un atout international. Mais encore faut-il que ce tournant se transforme en campagne de sensibilisation de l’opinion publique, dans le cadre du maigre budget consacré à la communication.
    On peut dire qu’avant cette initiative, il n’y avait pas de véritable stratégie, au sens d’un ensemble cohérent de mesures, assortie d’objectifs opérationnels affectés à des opérateurs et acteurs identifiés et dotés de moyens appropriés. C’est la première fois qu’on déploie un effort d’une telle envergure, et qui s’est concrétisé par un contrat- programme qui couvre la période 2016-2021 et implique une multitude d’acteurs et contractualise les engagements qu’ils prennent en faveur de la formation professionnelle.
    Ils auront fort à faire, tous ces opérateurs et acteurs. Ce ne sont pas moins de 9.300.000 personnes qui devront être sorties des usines de la formation professionnelle au terme de la période quinquennale. Ce chiffre cumulé comprend les lauréats de la formation initiale (2,4 millions), les bénéficiaires de la formation continue à l’initiative de l’entreprise (3,6 millions), ainsi que cette nouvelle catégorie que sont les bénéficiaires à l’initiative des salariés eux-mêmes, et dont la loi tarde à voir le jour, soit 1,1 million. Cette dernière catégorie constitue un marché important pour le secteur des opérateurs de la formation continue, aujourd’hui regroupés dans l’association ABCF, qui est en passe de devenir un acteur important de ce volet de la stratégie.
    D’un autre côté, la formation initiale du secteur continue de faire polémique, dans la mesure où elle est quasi intégralement financée sur les fonds de la Taxe de formation professionnelle payée par les entreprises, et répercutée d’une certaine manière sur le net touché par le salarié, via la pression sur les salaires. La logique serait que cette contribution profite aux salariés eux-mêmes par la formation continue de perfectionnement qui est payée pour leur compte, alors que l’Etat doit prendre en charge la formation initiale.

    Un acteur efficace et dominant

    L’effort de formation initiale publique dans cette stratégie est à 84% affecté à l’OFPPT, qui utilise l’argent de cette taxe. Même en intégrant la formation initiale assurée par le secteur privé, la part de l’Office reste de deux tiers. Il est vrai qu’elle passerait de 67,7% aujourd’hui à 63,3% sur le total des lauréats au terme de 2021, mais cela restera majoritaire. C’est ainsi que sur les 66 milliards de DH de financement global de la stratégie, plus de 53 milliards, soit 80%, sont versés dans la formation initiale. Si l’on considère la part du financement par les fonds privés, la proportion est de 61%. L’Etat devrait faire un effort plus conséquent que les 39% restants, de sorte que l’argent de l’entreprise et des salariés puisse aller au perfectionnement des compétences. Par ailleurs, une autre destination des fonds des entreprises serait la formation partenariale, à travers les Instituts à gestion déléguée. Une destination très admissible et très rentable pour l’entreprise. Malheureusement, elle ne couvrira que 0,7% des lauréats au terme de la période, soit un cumul de 16.050 lauréats. Nous sommes loin des taux enregistrés par les pays qui ont fait de la formation alternée leur cheval de bataille. Selon des chiffres de 2013, les entreprises allemandes ont contribué pour les deux tiers au financement de ce type de formation, soit 7,6 milliards d’euros, contre 3,9 milliards pris en charge par les Lander, l’équivalent des régions.

     

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