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Analyse

Crise des migrants: L’Europe doit revoir son mode de gouvernance

Par Fatim-Zahra TOHRY | Edition N°:4732 Le 18/03/2016 | Partager
«Les solutions ne viendront pas de la Turquie mais des Européens»
Le soutien financier doit être assorti de conditions
Le Maroc, «a initié une politique migratoire exemplaire»
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Pour Gilles Pargneaux: «Des programmes d’intégration pour les migrants régularisés ont été par exemple mis en œuvre pour leur faciliter l’accès aux services socio-économiques, médicaux et éducatifs. Il s’agit là d’une politique exemplaire qui devrait être promue dans le voisinage de l’Union européenne». Il devra participer à la deuxième édition du Forum Crans Montana (FCM) qui se déroule du 17 au 22 mars à la ville de Dakhla (Ph. Privé)

La crise actuelle des réfugiés invite l’Europe à revoir son mode de gouvernance en matière migratoire. Les solutions ne viendront pas de la Turquie mais des Européens qui doivent surmonter leurs divisions et dépasser leurs égoïsmes nationaux. Le député européen socialiste Gilles Pargneaux, président du groupe d’amitié UE-Maroc, analyse dans cet entretien les enjeux.
- L’Economiste:
L’Union européenne compte sur la Turquie pour qu’elle enraye le flux des migrants. Cette option vous semble-t-elle tenable?
- Gilles Pargneaux:
La coopération avec la Turquie constitue seulement un volet d’une stratégie globale pour faire face à la crise actuelle des réfugiés. Nous devons tout d’abord créer des voies légales pour les réfugiés: c’est ce que doit permettre le plan européen de relocalisation pour alléger la pression pesant sur les États membres, comme la Grèce, l’Italie ou la Hongrie, les plus exposés. Ce plan de relocalisation implique la mise en oeuvre des «hotspots» pour permettre d’enregistrer les réfugiés entrant sur le territoire de l’UE. Il est également important de renforcer les frontières extérieures de l’Europe: la proposition de créer un corps européen de gardes-frontières et de garde-côtes va dans ce sens. La coopération avec un pays tiers comme la Turquie face à la crise des réfugiés est certes nécessaire au regard de sa situation géopolitique. Mais cela ne doit pas nous conduire à déléguer nos responsabilités!
La crise actuelle des réfugiés invite donc l’Europe à revoir son mode de gouvernance en matière migratoire. Les solutions ne viendront pas de la Turquie mais des Européens qui doivent surmonter leurs divisions et dépasser leurs égoïsmes nationaux.

- Que répondez-vous aux critiques sur le fait qu’Ankara fait monter les enchères en échange de l’accueil des réfugiés?
- En raison de sa situation géographique de transit entre la Syrie et l’Europe, la Turquie accueille plus de 2,5 millions de réfugiés et demandeurs d’asile. Le pays a mobilisé plus de 7 milliards d’euros pour faire face à cet afflux. Il est légitime que l’Europe prenne part à l’effort de solidarité régionale qui mobilise également des pays voisins de la Syrie comme le Liban ou la Jordanie. Lors du précédent sommet UE-Turquie, le 29 novembre 2015, l’Union européenne s’était engagée à financer à hauteur de 3 milliards d’euros la facilité pour la Turquie en faveur des réfugiés. Cet argent doit bénéficier directement aux réfugiés syriens en Turquie, en les aidant à améliorer leur accès à l’éducation et à la santé en particulier. Un comité spécifique est chargé de sélectionner les projets humanitaires devant recevoir une partie de cette enveloppe financière. Pour ce qui est des 3 milliards d’euros supplémentaires demandés lors du Sommet UE-Turquie du 7 mars 2016, cette rallonge devrait être conditionnée à la bonne utilisation des fonds déjà engagés en faveur des réfugiés.
- La Turquie arrivera-t-elle à dynamiser son processus d’adhésion à l’UE en se servant de la crise migratoire?
- La question du processus d’adhésion de la Turquie à l’Union européenne doit être découplée de la question migratoire. Officiellement reconnue candidate depuis 1999, la Turquie a débuté les pourparlers pour adhérer à l’Union européenne en 2005. Mais les négociations ont connu un coup d’arrêt en 2007,
par la volonté de la France et de l’Allemagne.
Seuls 14 chapitres sur 35 ont été abordés dix ans après l’ouverture des négociations... et un seul a été fermé. Le recul de la liberté de la presse ou encore la non-reconnaissance de la république de Chypre par la Turquie constituent des sérieux obstacles à la progression de ces négociations. Il est donc improbable que le partenariat de circonstance sur la question migratoire soit réellement suffisant pour relancer le processus d’adhésion de la Turquie à l’Union européenne. La libéralisation du régime des visas pour les ressortissants turcs souhaitant se rendre en Europe ou l’ouverture de nouveaux chapitres de négociations d’adhésion sont donc des enjeux qui doivent être examinés indépendamment de la crise actuelle des réfugiés.

- Comment appréciez-vous la politique migratoire du Maroc?
- Depuis 2014, le Maroc s’est engagé dans une politique migratoire équilibrée et intégrée qui en fait véritablement un partenaire crédible de l’Union européenne. Les autorités marocaines ont ainsi lutté contre la migration irrégulière à travers le renforcement du contrôle au niveau des postes-frontières et la lutte contre les réseaux criminels des passeurs et de trafiquants d’êtres humains. Mais outre ces mesures d’ordre sécuritaire, la politique migratoire du Maroc a été également marquée par une campagne de régularisation des étrangers en séjour irrégulier en 2014. Elle a permis de régulariser la situation de 92% des 28.000 migrants ayant introduit des demandes de cartes de séjour.  
Cette démarche volontaire et responsable a abouti à une réduction des flux de migration clandestine entre le Maroc et l’Europe, transformant ainsi le royaume chérifien d’un pays d’origine et de transit en un pays de destination finale. En s’orientant ainsi vers une politique migratoire fondée sur une approche équilibrée, le Maroc apparaît comme un pays pionnier dans le voisinage sud de l’Europe. Des programmes d’intégration pour les migrants régularisés ont été par exemple mis en œuvre pour leur faciliter l’accès aux services socio-économiques, médicaux et éducatifs. Il s’agit là d’une politique exemplaire qui devrait être promue dans le voisinage de l’Union européenne.

Bio

Gilles Pargneaux, 59 ans, est député au Parlement européen depuis 2009. Il est vice-président de la commission environnement, santé et sécurité alimentaire, membre des commissions affaires étrangères, contrôle budgétaire, sécurité et défense. Gilles Pargneaux est également président du groupe d’amitié UE-Maroc, Vice-président de la délégation pour les relations avec les pays du Mashrek et membre de la délégation pour les relations avec les pays du Maghreb et l’Union du Maghreb arabe.

Propos recueillis par
Fatim-Zahra TOHRY

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