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Chronique

La dissuasion nucléaire n’est pas morte

Par Jean-Louis Dufour | Edition N°:4730 Le 16/03/2016 | Partager

Notre consultant militaire, Jean-Louis Dufour, est un ancien officier supérieur de l’armée française. Il a servi en qualité d’attaché militaire au Liban, commandé le 1er Régiment d’infanterie de marine et le bataillon français de la Finul. Chargé du suivi de la situation internationale à l’état-major des Armées (EMA-Paris), il s’est ensuite spécialisé dans l’étude des crises et des conflits armés. Ancien rédacteur en chef de la revue «Défense», professeur dans nombre d’universités et instituts francophones, il est l’auteur de plusieurs ouvrages, parmi lesquels «La guerre au 20ème siècle» (Hachette, 2003), «La guerre, la ville et le soldat» (Odile Jacob, 2006), «Un siècle de crises internationales» (André Versaille, 2009) (Ph. Archives)

On croyait la dissuasion nucléaire une théorie d’un autre temps. On avait tort! Certes, les puissances (Russie, Etats-Unis, Chine, Grande-Bretagne, France) ne procèdent plus à des tirs, elles n’en ont plus le droit(1). Il n’empêche! Depuis peu, les pages «monde» des quotidiens font état des activités atomiques des uns et des autres, à commencer par le dernier essai nucléaire de la Corée du Nord ou les tirs de missiles en Iran, même si ce pays n’est pas autorisé à tester des missiles assez puissants pour emporter la bombe(2). A peine les Etats-Unis et la Corée du Sud avaient-ils entrepris de manœuvrer ensemble que la Corée du Nord plaçait en alerte tout ce qu’elle pourrait tirer contre les «impérialistes». Mais la Corée du Nord et l’Iran ne sont pas seuls à gesticuler de la sorte. Les Etats-Unis ont procédé le 25 février à un tir de leur ICBM(3) Minute III et prévoient un autre lancement avant le 1er avril. Du coup, Moscou réagit, qui se dit déterminé à maintenir en l’état, voire à moderniser ses armes et matériels, condition logique d’une dissuasion crédible. Selon les Izvestia du 28 février, la marine russe devrait effectuer sous peu un tir simultané de 16 ICBM à partir d’un SNLE(4). En lancer 16 d’un coup serait certes spectaculaire mais dangereux. Quoi qu’il en soit, salve ou tir unique, l’idée demeure: la Russie affiche ses capacités nucléaires et balistiques pour répliquer aux avancées des Etats-Unis en matière d’anti-missile et de perfectionnement de leur arsenal.

Tirs de missiles

«Les Etats-Unis ont demandé que le Conseil de sécurité de l’ONU tienne des consultations pour discuter des “dangereux tirs” de missiles balistiques par l’Iran. Washington est “extrêmement préoccupé” par ces essais balistiques “provocateurs et déstabilisateurs”, a ajouté l’ambassadrice américaine à l’ONU, Samantha Power, qui a rappelé que les résolutions de l’ONU interdisaient à Téhéran de tirer des missiles capables d’emporter des charges nucléaires. Le secrétaire d’Etat américain, John Kerry, avait qualifié ces essais, le 9 mars, de “violations grossières” de la résolution 2231, qui a entériné l’accord entre Téhéran et les grandes puissances sur le nucléaire».
In Le Monde, 13-14 mars, p.3

A vrai dire, tirer des ICBM n’est pas anormal. Cela permet de vérifier l’état du matériel et de montrer à l’adversaire que l’on est en mesure de le frapper. La dissuasion est à ce prix, même en l’absence d’essais nucléaires, désormais prohibés. Ainsi la Russie rappelle au monde qu’elle demeure un «supergrand» tout en veillant à sa sécurité que menaceraient d’éventuels étrangers. Toutefois, la force militaire conventionnelle russe ne suffit plus pour équilibrer les armées du Pacte atlantique mais aussi celles de la Chine qu’elle ne cesse de renforcer. Dès lors, la priorité de Moscou, y compris financière, pour tout ce qui concerne son potentiel de dissuasion se comprend.

La Russie redoute de voir les Etats-Unis en mesure désormais de neutraliser sa force nucléaire. Le Pentagone consacre actuellement 350 milliards de dollars à la modernisation de ses moyens atomiques tout en perfectionnant ses anti-missiles, un domaine où il excelle. Les Etats-Unis ne sont peut-être pas loin d’annuler ce fameux équilibre nucléaire qui avait permis à la guerre froide de ne pas devenir «chaude». Washington pourrait lancer une frappe contre la Russie suffisamment précise pour mettre hors service d’un coup son système de commandement et ses moyens de riposte nucléaire. Il resterait tout juste aux anti-missiles américains à détruire en vol les rares fusées que Moscou serait parvenu à tirer. Théoriquement, en finir avec la force russe de dissuasion serait à la portée de Washington. Bien sûr, les Etats-Unis n’ont pas cette intention. Il n’empêche! Une doctrine stratégique doit envisager toutes les hypothèses, à commencer par les plus extrêmes.  Reste donc au Kremlin à mettre à niveau son armement non conventionnel tout en affichant de temps à autre, pour que nul n’en ignore, sa capacité à utiliser ses moyens de lancement. En 2015, les Russes ont tiré huit missiles balistiques intercontinentaux ou ICBM. Les 16 missiles, annoncés comme devant être mis à feu cette année, devraient être en principe de nouveaux engins. Au programme: le Bulava, un missile pour sous-marin et le SS-X-30 Sarmat, deux fusées en cours de mise au point, censées être invulnérables face aux anti-missiles US. Sans compter un retour aux vieilles méthodes: rendre les missiles mobiles en les déplaçant par voie ferrée réduit leur vulnérabilité. Le Kremlin songerait aussi à un système de bombardement orbital lequel permettrait d’accroître la portée des missiles pour atteindre des zones non protégées par les anti-missiles US. Moscou entend donc profiter de l’intérêt des médias pour ses essais d’ICBM, lesquels illustrent la modernisation en cours. Mieux encore, chaque tir montre, nonobstant les traités limitant le nombre de missiles intercontinentaux alignés par les deux «Grands», que leur rivalité demeure. Moscou et Washington n’ont d’ailleurs jamais vraiment cessé de perfectionner leur force de dissuasion, à commencer, sans doute, par les systèmes anti-missiles. 

Pyongyang menace Séoul

«Pyongyang menace de lancer une “Blitzkrieg” contre les troupes sud-coréennes et américaines qui effectuent depuis lundi 7 mars des manœuvres conjointes et de “libérer toute la Corée du Sud”, a annoncé samedi 12 mars l’agence officielle nord-coréenne. Organisés chaque année, ces exercices américano-sud-coréens provoquent chaque fois la colère de Pyongyang. En réaction le ministère sud-coréen des Affaires étrangères a appelé le Nord à cesser ses menaces et ses provocations».
AFP, 12 mars 

 

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(1) Depuis mars 1996, quand a été signé le traité d’interdiction des essais nucléaires.
(2) Voir encadrés.
(3) ICBM: initiales en anglais de missile balistique intercontinental ou «intercontinental ballistic missile».
(4) SNLE: sous-marin lance engins.

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