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    Chronique

    Hassan Rohani scelle les retrouvailles avec l’Europe
    Par Mustapha Tossa

    Par L'Economiste | Edition N°:4697 Le 29/01/2016 | Partager

     

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    Le président iranien Hassan Rohani a effectué une  tournée en Europe. Après l’Italie et le Vatican, il était l’hôte de Paris. Cette visite aurait dû avoir lieu en novembre dernier mais les attentats terroristes, qui avaient frappé la capitale et sa banlieue revendiqués par Daesh, en ont décidé autrement.
    Sans regrets d’ailleurs car personne n’aurait imaginé une France sous le choc et en deuil en train de dérouler le tapis rouge au président iranien.
    Aujourd’hui, alors que la situation semble relativement apaisée, François Hollande pouvait  tranquillement recevoir son prestigieux invité iranien. Précédant cette visite, le président  français s’est déjà vanté d’avoir été le premier chef d’Etat occidental à avoir serré la main de Hassan Rohani sous le regard des caméras dans les couloirs des Nations unies. Et ce, alors que l’Iran n’était pas encore totalement sorti du périmètre satanique dans lequel il végétait depuis de décennies à cause de ses ruptures avec la communauté internationale.
    La France a été aussi le pays occidental qui avait mis sur la table des négociations internationales sur le nucléaire iranien les conditions les plus dures et les plus exigeantes à l’encontre du négociateur iranien. Au point de faire apparaître la naissance de cet accord par le biais duquel l’Iran vient de normaliser ses relations internationales à une douloureuse césarienne. A cette époque qui semble aujourd’hui si lointaine, la France de François Hollande et de Laurent Fabius donnait cette inédite impression d’incarner les faucons là où l’administration de Barack Obama montrait une hâte de circonstance à conclure l’accord sur le nucléaire iranien.
    Cette visite sera aussi le premier déplacement occidental de Hassan Rohani depuis la levée effective des sanctions internationales. L’heure est aux affaires et aux contrats juteux comme celui déjà annoncé par les Iraniens de leur volonté d’acquérir 114 Airbus. Après la visite de Laurent Fabius en Iran qui avait pour but de briser la glace, cette visite sera l’occasion pour la France d’opérer son grand retour dans le marché iranien  après une pénalisante absence. Pour Hassan Rohani, l’entreprise de séduction à l’égard de la France a valeur de test et de symbole. Normaliser ses relations avec son plus farouche détracteur relève de la performance. D’où cette instance iranienne à ne pas jouer la relation avec Paris sur un mode de rancune et de vengeance.

     

    Le volet politique a dominé aussi les entretiens de Rohani à Paris. La France compte énormément sur l’influence qu’à Téhéran sur le régime syrien pour le contraindre à plus de souplesse dans la solution transitoire voulue par la plupart des acteurs de la crise syrienne. A plusieurs reprises,  François Hollande a lancé des appels aux Iraniens pour qu’ils inspirent à leur protégé syrien plus de modération et pourquoi pas plus de sagesse qui le contraindrait à envisager de quitter le pouvoir. La France  voudrait aussi voir l’Iran s’impliquer davantage dans des processus de pacification au Yémen et au Liban pour ne citer que ces deux théâtres où l’influence iranienne est incontournable et unanimement reconnue.
    Hassan Rohani a rencontré François Hollande qui a fait le choix stratégique de s’allier avec l’Arabie saoudite, leader du monde sunnite en concurrence ouverte avec la puissance chiite qu’incarne l’Iran. Ces choix ont mis la diplomatie française dans une situation très critique. De nombreux articles ont récemment fleuri dans la presse pour pointer du doigt cette intimité politique avec un modèle politique saoudien devenu intenable, parce que foncièrement anti-démocratique et sous le feu d’un faisceau de suspicions et d’accusations.   D’abord du financement ou du moins de sympathie avec les organisations terroristes qui déstabilisent l’ensemble de la région. Ensuite, de mener une politique offensive qui peut s’avérer d’une dangereuse pyromanie dans la région.
    L’Iran de Hassan Rohani accuse l’Arabie saoudite d’inspirer toutes les organisations terroristes d’obédience sunnite pour contrer son influence dans la région. Tandis que Riyad voit dans les milices chiites irakiennes libanaises le fer de lance iranien pour imposer son propre agenda. Dans ce contexte de tensions permanentes entre les deux puissances, la France pourrait être tentée par une médiation pour faire baisser l’escalade guerrière entre les deux capitales.

     

    Marques et traditions

     

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    Hassan Rohani n’a pas dérogé à la règle. Comme tous les présidents iraniens qui foulent le sol européen, il impose leur marque et perpétue leurs traditions. Ils insistent tout le temps pour que le protocole soit compatible avec la posture islamique supposée de leurs fonctions. Ainsi, même auréolé d’un halo de réformisme et d’ouverture d’esprit, Hassan Rohani est resté dans la pure tradition de ses prédécesseurs. Ainsi, lors de la visite de la délégation iranienne au Vatican, le musée du Capitole de Rome a caché toutes ses statues représentant des sculptures de nu pour ne pas choquer le regard pudique du chef de la République islamique d’Iran. Lors de son  passage à Paris, les rencontres avec le président François Hollande ont été réduites au minimum et même le dîner d’Etat a dû être annulé du programme, les Français ayant refusé d’obtempérer aux demandes iraniennes de ne pas servir d’alcool à table. Plutôt que satisfaire les Iraniens, le protocole français a préféré se passer de cette occasion de célébrer la vigueur retrouvée de  l’amitié franco-iranienne. Hassan Rohani aurait rencontré d’immenses obstacles dans son pays  à justifier en tant que président de la République islamique le voisinage de sa personne avec un interdit en Islam, qu’est l’alcool, produit couramment consommé en Europe.
    Et Paris par ces temps de repli identitaire aurait du mal à expliquer à une opinion française remontée que la République a cédé au diktat protocolaire de la République islamique.
     

     

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