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    Chronique

    Ces conseillers privilégiés des Etats
    Par le Pr. Mohammed GERMOUNI

    Par L'Economiste | Edition N°:4682 Le 07/01/2016 | Partager

     

    Ancien directeur de Banque de dévelop-pement et haut fonctionnaire dans l’administration marocaine, Mohammed Germouni est actuellement professeur visiteur de quelques universités étrangères et consultant pour des questions de développement et d’endettement. Il est l’auteur d’un ouvrage sur l’engineering et la technologie puis d’un essai sur les problèmes d’investissement, et il contribue à des revues spécialisées (Ph. MG)

    Les importantes  missions régaliennes et de bon conseil, confiées par la loi dans les grandes démocraties à travers le monde à des Instituts d’émission  relativement  indépendants, comme  la Réserve fédérale américaine ou  la Banque centrale européenne, pour ne citer que ces organismes-phares, ne sont pas pour  surprendre les nombreux praticiens sur la place stratégique  qu’ils  occupent  désormais dans le fonctionnement  d’une économie mondiale de plus en plus complexe. Les autres banques centrales, toutes proportions gardées, ne sont pas demeurées en reste pour exercer également leurs talents de conseillers de leurs Etats respectifs.
    La Réserve fédérale, ou Fed pour les initiés, la première Banque centrale du monde, sera-t-elle plus outillée face à une éventuelle  crise financière  comme la dernière en date qui l’avait plutôt  prise par surprise, voire défiée. Ses récentes hésitations à revoir  ses taux directeurs, servant de boussole aux investisseurs et spéculateurs du monde, à la veille de la tenue des assemblées du FMI-Banque mondiale, donnent le ton et semblent refléter la persistance de nombreuses inconnues. La relative défaillance à anticiper la précédente ainsi que certaines des modalités  de sa gestion  furent à peine évoquées par les uns, mais fort dénigrées par d’autres. Certains n’excluaient pas de nouvelles dispositions légales remettant en question un rôle jusqu’ici prééminent de l’Institution dans le système financier américain.

     

    Intervenir de façon feutrée

    Deux grands courants de pensée, certes avec leurs nuances, développés notamment par les présidents de la Fed qui se sont succédé au cours de la dernière période, ont alimenté la polémique.  Depuis Volcker à Yellen, en passant par Greenspan et Bernank, personnes  de grande culture, dotées de talents reconnus, échappant aux petites luttes partisanes, ces grands commis, ayant été souvent des conseillers officiels ou officieux des présidents des USA, n’interviennent que de façon feutrée, davantage pour prévenir en filigrane quelque nouvelle déconvenue financière.
    A cet égard, la dernière tentative  d’encadrer le secteur financier américain a été non seulement rejetée mais combattue, et fait insolite par les organismes à l’origine même de la précédente grave crise. C’est dire la sensibilité de la question, surtout sachant l’ascendant qu’exerce  la Bourse de Wall Street sur les centres de décision et de conseil! Les Etats-Unis ne seraient pas sortis de la dépression de 1929, sans une intervention de l’Etat, avec notamment un système bancaire solidement réglementé. De telles règles ont tenu et même bien fonctionné pendant plus de quatre décennies après la Deuxième Guerre mondiale, au regard de la prospérité dont ce grand pays a bénéficié durant les fameuses «Trente glorieuses» (1945-1975).

    Janet Yellen, présidente de la Réserve fédérale des États-Unis, la première Banque centrale du monde. Cette institution sera-t-elle plus outillée face à une éventuelle crise financière  comme la dernière en date qui l’avait plutôt  prise par surprise, voire défiée (Ph. AFP)
     

    Mais plus on s’éloignait de cette période, plus son souvenir devenait lointain et même vague. La première vague de «dérégulation» remonte à la présidence de Ronald Reagan. Ce qui avait entraîné un effondrement financier causé par la défaillance du système des Caisses d’épargne qui nécessita un assainissement de près de trois cent milliards de dollars américains au Trésor, soit deux points de PIB. Cette déréglementation se poursuivit malgré tout, allant jusqu’à dénigrer la presque totalité des textes fondateurs. Le résultat sera une expansion démesurée des crédits (subprime) et une bulle sans précédent dans le secteur immobilier américain. Sans le conseil pertinent de la Fed, même tardif, suivi d’une intervention combinée de l’ensemble des autorités américaines sur une échelle dépassant tout entendement au profit du secteur bancaire, cette crise aurait sonné la fin de l’économie mondiale, dans la définition que nous lui donnons de nos jours. L’utilité d’une telle crise a été notamment d’avoir offert à cette honorable institution  l’occasion  de faire éviter au fonctionnement du système mondial les graves écueils existants.
    Sur  le continent européen, il va de soi que l’Allemagne n’a pas imposé le modèle de sa Bundesbank  aux autres Etats membres de l’Union européenne, et encore moins  contre leur volonté.

     

    Recul des vieilles «recettes keynésiennes»

    Le souhait de disposer d’une monnaie forte, combiné à la prudence fiscale du programme néolibéral, aura été déterminant dans le choix  implicite du modèle allemand lors des négociations établissant  un nouvel ensemble européen élargi, l’actuelle Union européenne, il y a quelque deux à trois décennies. Les vieilles «recettes keynésiennes» avaient subi un léger recul, facilitant ainsi une adhésion du reste de l’Europe à la doctrine monétariste mise en œuvre par l’institution allemande.
     L’Union européenne entérina cette même répartition des tâches lorsque la Banque centrale européenne devait entrer en fonction. Axant ses conseils  sur la stabilité prioritaire des prix, longuement poursuivie  par les autorités bancaires allemandes, cette attitude aura assuré notamment  un alignement de fait sur les méthodes américaines, quitte à sous-estimer les autres effets réels négatifs sur la croissance et sur l’offre d’emploi. C’est ce même état d’esprit plutôt  conservateur  qui sera  partagé globalement ou presque par la plupart des autres Instituts d’émission  des pays membres. Jusqu’à intégrer même des institutions non européennes telle Bank Al-Maghrib par exemple.
    Mais dispenser le conseil n’est pas toujours sans risque, et toutes les banques centrales n’en sont que plus conscientes de leur sensible mission et encore plus prudentes en ces temps  de trop d’incertitudes.

                                                              

    Au Maroc...

    De par des origines européennes dues au hasard de l’histoire politique, l’Institut d’émission marocain plus que centenaire a enregistré une grande mue depuis l’Acte d’Algésiras, du double protectorat franco-espagnol et surtout au lendemain de l’indépendance recouvrée et ne déroge pas à la règle du conseil pertinent. Devenu progressivement un instrument de la souveraineté retrouvée, la Banque des banques est demeurée constamment sensible aux évolutions du proche et lointain contexte international, en essayant d’accompagner les principales phases de la croissance du pays quand elle n’a pas cherché à les anticiper et souvent à les encadrer. Préparant avec une certaine ténacité le complexe  sentier menant vers une réelle économie émergente, l’Institut ne cesse de rappeler aux décideurs les handicaps objectifs et sérieux qui s’y opposent et non encore  levés, en commençant par l’indispensable et difficile réforme de la justice, en s’inquiétant de la piètre qualité d’un système d’éducation et de formation ainsi que l’absence d’une Bourse  réellement opérationnelle. Sans parler du faible niveau d’innovation technologique national qui ne peut être ignoré.
    Tout en insistant sur une évaluation indépendante des effets réels des diverses stratégies sectorielles engagées par les gouvernements successifs au cours de la dernière période, la Banque centrale agrée l’orientation africaine, éventuel «relais de croissance», tout en rappelant toutefois sur la nécessaire vigilance quant aux risques bancaires encourus. Elle est également consciente de l’échéance encore lointaine de la convertibilité et du possible ciblage d’inflation dans une phase de transition, en soulignant avec soulagement que le pays est en voie de quitter la «liste grise» de l’OCDE.  Une étape importante, mais non décisive pour autant dans le vaste chantier de réformes  requises. L’insertion de «banques participatives» ou islamiques, et en filigrane du Conseil des oulémas, introduit  une problématique nouvelle dans le circuit bancaire.

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