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    Médias

    Image des femmes: Seules la culture et la créativité changeront la donne

    Par L'Economiste | Edition N°:4672 Le 21/12/2015 | Partager

     

    Journaliste, ex-professeur universitaire, Jamal Eddine Naji est  le numéro deux de la HACA. Il constitue avec la présidente de l’entité, Amina Lamrini, le duo de choc à la tête du régulateur du secteur de l’audiovisuel (Ph. Jarfi)

    La créativité et la culture sont pour Jamaleddine Naji, directeur général de la HACA, les seuls instruments pour changer la situation de la femme dans les médias. Pour l’universitaire, ce sont des chantiers qu’il faudra entrevoir dans le long terme à travers une politique culturelle claire ciblant, avant tout, les jeunes.
    - L’Economiste: La situation de la femme dans les médias n’a pas changé malgré les alertes régulières de la HACA. Quelle est votre analyse par rapport à cela ?
    - Jamaleddine Naji:
    Mon analyse n’est pas très sexy. La question de l’équité du genre, n’a de réponse que dans les tréfonds de la société. Maintenant, quand on regarde comment d’autres pays sont arrivés à combler les déficits entre les deux genres. On se rend compte que la solution se trouve dans le long terme et le stratégique. Et qu’en attendant, législateur, mouvements sociaux, partis, les philosophes trouvent qu’il est difficile de changer des réalités ancrées  dans l’imaginaire et la vision du monde des citoyens. Et c’est pourquoi ils se réfugient dans des choses qu’ils peuvent contrôler. Dont la théorie du quota, la théorie du renforcement de la situation de la femme. Mais quand on réfléchit dans le quotidien. Les avancées des sociétés se font dans une autre dimension qui est beaucoup plus intéressante comme la culture et la créativité.
    - Le statut de la femme a pourtant changé depuis?
    - Le changement n’est pas venu que récemment. Lors de la rédaction du manifeste de l’indépendance par l’élite nationaliste du pays, il y a le nom d’une femme, Malika El Fassi. Dans cette même période, la première délégation des étudiants marocains partis en France a été pratiquement lynchée à Fès parce qu’on a jugé qu’ils ont été occidentalisés.
    La question est comment notre société, qui a toujours connu la diversité et la mixité, n’a pas pu remédier au déficit du genre.
    La raison principale, c’est qu’il y a un énorme vide dans la créativité. Aujourd’hui les scénaristes ne font que des remakes moches et moins artistiques de ce que produisait la télévision dans les années soixante, lorsqu’on n’exigeait pas de la société marocaine d’être cultivée et d’être au courant des droits de l’homme.
    - Une résistance conservatrice…?
    - Pas plus tard qu’hier soir nous avons  perdu une femme que j’ai connu depuis ma jeunesse. Feue Fatima Mernissi était une voix isolée, même au sein des mouvements d’extrême gauche.  Et cela parce que ces derniers n’étaient pas nourris par Aragon, ou par la relation Sartre-Simone de Beauvoir. Notre problème c’est l’imaginaire collectif qui est mal développé.
    - Qu’est ce qui  explique un tel recul?
    - Nous n’avons pas poussé l’individu à travailler sur lui-même à travers l’imaginaire. Je parle de l’élite et du citoyen lambda. Par exemple, qu’est ce qui justifie que dans un pays hyper connecté dont les jeunes de moins de 30 ans représentent plus de 60% de la population, n’a jamais produit de dessins animés? La réponse est qu’il n’y a pas de politique nationale pour la culture. Je dis toujours qu’un pays qui a un ministère partagé entre la  jeunesse et les sports est un pays sous développé. Le ministère de la jeunesse doit être juste après la primature et doit traiter des problèmes du chômage, de culture, des droits et pas uniquement qu’à divertir cette tranche de la population.
    - Croyez-vous  à des réponses législatives  pour la Moudawana?
    - Bien sûr qu’elles peuvent aider. Mais même si nous créons un dispositif légal, nous ne sommes pas sûrs qu’il soit respecté. C’est avant tout une affaire de mentalité.
    - Quel est donc le travail réalisé par la HACA dans ce sens?
    - Nous allons continuer de faire des études. Mais la tendance ces 3 années c’est d’aller vers le qualitatif. Ce qui va nous confronter directement avec la société. Et il faudra lui proposer de nouvelles valeurs. L’essentiel de celles-ci existe déjà dans la Constitution. Mais ce n’est pas uniquement le régulateur de l’audiovisuel qui en a la charge parce qu’il n’en a, peut être, pas la force. En tout cas, je pense que l’audiovisuel vient en dernière étape par rapport aux autres instruments de la société. Par contre, il est en tête quand on le prend par le biais de la création et l’imaginaire et ce qui se passe dans les têtes des citoyens. Seule la créativité peut donner des repères à la société.
    - Beaucoup d’observateurs disent que les chaînes Assadissa et Mohammed VI du Coran n’encouragent pas l’avancée de la société sur cette question
    - Assadissa a des cahiers de charges qu’elle respecte. Cependant, la chose la plus importante à remarquer c’est qu’il y a un problème de légitimité. Il y a une quarantaine d’années il fallait avoir une formation holistique pour avoir une tribune pour une théologie. Aujourd’hui, n’importe qui peu parler religion.  Maintenant, vis-à-vis de la HACA, Assadissa et la chaîne Mohammed VI du Coran sont filtrées par le ministère des Habous et des affaires islamiques. Cela ne nous a pas empêchés de publier un rapport il y a deux ans qui disait qu’il y avait des choses qui passaient et qui n’étaient pas très correctes.
    Propos recueillis par Mehdi LAHDIDI

     
     

     

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