×
  • Compétences & RH
  • Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste Docs de Qualité Enquête de Satisfaction Chiffres clés Prix de L'Economiste 2019 Prix de L'Economiste 2018 Perspective 7.7 milliards Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Justice

    Affaire Brissot : L’ex-gardien persiste et signe sur «ses révélations»

    Par L'Economiste | Edition N°:4658 Le 01/12/2015 | Partager
    Il met en cause l’authenticité des pièces maîtresses
    Un invité spécial dans un débat apaisé au prétoire
    Une audience programmée pour ce 2 décembre

    La salle 8 à la Cour d’appel de Casablanca. Elle fait office de Chambre des crimes financiers où doit se poursuivre le 2 décembre le débat dans l’affaire Brissot (Ph. FF)

    Le bâtonnier Omar Ouidra ne passe pas inaperçu! Sa présence intrigue en ce 11 novembre 2015 à la Cour d’appel de Casablanca où se déroule l’affaire Brissot. «Pour quelle raison Me Ouidra(1)  est-il là? Il ne représente aucune partie dans ce contentieux. Officiellement du moins», murmurent au fond de la salle n° 8 les aficionados d’un procès où se mélange constitution de bande criminelle, faux et usage de faux, abus de confiance, escroquerie….
    Est-ce à cause des éclats de voix ayant marqué l’avant dernière audience du 4 novembre? Quelle qu’en soit la raison, la présence du bâtonnier est une aubaine… pour l’accusé interrogé en cette fin d’après-midi par la présidence. Un calme dominical régna du début à la fin de son audition. L’ancien gardien du couple Brissot poursuit ce qu’il qualifie de «révélations».
    Il a servi pendant un quart de siècle les vieux époux amoindris et sans enfant. Ces riches propriétaires sont supposés avoir cédé leur villa de plus de 3.000 m2 et légué toute leur fortune à leur domestique ainsi qu’à Mustapha Him, aujourd’hui au banc des accusés.  Un vrai polar où l’authenticité du testament est en jeu (voir ci-contre).
    Avant d’entrer dans le vif du sujet, l’un des avocats de la défense formule une requête à la cour. Son mémoire contenant 22 documents a disparu du dossier! Il tient à le récupérer. Un autre plaideur, Mbarek El Meskini, tente d’éteindre le feu. Au sens figuré évidemment. Il assure «n’avoir pas assisté à une réunion» tenue au quartier Maârif. L’ex-serviteur des Brissot soutient le contraire: «On m’a briefé avant que la police judiciaire ne m’interroge» (Cf. L’Economiste du 10  novembre 2015). L’avocat n’est pas cité personnellement comme étant à l’origine de l’initiative. Il exige toutefois que les autres personnes nommées soient convoquées: Bouchaïb Rami, le notaire Larbi Mouktafi (également accusé), Thami Majdoubi (administrateur judiciaire des biens des Brissot)… L’orateur déclare ensuite «préserver son droit pour poursuivre en justice» l’auditionné. Et qui n’est bien sûr que le gardien de la villa «Rêve de crabe» au cœur du procès.
    En maintenant ses déclarations, Housseine El Houzi chamboule les cartes. Son défunt employeur, Dr George Brissot, «ne l’a jamais mandaté pour déposer une requête en vue de désigner un administrateur judiciaire». Le tribunal dispose pourtant d’un mandat légalisé. L’imperturbable président, Lahcen Tolfi, lit son contenu à l’accusé: «Gérard et Robert Benitah (neveu du défunt) veulent s’accaparer mes biens. Vu mon état de santé, je mandate El Haouzi…».

    Un curieux administrateur
    judiciaire

    L’acte en cause date du 4 septembre 2007, soit trois jours à peine après le décès d’Olga épouse Brissot. Laissant ainsi un mari presque infirme et totalement dépendant de son «fidèle» domestique.
    Attention, ça se complique! La désignation de Thami Majdoubi comme administrateur judiciaire intervient dix jours après la présumée procuration. Pour quelle raison celle-ci sera annulée le 17 septembre 2007?  Le gardien persiste à déclarer «n’avoir jamais déposé de requête».  L’homme à la barre se dit illettré et incapable de saisir la justice. Pour appuyer ses propos, il cite un autre avocat: «Me Hamza m’a assuré que ‘’je ne risquais rien si je prenais (la fameuse) requête à mon compte’’».
    Le président le saisit au vol: «L’avez-vous déjà précisé au tribunal de première instance?» Car ce dossier a été jugé pour la première fois le 12 février 2014. Juste dans la salle d’à côté où d’autres présumés cas de spoliation foncière emboîtent le pas à l’affaire Brissot.
    Le président est tenace même s’il a parfois du mal à recadrer son interlocuteur: «Y a-t-il eu une 2e réunion avant votre audition devant (cette-fois-ci) le juge d’instruction»? Réponse de l’accusé: «C’est l’administrateur judiciaire qui m’a dit ce que je devais répondre aux enquêteurs…». Quel intérêt avait Thami Majdoubi? Lui qui était déjà parti en retraite et entendu durant le premier round de ce procès. La balle est chez le procureur général du Roi, Hassan Mattar. Qui dit vrai, qui dit faux? La réponse risque d’initier une nouvelle procédure.

                                                         

    «Prends ça et ferme-la!»

    «Pourquoi vous rétractez-vous sur vos premières déclarations aux enquêteurs?  Votre conscience s’est-elle réveillée ou bien vous n’avez pas reçu votre dû?», demande le procureur du Roi. Le président de l’audience se tourne vers le gardien accusé de faux et usage de faux (voir ci-dessus). «Il y a eu des pressions. Je me suis rendu compte qu’ils ont utilisé mon nom. Une requête a été déposée au tribunal alors que j’étais ailleurs avec M. Brissot (son employeur)», rétorque Housseine El Houzi. Il désavoue aussi une plainte engagée en France en son nom. Ses soupçons l’ont poussé à changer d’avocat en optant pour le jeune Meskaoui Abdelaziz. «Mes compagnons de cellule m’ont ‘’conseillé’’ de maintenir ma première version des faits», poursuit l’auditionné. «Quelqu’un t’a contacté?», reprend le juge Lahcen Tolfi. Négatif. «Mais suite à mes déclarations on m’a fait changer de cellule sans me remettre mes affaires personnelles», précise l’accusé. N’y a-t-il pas là atteinte aux droits d’un détenu? L’administration pénitentiaire doit enquêter auprès de la direction de la prison d’Oukacha à Casablanca pour tirer l’affaire au clair.  
    Le ministère public ne lâche pas prise: «Pourquoi avez-vous accepté les 300.000 DH de Mustapha Him (également accusé). Or vous déclarez ne l’avoir jamais vu avant (la mort d’Olga épouse Brissot)». L’ex-gardien de la villa «Rêve de crabe» botte en touche. La somme équivaut selon lui à «une indemnité de travail».  
    «Vous déclarez depuis le début vouloir révéler des choses...», poursuit la présidence. Le gardien revient sur un présumé testament le désignant bénéficiaire de la moitié des biens des Brissot: «J’ignorais son existence. Je n’ai jamais vu le notaire et M. Brissot ne s’est jamais déplacé chez lui». Larbi Mouktafi, également au banc des accusés, doit se faire un sang d’encre. Le domestique avance ne pas être non plus au courant des procès-verbaux relatifs à l’exécution du testament. Il reconnaît en revanche avoir reçu les 300.000 DH: «Mustapha Him me les a remis en espèce. Il m’a dit ‘’prends ça et ferme-la’’».
    La cour enchaîne en sortant des procès-verbaux de la police judicaire. Stupeur. «Je n’ai jamais fait ces déclarations à la BNPJ», rétorque l’accusé lorsque le tribunal lui lit l’un des PV. «Celui du 6 avril 2011 porte votre signature», remarque le juge en tendant le document. «Ce n’est pas la mienne». Curieusement la plainte à l’origine de ce PV est supposée être initiée par le gardien contre Gérard Benitah, le neveu préféré du Dr Brissot. Toutes ces incohérences risquent de mettre beaucoup de monde dans de beaux draps. A commencer par l’auteur de ces révélations.

    Faiçal FAQUIH

    -------------------------------------------

    (1)   A la fin de son mandat, le bâtonnier sortant conserve son titre. Il devient membre de droit des instances décisives (conseil) du barreau pendant toute la durée du mandat de son successeur.   

     

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc