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Chronique

4 septembre: Des élections sans choix?

Par L'Economiste | Edition N°:4598 Le 01/09/2015 | Partager

Mustapha Sehimi est professeur de droit, politologue et avocat au barreau de Casablanca.

Un scrutin très disputé que celui des élections locales et régionales qui auront lieu le 4 septembre: c’est là un premier niveau d’analyse. Sont en effet en lice  pas moins de vingt-neuf partis, soit pratiquement le chiffre des élections législatives de 2011 lui-même supérieur de près d’une dizaine à celui de 2002 et 2003 et même de 2007 (27). A s’en tenir à ces données, l’on est fondé à avancer que la compétition politique est de plus en plus forte puisque davantage de partis s’y lancent. Il y a là un marché politique concurrentiel où de nouveaux acteurs s’investissent. 
Un tel paramètre participe d’une dynamique de la légitimité démocratique et de la représentation politique des citoyens. Ceux-ci en votant se positionnent en arbitres périodiques mais pratiquement ultimes du sort de leurs mandataires élus dans les collectivités territoriales. Une fonction – ou une responsabilité si l’on préfère – confortée par la Constitution de 2011 et dont la régionalisation avancée est aujourd’hui l’expression la plus emblématique. Cette loi suprême consacre le principe de la démocratie participative. Il faut ajouter dans cette même ligne que la participation des électeurs est "un droit et un devoir national" comme l’a souligné SM le Roi dans son discours du 20 août dernier. Le Souverain a même fait référence au "pouvoir décisionnel" confié aux électeurs dans le choix de leurs représentants au sein des organes exécutifs du conseil de région. La démocratie électorale est donc à l’ordre du jour; elle est même présentée comme un fondement structurant de la vision institutionnelle et politique priorisée du nouveau règne. Mais si les élections sont véritablement disputées, reste cette interrogation de principe: sont-elles pourvues d’un enjeu conséquent pour l’électeur? Au sommet de l’Etat, le processus électoral ne se pose pas: le Roi est au-dessus de cette compétition, par son statut religieux d’Amir Al Mouminine mais aussi par son statut politique avec de larges attributions liées à l’"essentiel national", pour reprendre la formule du général De Gaulle. C’est à un niveau inférieur – national, régional et local – qu’est donc ouverte la compétition. Celle-ci permet la mise en place de relais du pouvoir tant pour ce qui est du recrutement du personnel politique que des cadres institutionnels. 
Toute l’ingénierie électorale opératoire entend traduire le pluralisme social et politique en l’associant à la gestion dans des institutions dédiées (communes, région, parlement). Or, il se trouve que cette approche n’a pas la dimension qu’elle devrait avoir au niveau des citoyens dans la mesure où la base électorale reste structurellement réduite. Qu’on en juge: sur 21,6 millions d’électeurs potentiels en 2011 – un chiffre calculé sur la base de données recoupées du
HCP – combien sont partie prenante dans les élections? 
Il faut ainsi préciser que plus de huit millions d’entre eux ne se sont pas inscrits dans les listes électorales, celle-ci se situant autour de 13,4 millions de personnes. Un tel palier est pratiquement celui des élections locales de 2009 avec 13,36 millions. D’une autre manière, ce sont seulement 28% du corps électoral potentiel de 2011 qui se sont rendus aux urnes voici quatre ans et ce sur la base d’une participation électorale de 45,40% soit 7 millions de suffrages exprimés. Qu’en sera-t-il le 4 septembre? En prenant en compte les révisions des listes électorales – celle annuelle de février dernier avec 1,7 million de nouveaux inscrits puis celle exceptionnelle du mois d’août avec 1,1 million – l’on arrive à un total de 15,9 électeurs. Combien d’entre eux vont voter dans trois jours étant entendu à titre de rappel que ce taux a été de 52,4% en 2009.
Fera-t-on mieux lors du rendez-vous du 4 septembre? C’est toute la problématique actuelle de l’abstention? Si un taux significatif supérieur n’est pas atteint, cela conduirait à s’interroger sur ce qu’il faut bien appeler  une "fracture" du corps social emportant un certain nombre de conséquences quant à la dimension du processus électoral et démocratique. Faut-il en tirer cette conclusion : des élections pourtant tellement concurrentielles ne sont que partiellement mobilisatrices? Ou encore  qu’elles sont pratiquement  jugées – ou perçues – par les abstentionnistes comme étant sans choix. 
Le phénomène de l’abstention doit être appréhendé non pas d’une manière univoque mais à travers ses expressions plurielles. Il peut être politique, traduisant une opinion, un refus d’entrer dans un système – c’est encore le cas aujourd’hui avec le mot d’ordre constant du parti Annahj Addimocrati. Il peut être aussi conjoncturel quand des électeurs traditionnels de telle ou telle formation veulent le sanctionner – les crises traversées par le PI et l’USFP depuis 2012 peuvent conforter cette posture dans leurs rangs respectifs. Sur un autre plan plus général, ce peut être une disqualification de l’ensemble de la classe  politique jugée comme n’étant pas à la hauteur de sa mission et de ses responsabilités. L’acte de voter n’est pas jugé utile en ce qu’il légitime des élus considérés comme des incompétents, voire des corrompus à la recherche d’un statut social et institutionnel ouvrant de larges possibilités d’enrichissement et de clientélisme. Il y a aussi ce que l’on pourrait appeler l’abstentionnisme "sociologique", pratiquement passif et apolitique: il serait l’expression d’un déficit d’intégration sociale. 
En d’autres termes, l’on aurait affaire à une "société à part", en dehors de la communauté civique qui aurait besoin d’une sorte de programme de  type INDH mais tourné, lui, vers l’inclusion électorale et  partant démocratique. Enfin, au titre de la parenté avec l’abstention, il faut évoquer un autre phénomène: celui des bulletins nuls. En 2011, il a porté sur 1,4 million de bulletins (22%); en 2009, lors des précédentes élections communales, avec 1.131.000 votes, il était de 19%. Une part est sans doute imputable à l’incompétence électorale de certains électeurs. Mais pour tous les autres? Ils se sont rendus aux urnes, ils ont coché un bulletin délibérément nul, ne pouvant pas être compté parmi les suffrages exprimés. Le vote est ainsi davantage vécu comme un droit utilisé pour s’exprimer, revendiquer une "autre" orientation politique ou critiquer celle des autres. Une autre forme de choix récusant cependant celui offert par le jeu électoral…
Voter pourquoi faire?
Combien de partis ont présenté publiquement un programme local et régional en vue du 4 septembre? Moins d’une dizaine. Et  pour proposer quoi? 
Des annonces, des projets et beaucoup de promesses – de quoi faire illusion et donner le change. Certains d’entre eux excipent un bilan de leur gestion mais celle-ci est davantage due à des profils particuliers de leurs élus qu’à leur vision réformatrice. D’où la difficulté pour les électeurs à se prononcer sur une couleur politique et ce de manière décisive. C’est qu’au fond, le parrainage partisan n’est peut-être pas si accessoire qu’on le dit mais prévaut souvent le vote pour une personne – un notable, un manager à l’occasion, un candidat jugé honnête et vertueux. Les clivages traditionnels entre les partis que l’on retrouve dans le système sont ainsi passablement écornés; d’où d’ailleurs la plasticité des positionnements et la relative loyauté politique du personnel politique pratiquant allégrement la transhumance.
Trois dimensions sont cependant intégrées dans ces élections: la liberté formelle de l’électeur, la concurrence des candidatures et l’enjeu minimal de l’élection. Un écosystème formé par les pratiques électorales, la tradition politique et le contexte socioéconomique. 
Voter a un sens, ne pas voter aussi: c’est l’illustration d’un état des lieux quant aux relations entre le  pouvoir et les gouvernés – rôle légitimateur, éducateur ou «anesthésiant»; mais c’est aussi une référence à la sphère du pouvoir dans la recherche  d’ajustements entre groupes, réseaux, clientèles et même bases sociales.

 

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