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Chronique

Un cap résolument libéral et quatre mesures pour accélérer la croissance

Par L'Economiste | Edition N°:4548 Le 16/06/2015 | Partager

Hamid Bouchikhi est professeur de management et entrepreneuriat, directeur du centre Impact entrepreneurship Essec, France

Selon le Haut-commissariat au plan, le taux de croissance de l’économie marocaine pour 2014 s’est établi à 2,4%. Avec un tel score, on est très loin de faire entrer le Maroc dans le club des pays émergents. La perspective d’un meilleur taux de croissance en 2015, grâce à une météo plus favorable au secteur agricole, ne changera pas la donne. Malgré un niveau d’investissement public très élevé dans la réalisation d’infrastructures et des succès réels dans l’aéronautique, l’automobile et l’offshoring,  l’économie marocaine, dans son ensemble, ne décolle pas et reste trop dépendante de facteurs exogènes tels que la pluviométrie, l’investissement étranger ou la demande européenne.
Pour accélérer la croissance et améliorer la résilience de son économie, le Maroc doit administrer un véritable électrochoc au secteur privé et prendre, à cet effet, quatre mesures radicales et politiquement courageuses.
Avant d’exposer ces mesures, il convient de dire un mot du projet qui les inspire. Au lendemain de son indépendance, le Maroc a opté, avec raison, pour l’économie de marché. En même temps, la réalité de l’époque, celle d’un secteur privé très embryonnaire, a contraint les dirigeants du pays à confier un grand nombre de missions au secteur public donnant ainsi à l’Etat un rôle et un poids importants dans le développement de l’économie nationale. Ce double mouvement a installé le Maroc dans une situation paradoxale, qu’il partage avec d’autres pays, marquée par la co-existence de la libre entreprise avec une économie administrée; la dernière pesant bien plus lourd que la première. Les privatisations d’entreprises publiques ont atténué le paradoxe sans toutefois le résorber. L’administration marocaine, incarnée par un ministère tout puissant de l’économie et des finances et par un corpus légal et réglementaire épais, a gardé la main haute sur l’économie; le secteur privé lui demeure soumis de maintes manières.
Au lieu de mettre des rustines ça et là, ce dont je ne nie ni l’intérêt ni la difficulté de mise en œuvre, il est temps de changer de paradigme en matière de politique économique et d’alléger le fardeau qu’un secteur public trop coûteux, omniprésent et inefficient fait porter aux agents économiques. Pour cela, les responsables du pays doivent très clairement dire que l’économie marocaine est suffisamment mûre, près de soixante ans après l’indépendance, pour confier le volant à la libre entreprise.
Le Maroc doit accomplir sa révolution libérale et faire confiance aux acteurs économiques pour la prospérité future du pays. Par libéralisme, j’entends un système économique fondé sur la liberté où les entrepreneurs, nationaux ou étrangers, ne sont pas entravés par une bureaucratie castratrice et un système de prélèvements obligatoires confiscatoire dont les services rendus sont très pauvres. Dans une économie fondée sur la liberté d’entreprendre, l’Etat assure la protection de la souveraineté nationale, veille sur les intérêts stratégiques du pays, investit à bon escient dans les activités que le marché ne peut pas assurer et garantit l’ordre social.
■ La première des quatre mesures à prendre, pour donner le signal du tournant libéral, est une dévaluation compétitive agressive. La politique du dirham fort, destinée essentiellement à contenir le coût des importations, a fait du Maroc un pays où le coût de la main-d’œuvre, qualifiée et non qualifiée, est beaucoup trop cher en comparaison avec d’autres pays. Le retard accusé par le pays en matière d’investissement industriel et, dans une certaine mesure, dans l’externalisation de services est en grande partie lié à la détérioration de la compétitivité coût qui n’a pas été compensée par une meilleure compétitivité innovation. Le patron d’une entreprise opérant dans les technologies de l’information me disait récemment que les ingénieurs marocains sont deux fois plus chers que leurs homologues indiens. Par conséquent, ses clients français sont de moins en moins enclins à payer autant pour la possibilité de travailler avec des prestataires francophones. L’histoire économique montre qu’aucun pays, même pas l’Allemagne, n’a gagné la bataille de l’innovation et de la haute valeur ajoutée sans être passé par une phase de compétitivité basée sur les coûts. Singapour, le Japon, la Corée du Sud et, maintenant, la Chine en sont les exemples les plus récents et les plus spectaculaires.
■ La deuxième mesure consiste à décréter le pays entier comme zone franche, à l’exception peut-être de l’axe Kénitra-Rabat-Casablanca. Tout entrepreneur, quels que soient sa nationalité et les montants mis en jeu, doit être incité à  investir dans le pays et bénéficier d’exonérations sur les charges sociales et fiscales pendant une période de cinq années, sans devoir s’engager à réaliser la plus grande partie de son chiffre d’affaires à l’export. Les exonérations doivent être considérées comme un co-investissement consenti par la collectivité nationale. En allégeant les charges pesant sur les entreprises et en mettant l’accent sur la création d’emplois, le Maroc enverrait un signal positif fort en direction des investisseurs nationaux et étrangers et mettrait en place un environnement propice à la création rapide de nombreux emplois.
■ La troisième mesure consiste à réduire drastiquement le taux de l’impôt sur les sociétés pour toutes les entreprises,  indépendamment de leur niveau d’activité, le taux d’impôt sur les plus-values de cessions d’actifs, à l’exception des actifs immobiliers non professionnels, et le taux de la taxe sur la valeur ajoutée. Plusieurs pays qui ont eu besoin d’accélérer leur croissance économique ont pratiqué avec succès la concurrence fiscale. On ne voit pas pourquoi le Maroc s’est privé et continuerait à se priver de ce levier. Outre d’encourager des agents économiques nationaux et internationaux à investir au Maroc, la réduction des taux d’imposition aurait le grand avantage d’inciter les agents opérant dans l’informel à entrer dans le secteur formel et à envisager des stratégies de croissance susceptibles de contribuer à la création d’emplois et de richesses.
■ La quatrième mesure porte sur la mise en place d’un crédit d’impôt recherche-innovation au profit des entreprises qui investissent dans le développement de nouveaux produits, nouvelles technologies ou nouveaux procédés. Ainsi, en même temps qu’il chercherait à améliorer sa compétitivité coût par une dévaluation compétitive et un allègement des charges des entreprises, le Maroc se donnerait les moyens de promouvoir l’innovation et la production de biens à haute valeur ajoutée. Pour contenir les risques d’abus, il pourrait être nécessaire, dans un premier temps, de réserver le crédit d’impôt recherche-innovation à des prestations fournies aux entreprises par des organismes de recherche dûment agréés  et certifiés. A long terme, cependant, l’administration fiscale devrait étendre le dispositif à des dépenses engagées en interne par les entreprises.
Les défis budgétaires et sociaux, à court terme, auxquels les responsables de la politique économique auraient à faire face pour faire du Maroc un authentique espace de liberté entrepreneuriale ne peuvent pas être sous-estimés. Il serait dommage cependant que la peur de perdre une élection leur fasse préférer un statu quo intenable.

Une fiscalité de pays riche

En soi, l’économie administrée n’est pas une mauvaise chose, tout comme la co-existence avec la libre entreprise. Des pays l’ont pratiquée avec succès et ont réussi leur décollage économique grâce à une relation symbiotique entre un volontarisme public fort et un entrepreneuriat très dynamique. Il y a problème lorsque l’administration et le secteur public ont un rôle prééminent dans l’économie et qu’ils ne sont pas à la hauteur des besoins de développement du pays. Sur ce plan, on ne prend aucun risque à dire que la courbe des rendements décroissants des services publics et de la dépense y afférente est à l’œuvre depuis bien longtemps. Il suffit de lire les rapports successifs de la Cour des comptes pour s’en rendre compte. En même temps, le poids des prélèvements obligatoires n’a pas cessé d’augmenter faisant du Maroc un pays pauvre, selon le ratio du PIB par habitant, mais avec une fiscalité de pays riche.

 

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