Enquête

Pourquoi l'informel monte en puissance dans la filière laitière

Par L'Economiste | Edition N°:4531 Le 22/05/2015 | Partager
42% de la production transiterait par le circuit parallèle
L’interprofession mène une campagne de sensibilisation

La filière laitière est-elle en train de perdre du terrain? La question est d’actualité brûlante.

Le lait produit au Maroc est décliné en plusieurs spécialités: UHT, pasteurisé, entier, écrémé, aromatisé et concentré. S’ajoutent les produits dérivés, yaourts, fromages frais et jus au lait. Le secteur est dominé par Centrale Laitière, Copag et Safilait, qui détiennent 80% du lait usiné. Centrale Laitière y représente la moitié du marché

A moins d’un mois du mois du Ramadan qui enregistre une forte augmentation de la consommation du lait et produits dérivés, l’interprofession vient de lancer une campagne de sensibilisation sur les vertus nutritives de ces produits. Panique face aux assauts des circuits parallèles ou craintes de la baisse de la consommation?  «Nullement», répond Abderrahmane Tarabi, DGA de Centrale Laitière Danone. La consommation  a nettement ralenti comparée à la forte croissance enregistrée durant les cinq dernières années: 7,6%/an. Chez Centrale Laitière Danone, l’analyse de cette baisse est toute trouvée: le consommateur a migré vers les fruits et les jus confectionnés maison. Les mises en garde contre l’effet de la surconsommation des matières grasses ont fait le reste. Pas la moindre allusion au pouvoir d’achat, bien que le lait a subi deux augmentations depuis 2013.
Cependant, «les Marocains sont dans une situation de sous-consommation», relève le DGA de Centrale Laitière. En 2014, la consommation était estimée à l’équivalent de 62 litres de lait par habitant alors que la recommandation de l’OMS la fixe à 90 litres. Mais l’estimation des industriels ne cerne pas la distribution émanant de l’informel.
Au moment où les chiffres du ministère de l’Agriculture évaluent la production globale du lait à 2,5 milliards de litres, les usines de transformation n’en captent que 1,4 milliard. C’est donc, pas moins de 42% de la production laitière qui transite par le circuit du colportage. Laiteries, cafés et particuliers s’y approvisionnent. L’attrait «lait de ferme» séduit le consommateur. Malgré les libertés prises avec les normes d’hygiène, le phénomène ne suscite aucune réaction du contrôle sanitaire. En guise de «ferme», il y a selon Centrale Laitière qui accapare la moitié de la production usinée que de très petites exploitations de 3 à 5 vaches par éleveur. Du coup, tous les mélanges sont admis pour un rendement maximal: eau, additifs alimentaires ou lait en poudre destiné à l’alimentation de très jeunes bovins. Le tout, acheminé via des moyens rudimentaires à l’atmosphère ambiante.   
Sensibiliser sur «les vertus nutritives du lait», c’est récupérer une partie de la production traitée par l’informel. 

L’importation de génisses de race pure a permis d’augmenter le cheptel de reproducteurs améliorés de plus de 200.000 femelles. Actuellement, les vaches de race pure représentent un cinquième de l’élevage laitier. A elle seule, Centrale Laitière, a importé 10.000 têtes/an sur la dernière décennie. Des génisses qui, bien exploitées assurent des rendements d’environ 8.000 litres de lait/an

Comment en est-on arrivé là? Alors que la stratégie agricole cible avant tout, l’amélioration de la productivité et de la qualité des produits laitiers. Selon un éleveur de la région de Chaouia-Ourdigha, l’explication se trouve dans le système des prix. Durant plusieurs années, les prix n’ont pas été augmentés alors que les cours de  l’alimentation du bétail ont flambé. Avec les réajustements apportés en 2013 et 2014, les prix réglés aux éleveurs varient en moyenne (basse et haute lactation) entre 3,60 et 4 DH/litre. C’est la moyenne appliquée par Centrale Laitière. Copag, le concurrent, dépasse ces niveaux (4,50 DH/litre).
Cependant, le marché de l’informel verse 5 DH/litre toutes qualités confondues,  avec à la clé le règlement au comptant contre 15 à 20 jours comme délai de paiement pratiqué par la plupart des usines.
L’enjeu est de taille. La production devrait doubler d’ici 2020 à 5 milliards de litres, selon les objectifs du plan Maroc Vert. Actuellement, le pays compte
 400.000 exploitations laitières, localisées pour l’essentiel dans les bassins irrigués: Gharb, Doukkala, Chaouia, Souss Massa. Des exploitations qui restent toutefois, dominées par des petits élevages de moins de 5 vaches laitières. Le cheptel laitier représente 40% de l’élevage bovin. Il génère un chiffre d’affaires de 8 milliards de DH/an et assure 450.000 emplois permanents.

 

L’aromatisé séduit les plus jeunes

Le segment du lait aromatisé est l’un des plus dynamiques du marché du lait avec une croissance tirée principalement par la demande des moins de 10 ans. En 2013, la consommation a atteint 0,3 litre par personne. Actuellement, il représente 2% du marché des produits laitiers. Le retrait de Danone de cette niche profite pleinement aux autres acteurs dont Copag et Agro Juice Processing. La coopérative de Taroudant y est présente à travers la marque «Ghani», déclinée en plusieurs arômes, tandis que le fabricant de jus basé à Meknès, gagne du terrain grâce à sa marque phare «Valencia».

Plusieurs usines, même prix

Le traitement industriel du lait est assuré par le secteur coopératif et le privé. Actuellement, le secteur compte environ 82 unités industrielles et 1.070 centres de collecte. Le lait traité par les usines de transformation représente moins de 60% de la production totale.
La plus grande partie du lait usiné (85 à 90%) est transformée en lait pasteurisé, le reste est utilisé pour la production des dérivés laitiers de courte et de longue durée de conservation (yaourt, raibi, petit lait, fromage frais, poudre de lait, lait UHT, lait stérilisé, beurre...). Curieusement, toutes les marques pratiquent des prix sensiblement identiques. Aucune concurrence n’a émergé malgré la multiplicité des intervenants.  
Centrale Laitière, plus gros opérateur de l’industrie laitière, est le premier producteur de lait conditionné et de produits laitiers frais.
Copag réée en 1987, produit sous la marque Jaouda, du lait, des yaourts, jus, flancs et fromage frais. Jibal est la marque de lait de la société Safilait, fondée en 2006. La marque Chergui, produite par Les Domaines Agricoles, fondée en 1960, se décline en différentes gammes de produits laitiers: yaourts, fromages, jus de fruits au lait et petit lait.

A.G

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