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    Enquête

    «Plusieurs manuscrits attestent de l’authenticité oujdie»

    Par L'Economiste | Edition N°:4502 Le 10/04/2015 | Partager
    Certains remontent jusqu’au 16e siècle à l’époque des Saâdiens
    Forte influence de l’héritage arabo-andalou
    La blouza, et d’autres trésors historiques de l’Oriental à soumettre au patrimoine mondial de l’Unesco

    Badr Elmaqri, spécialiste de l’Histoire d’Oujda et docteur universitaire rappelle que les plusieurs familles musulmanes et juives refoulées d’Andalousie se sont d’abord installées à Debdou et Oujda dés 1392. Certaines d’entre elles ont, par la suite, opté pour Fès et Tlemcen, ce qui explique les ressemblances entre les tenues

    - L’Économiste: Certains avancent que la blouza n’est pas originaire d’Oujda, mais qu’elle serait plutôt algérienne. Que raconte l’Histoire?
    - Badr Elmaqri: Pas du tout! La blouza fait partie du patrimoine local et les manuscrits dont on dispose font remonter son apparition, en tant que spécificité vestimentaire, à la dynastie des Saâdiens (16e siècle). De cette époque, on garde deux types d’habit féminin: la blouza et la Manssouria. En plus de ces manuscrits vérifiés, il y a un document historique de Ismael Hamet qui date de 1901.
    Cet interprète directeur d’études à l’institut des hautes-études marocaines, à Rabat a vécu au Maroc et en Algérie. Il avait relaté dans ses écrits historiques plusieurs phénomènes socioculturels. Certains se rapportent aux aspects vestimentaires de l’Oriental marocain. Quand il présente la robe d’Oujda, il la décrit de manière identique à l’actuelle blouza.
    Il faut aussi rappeler que plusieurs familles musulmanes et juives refoulées d’Andalousie se sont d’abord installées à Debdou et Oujda dés 1392. Certaines d’entre elles ont, par la suite, opté pour Fès et Tlemcen. C’est ce qui explique pourquoi il y a une certaine ressemblance entre ce qui a été développé à Oujda et à Tlemcen quand on parle de la blouza. C’est aussi le cas de la grande mosquée d’Oujda qui a sa jumelle à Tlemcen (Mansourah) bâties sous le règne des mérinides. L’objectivité bannit toute approche exclusive dans les sciences humaines. Elle bannit aussi toutes les tentatives de monopolisation.
    De même, on ne peut dissocier un phénomène vestimentaire de son ancrage socioculturel car si la blouza était importée sous le protectorat français, elle n’aurait jamais résisté aux aléas du temps. C’est ce qui explique les hauts et les bas qui ont caractérisé la chronologie de cette robe et pourquoi toutes les anciennes tenues juives, amazighes, andalouses, arabes et africaines (et leurs accessoires: mandile, tcharchifa, chedda…) sont devenues des sources de créativité.
    - La blouza a été souvent fustigée à cause de son aspect «osé»...
    - Rappelons l’histoire. Il faut préciser qu’il s’agissait d’un habit intime pour les rencontres entre femmes. Ce n’était pas une robe destinée aux sorties ou aux rencontres mixtes. Une femme ne pouvait quitter sa maison sans porter son Hayek ou sa Djellaba. Comme elle ne pouvait porter un habit osé en présence d’hommes qui lui sont étrangers. Il ne faut jamais dissocier un habit de son contexte social. Il est inconcevable que des femmes réputées pour leur pudeur s’exhibent en décolleté lors de cérémonies mixtes. Ceci dit Oujda est l’une des premières villes à avoir encouragé les filles à suivre des formations professionnelles et à se moderniser. C’était à l’école Oum Al Banine (alias école musulmane pour filles) dés 1919. Certaines grandes familles permettaient à leurs filles de bénéficier de formations dans ce domaine. Plusieurs d’entres elles sont devenues des couturières modernes qui concurrençaient les européennes. La blouza faisait partie de la panoplie de choix que confectionnaient ces couturières confirmées. Il y avait même une maison de haute couture dès les années 30 à Oujda. Ce qui explique en partie pourquoi les couturières marocaines réalisaient des décolletés pour concurrencer les robes européennes. Ceci dit, modernité n’est pas antonyme de pudeur.
    - Comment tirer profit de cet héritage culturel?
    - L’art culinaire, la musique et les vêtements font partie d’une spécificité locale. Certes les influences peuvent engendrer des modifications, enrichissements ou appauvrissements mais le produit originel résiste aux aléas du temps. Constat qui nous oblige à entamer les démarches nécessaires auprès de l’Unesco pour faire de la blouza un patrimoine universel à protéger et à pérenniser comme étant une spécificité géographique.
    Soumettre un patrimoine comme la blouza, la grande mosquée, la medersa mérinide et autres trésors historiques à la liste indicative de l’Unesco est indispensable. De plus la spécificité culturelle est considérée comme atout de croissance économique. Malheureusement le patrimoine d’Oujda n’est pas reconnu à sa juste valeur. C’est une affaire de tous: associations locales, chambres professionnelles, élus et autorités locales.

    Propos recueillis par  Ali KHARROUBI

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