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    Enquête

    Education sexuelle: Un tabou à 27.000 grossesses!

    Par L'Economiste | Edition N°:3994 Le 22/03/2013 | Partager
    Faute d’informations, des rapports qui tournent au drame
    Familles, écoles… l’éducation sexuelle mal assurée
    Le plan B: les films pornos

    Cette photo avait fait la couverture de la «Grande enquête sur les jeunes d’aujourd’hui» réalisée en 2006 par le quotidien L’Economiste. Que ce soit à l’école ou en famille, les jeunes filles sont rarement bien informées. Selon les spécialistes, «elles doivent comprendre que la sexualité passe d’abord par le respect de soi et de l’autre»
     

    «On m’a conseillé une mixture à base de soda et d’aspirine pour me débarrasser de ma grossesse. Et je l’ai fait pour ne pas devenir une honte pour ma famille et mon entourage». Btissam a beaucoup de mal à prononcer ces mots et encore moins à se rappeler ces souvenirs cauchemardesques. Elle a à peine 18 ans et doit passer son bac dans quelques mois. «Je regrette à mourir ma situation, ma naïveté, mon inexpérience et surtout l’absence d’éducation, d’information et de prévention que j’aurais dû recevoir», a-t-elle dit, avec grande amertume, avant de s’effondrer en larmes.
    La jeune lycéenne, dont les parents sont séparés, avait des fréquentations douteuses et ni sa mère, ni ses proches ne lui parlaient des risques ou des dangers auxquels elle était exposée: abus sexuel, grossesse non désirée, maladies sexuellement transmissibles (MST)… Elle considérait que «la pornographie est un modèle concret d’éducation sexuelle, montrant aux jeunes tout ce qu’ils doivent savoir sur les relations entre l’homme et la femme». Mais, ces vidéos, facilement accessibles sur internet, ont une grave influence sur les adolescents.
    «Les filles doivent être mieux informées et protégées. Elles doivent comprendre que la sexualité passe d’abord par la complicité, la tendresse, le respect de soi et de l’autre», indique Aboubakr Harakat, psychologue et sexologue. «Les garçons, quant à eux, peuvent être choqués et angoissés à l’idée de devoir reproduire ce qu’ils y voient. Ils peuvent se méprendre sur la réalité et penser que faire l’amour n’est qu’un rapport de domination», ajoute-t-il.
    Le cas de la jeune Btissam n’est qu’un petit échantillon de ce qui se passe, souvent secrètement, dans notre société. Les jeunes filles qui parlent de leurs mésaventures ne sont pas légion. En 2010, elles étaient 27.200 jeunes mères célibataires à chercher de l’aide auprès des associations. «Elles ont dévoilé leurs malheurs rien que pour trouver du soutien puisqu’elles se sont retrouvées seules enceintes ou avec leur enfant, sans ressources et sans recours», indique Houda El Bourahi, directrice de l’association Insaf. Cette ONG, qui lutte contre l’abandon des enfants nés hors mariage, a montré à travers une étude nationale qu’elle a réalisée en 2010 que «si 61% de ces jeunes mères sont âgées de moins de 26 ans, 32% ont, en revanche, entre 15 à 20 ans».
    «L’ampleur des grossesses non désirées et l’âge de ces jeunes femmes montrent le manque d’informations sur la santé reproductive et sexuelle, d’autant qu’il s’agit majoritairement d’une population n’ayant pas fréquenté l’école ou à faible niveau d’études, ouvrières et domestiques (y compris mineures), présentant des signes flagrants de précarité», explique El Bourahi. Autre chiffre alarmant, 4.500 demandes de mères célibataires et de personnes nées hors mariage sont reçues chaque année par cette association basée à Casablanca. «Nous accueillons ces personnes, assurons leur écoute sociale et confidentielle et leur proposons des prestations adaptées aux contraintes qu’elles rencontrent», tient à préciser la directrice. Notons que depuis 2007, 97% des femmes insérées en famille et/ou en emploi par l’association Insaf gardent leurs enfants. Elles deviennent conscientes des moyens de contraception et de lutte contre les maladies sexuellement transmissibles (MST), et ce, grâce aux ateliers et séances dispensés sur la santé reproductive et sexuelle.

     

                                                                                         

    Les oulémas gênés!

    D'un point de vue religieux, l’Islam ne serait pas pour l’éducation sexuelle, notamment dans les écoles. «Cela conduirait les jeunes à vouloir assouvir leurs envies et désirs sexuels et, donc, à commettre les péchés», indique un alîm membre de Al Majliss Al Ilmi de Aïn Chock. Et d’ajouter: «Ce qui est permis par la charia est de montrer, par exemple, à la fille qui s’apprête à se marier comment aborder la nuit de noces, une mission qui est censée être accomplie par la mère». Il considère que l’éducation sexuelle, qui inclut la prévention des grossesses et des maladies, ouvre ainsi la porte aux relations sexuelles hors mariage. «C’est comme si nous leur disons: faites ce que vous voulez, mais prenez juste les précautions nécessaires en recourant aux moyens de contraception!». Pour illustrer son affirmation, l’alîm donne le hadith suivant (traduit): «Ô vous les jeunes! Celui d’entre vous qui peut se marier qu’il le fasse… et celui qui ne peut pas, qu’il jeûne, ce sera pour lui une protection».

    Êtes-vous pour ou contre…?

     Youssef, 30 ans, sans emploi
    «Je pense que nous avons déjà une éducation sexuelle au Maroc, à travers les cours des sciences naturelles dispensées au collège et au lycée et qui traitent, entre autres, des appareils génitaux, des maladies, des outils de contraception... Je ne vois pas ce qu’un manuel dédié à l’éducation sexuelle apportera de plus à l’élève. Je crois que les séances données à l’école en matière de sexe sont claires et faciles à assimiler. Maintenant, toute personne qui désire savoir, comprendre ou voir quelque chose, elle la trouvera très facilement sur internet. Mais ce qui manque et qu’on ne trouve pas sur les sites web, ce sont les astuces qui permettent au couple d’être satisfait sexuellement».

     Malika, 63 ans, femme au foyer
    «La hayae fi dine (ndlr: Pas de pudeur en matière religieuse). D’abord notre religion, l’Islam, ne nous interdit nullement d’aborder des sujets tabous. Les relations sexuelles doivent être discutées à l’école, en famille et en couple. Il faut expliquer aux enfants dès leur jeune âge les dangers que peuvent présenter ces relations. Cela évitera la propagation des maladies sexuellement transmissibles. Que ce soit pour les filles ou pour les garçons, l’éducation sexuelle leur permettra de comprendre d’abord l’évolution de leur corps et de mieux connaître les relations qui peuvent exister entre l’homme et la femme. Avant, nous ne savions pas ce que voulait dire le sexe. Aujourd’hui, je pense que la société a évolué et est devenue très ouverte.

     Fouziya, 56 ans, fonctionnaire
    «Je suis contre l’éducation sexuelle. C’est difficile pour nous, société marocaine, d’adopter cette approche. C’est aussi dangereux compte tenu des traditions et de la culture de notre pays. Mais je crois qu’il est aussi important d’éduquer notre société au sexe mais avec des limites. L’objectif est d’ouvrir un peu les yeux aux jeunes et de développer les mentalités. Il ne faut pas que la sexualité soit évoquée de manière explicite, parce que cela risque de causer des dégâts. Nous devons juste montrer, surtout aux adolescents, les dangers et les précautions à prendre pour éviter les maladies et les grossesses non désirées».

     

    Bouchra SABIB

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