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    Enquête

    Dans les coulisses du Parlement: Comment la «rébellion» s’est mise en marche

    Par L'Economiste | Edition N°:3969 Le 15/02/2013 | Partager
    L’indépendance vis-à-vis de l’exécutif s’affirme
    Le premier coup de feu est parti de la majorité
    Profil de ceux qui font le changement

    L’hémicycle de la Chambre des représentants a été souvent animé par les interventions du Chef du gouvernement ou par des échanges musclés entres les ministres et les députés.  Les parlementaires veulent affirmer leur indépendance  par rapport à l’exécutif qui les a, pendant longtemps, considérés comme une chambre d’enregistrement 

    «Dissolution du Parlement», «chambres d’enregistrement»… Les slogans hostiles à l’institution, scandés par les manifestants du mouvement du 20 février 2011, avaient choqué tous les parlementaires. Et pour cause, les députés ne réalisaient pas l’ampleur du fossé qui les séparait des citoyens. Entre-temps, il y a eu la nouvelle Constitution et la réhabilitation de la politique. Alors, ils ont commencé à prendre conscience de la nécessité de revoir leur démarche pour mieux s’acquitter de leurs missions de législation et de contrôle du gouvernement. Pour cela, il était nécessaire d’affirmer leur indépendance vis-à-vis de l’exécutif qui les a, pendant longtemps, considérés comme des faire-valoir. Le Parlement était perçu comme une «chambre d’enregistrement» des décisions prises par le gouvernement. Aujourd’hui, pour beaucoup de députés, l’heure a sonné pour s’affranchir de ces chaînes qui les ont éloignés des citoyens. Même leurs profils ont changé. En effet, 72% des députés ont un niveau universitaire (bac+5). On y croise des médecins, des avocats, des ingénieurs… Sur les 395 parlementaires que compte la Chambre, on dénombre 140 qui ont moins de 45 ans, l’âge du président Karim Ghellab.
    Curieusement, les signes de cette «rébellion» sont venus de députés de la majorité. Le débat sur la loi de finances en vigueur a été le cas pratique de cette nouvelle approche.  Le premier coup de feu est parti du chef du groupe parlementaire du PJD, Abdelallah Boinou, qui n’avait pas hésité à descendre en flèche le texte, en énumérant ses multiples faiblesses. Stupeur dans les rangs de la majorité, particulièrement des deux ministres des Finances. Dans les annales parlementaires, jamais un groupe, dont le parti conduit le gouvernement, n’a mené une pareille fronde. Même si, quelques jours après, tout était rentré dans l’ordre après une réunion avec le Chef du gouvernement, les lignes ont bougé. Le député de Meknès les a habitués à ses sorties hors normes, mais pas à ce point. En fait, ce médecin a cherché à marquer son territoire par rapport au gouvernement. Il est vrai qu’en peu de temps, Abdallah Boinou est arrivé à imposer son autorité sur ses camarades. Et cela à un moment où le groupe parlementaire (106 députés) était privé de ses ténors, à l’instar de Abdelilah Benkirane, Mustapha Ramid, Lahcen Daoudi,… passés de l’autre côté. Sur ce point, le parti n’avait pas assuré la relève. Pris de court par les résultats des élections législatives du 25 novembre, il n’avait pas tablé sur  le scénario de conduire le gouvernement. Mais qu’importe, le PJD est en train de remonter la pente. D’autres figures sont en train de s’affirmer comme Saïd Khayroune, président de la commission des finances à la Chambre des représentants. Le député de Larache y a mis le turbo, avec la convocation de plusieurs patrons d’établissements publics devant cette commission.  Lors de l’examen du projet de budget, Saïd Khayroune a fait preuve de maîtrise et de discipline dans les discussions, conduites de manière démocratique et professionnelle. Il lui est même arrivé de recadrer un député de la majorité ou de l’opposition. D’autres membres du PJD sont en train d’émerger, particulièrement chez les femmes.
    Lors du débat sur la loi de finances, le PJD n’était pas le seul à sortir du bois. L’Istiqlal, par la voix de Mustapha Hanine, avait mis en pièces l’architecture du budget, pourtant concocté par l’istiqlalien Nizar Baraka. Les critiques de cet expert-comptable, ancien président de la commission des finances et ex-directeur de cabinet du Premier ministre Abbas Al Fassi, étaient tellement fortes que le porte-parole du gouvernement avait cherché publiquement à faire taire les députés de son allié l’Istiqlal. Mais le parti avait vigoureusement réagi: «C’est le Parlement qui contrôle le gouvernement et non l’inverse».
    Dans cette marche vers «l’indépendance», la Chambre des représentants s’est affirmée par une production législative propre. Ainsi, «elle a produit 44 propositions de lois, un résultat bien supérieur aux législatures précédentes. Il y a une faible réactivité du gouvernement qui n’a pas encore intégré le changement fondamental apporté par la Constitution. Dans le cadre de la séparation des pouvoirs, rien n’oblige le Parlement à attendre le gouvernement pour adopter les lois», a souligné son président Karim Ghellab.

     

    Chaque parti a
    ses stars, mais ceux

    qui font avancer les

    dossiers sont rares

    Dans ce total, des groupes parlementaires ont fait des propositions de lois organiques pour la mise en œuvre de la Constitution 2011. Une manière de combler la faiblesse de l’exécutif qui n’a adopté qu’une seule loi organique relative à la nomination aux fonctions supérieures. Le premier à avoir pris l’initiative est le groupe parlementaire du RNI. Sa première proposition de loi organique a concerné les modalités pour la création des commissions d’enquêtes parlementaires. Après son examen au sein de la commission de la justice et législation, le PJD a annoncé le dépôt d’une autre sur le même sujet. Ce qui donne l’impression d’un double emploi et une cacophonie. Karim Ghellab a promis de régler ce problème, par une coordination entre les groupes, en vue de préparer ensemble les propositions de lois. Les changements perceptibles au niveau de la Chambre des représentants s’expliquent par les hommes. D’autres députés ont marqué, par leurs empreintes, leurs territoires. Chacun à sa manière, ils contribuent à faire bouger les lignes. Chaque parti a ses stars, mais ceux qui font avancer les dossiers sont rares.

     

    Mohamed CHAOUI

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