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    Enquête

    Jusque dans vos assiettes!

    Par L'Economiste | Edition N°:3929 Le 14/12/2012 | Partager
    Microbes, produits chimiques et antibiotiques
    68% des intoxications dus à la restauration collective
    Absence d’indépendance du contrôle sanitaire

    Une récente enquête privée a révélé qu’à peine 18% de Marocains possèdent une brosse à dents, un tube de dentifrice est consommé par an et la brosse est renouvelée une fois tous les 4 à 5 ans

    Peut-on manger à la table du chef ou s’offrir un sandwich sans risque d’une intoxication? Pas évident. Les chiffres du tout sérieux Institut national de veille sanitaire sont inquiétants à ce sujet. Les toxico-infections alimentaires collectives (TIAC) représentent 68% des accidents de nourriture dont 12% en milieu scolaire. Ces données ont été fournies pour l’année 2009. «Depuis, la situation n’a point changé», certifie le professeur Abdellah Benslimane ex-directeur de l’Institut Pasteur et actuel DG du Laboratoire international des analyses biomédicales (LIAB). Pour alarmantes qu’elles soient, ces proportions ne révèlent que l’infime partie visible de l’iceberg. Et pour cause ! «Les médecins ne déclarent pas les cas d’intoxication tout comme les hôpitaux et les cliniques, précise le professeur Larbi Idrissi qui officie dans le même laboratoire. Et souvent, les victimes ne consultent pas.
    Pourtant, la fréquence et la gravité des infections alimentaires posent un véritable problème de santé publique. D’où le fait de leur inclusion parmi les maladies transmissibles à déclaration obligatoire. Pas si longtemps en effet, sur 600 congressistes scientifiques à Marrakech deux tiers sont restés terrassés à l’hôtel après avoir été victimes de la salmonelle. Mais l’information a été étouffée «de crainte de porter atteinte à l’image touristique de la ville ocre», confie Idrissi.
    Pour les mêmes raisons, sont passés sous silence les résidus chimiques contenus dans la menthe. Cette plante aromatique additionnée au thé sert aussi à vendre l’image du Maroc. Mais procède-t-on à des prélèvements dans les marchés de gros des fruits et légumes pour déceler les résidus chimiques?  Benslimane est catégorique: «Les résidus ne sont contrôlés qu’à l’exportation». C’est dire l’ampleur du risque. Lequel est aggravé par l’absence de maîtrise du dosage des produits phytosanitaires chez les agriculteurs qui livrent la totalité de leur production au marché local.
    Du coup, l’utilisation de certains produits à rémanence prolongée induit ipso facto la subsistance de résidus chimiques.  Le même risque se retrouve dans le poulet de chair. L’usage des antibiotiques dans l’élevage avicole est aussi monnaie courante. Du moins dans l’informel. La technique vise le maintien en «bonne forme» des volailles mis à la vente. Mais là, où le bas blesse, c’est qu’il s’agit de la pénicilline pure, de surcroît d’importation frauduleuse. En somme, trois agents responsables sont pointés du doigt : le poulet, la viande hachée et les saucisses. Ces agents sont fréquents dans la restauration collective. Auxquels s’ajoutent, bien évidemment, l’eau et les médicaments. Mais comment s’en prémunir? Aux yeux du professeur Benslimane, tout ce qui est consommé par la population est sous la responsabilité de l’Etat. Laquelle mission est déléguée au ministère de la Santé. Seulement, la mission de contrôle est exercée concurremment avec d’autres organismes sous tutelle de départements producteurs. Dans le cas de la sécurité alimentaire, c’est l’Onssa (Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires). «Ce qui est anormal, vu que cet organisme a pour mission régalienne de veiller sur le respect des normes de toute la chaîne de production, de logistique et de distribution. En exerçant le contrôle, il s’érige ainsi en juge et partie», dénonce le professeur Benslimane.
    Partout ailleurs dans le monde, la mission de contrôle est exercée par des organes indépendants. En Europe et aux Etats-Unis, le schéma de l’intervention des agences en charge de la répression des fraudes est pratiquement révolu. «C’est le privé qui l’exerce à raison de 90%», martèle de son côté le professeur Idrissi. Pour preuve, le dernier accident sanitaire qui s’est produit en décembre 2011 dans l’Institut agronomique et vétérinaire Hassan II d’Aït Melloul est révélateur à plus d’un titre puisqu’une cinquantaine de futurs agronomes et docteurs vétérinaires ont été intoxiqués dont 11 hospitalisés. Mais l’enquête menée par l’Onssa a conclu à la présence de salmonella sans pour autant déterminer la nature exacte de l’aliment incriminé. De même, le restaurant délégué à opérateur privé est resté ouvert alors qu’il est hors normes les plus élémentaires. Qu’on en juge par les constats relevés par l’équipe médicale dépêchée sur place par la délégation régionale de la Santé.  L’état et la conception de la cuisine ne répond pas aux  normes d’hygiène: manque de lave-mains et présence de  fissures au niveau du sol et des murs», pointe de prime abord le rapport. Le mauvais état de la chambre froide et des congélateurs qui ne disposent pas  d’indicateurs de température, est-il signalé en second lieu. Des ustensiles usés et rangés dans de mauvaises conditions. Sans oublier la cohabitation des produits avec les denrées alimentaires. Et cerise sur le gâteau, le contrôle médical du personnel est assuré par le médecin de la société délégataire de la prestation. C’est dire l’incohérence qui caractérise le système.

    A. G.

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