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    Enquête

    Ordures, crachats, urine... la guerre oubliée de l’hygiène

    Par L'Economiste | Edition N°:3929 Le 14/12/2012 | Partager
    Manque en points d’eau et en toilettes
    Le déficit en infrastructure sanitaire n’explique pas tout
    Un travail d’autodiscipline toujours pas entamé

    Le manque de civisme aggrave la problématique d’hygiène. Certes la responsabilité des villes est bien engagée mais cela ne dédouane en rien le comportement du citoyen. Le fait de voir ce type d’inscription «Interdit d’uriner, espèce d’âne» sur la photo est parlant

    L’hygiène est-elle le propre du Marocain? A priori, notre statut de société musulmane nous dicte l’observation de la propreté. La pratique est même érigée au rang de profession de foi. Mais la réalité est à des années lumières des beaux principes. Certes, les ablutions sont faites cinq fois par jour mais elles restent limitées aux pratiquants. Et souvent superficielles, faute d’utilisation du savon. Le spectacle de ces commerçants et autres patrons de divers métiers qui se précipitent vers la mosquée (s’il y en a, à proximité) dès l’appel à la prière, en dit long sur leur état de propreté. Déjà le contact avec divers matériaux et outillages ne les met pas à l’abri de contamination de la faune microbienne ambiante.
    La transmission auprès d’autres pratiquants est automatique. Imaginez un marchand de légumes, un vendeur de poulet de chair, un mécanicien ou encore un éboueur pénétrant dans un lieu de culte avec ses effets de travail. Tout ce beau monde représente une source de transmission de microbes.
    Pis encore, quand la prière est pratiquée dans la rue où se mêlent, poussières, détritus et gaz d’échappement de véhicules. A ce niveau, c’est le problème de la pollution de l’environnement qui prend toute sa dimension. Pourtant, la collecte des ordures coûte cher au pays. A titre d’exemple, «les Casablancais doivent débourser 521 millions de dirhams en 2012», révèle un rapport de la Commission régionale en charge du suivi du secteur de l’hygiène. «Cependant, la fameuse décharge de Médiouna continue de polluer et l’atmosphère (biogaz) et la nappe phréatique sur un rayon de 20 km», selon la même source.
    Le manque de civisme aggrave les problèmes d’hygiène «Ordures, crachats, urine, c’est le lot quotidien de nombreuses artères, même les plus huppées», constate Omar, 65 ans. «J’ai même vu quelqu’un jeter ses ordures du 4e étage lors du passage du camion de ramassage juste en dessous de la fenêtre. Il a raté son tir mais les éboueurs n’ont pas non plus daigné exécuter leur «tâche», jure-t-il. Jeter des ordures n’importe où, n’importe comment, c’est, en effet, monnaie courante. «Acte, qui dénote la décadence de notre système de valeurs, autrefois bien enraciné dans la société marocaine», commente Hammadi, ce fkih qui enseigne dans une école coranique du quartier Sbata à Casablanca. «Je m’efforce d’inculquer les règles d’hygiène à mes petits «disciples» dont la majorité n’est là que durant la période de grandes vacances d’été. Seulement, les bambins ne se gênent pas de faire leurs besoins aux alentours du M’sid», avoue amer le fkih. D’ailleurs, lui-même trouve des difficultés à se soulager. L’école étant dépourvue de sanitaires et d’eau courante, il est obligé d’utiliser celles du café d’en face quand le gérant l’y autorise. Dans ce quartier comme dans d’autres, les tenanciers de crémeries cadenassent leurs toilettes et ne permettent l’accès qu’aux «clients avérés». Ceux qui ont consommé.

    "Pour être dans les normes, la cuisine doit être organisée comme une chaîne de production selon un sens unique appelé «marche en avant». Les aliments qui arrivent à l’état brut mais bien emballés doivent être lavés, coupés, traités, cuits, congelés et servis. Le tout selon des espaces séparés. Car, dans la réalité, les légumes donnent leurs microbes aux viandes qui les passent aux laitages et les poissons glanent ce qu’ils trouvent. Finalement, tous les ingrédients impropres  se retrouvent dans les assiettes."

    C’est que les toilettes publiques font cruellement défaut. Depuis les années 1950, on n’en a enregistré aucune nouvelle construction. De mémoire  de Casablancais, Omar dénombre une dizaine dont la moitié a disparu sous la pression de réaménagement de l’espace urbain. Sur les cinq qui restent, seules trois continuent d’être ouvertes au public. Mais dans quel état? Bien que «le service y est payant, l’entretien est inexistant. «Les coupures d’eau sont fréquentes selon les délais mis par la commune dans le règlement des factures», révèle un gardien de voitures officiant sur l’avenue Félix Houphouët-Boigny où se trouve un WC. Ce dernier connaît une forte affluence. Ce qui se traduit par les mauvaises odeurs qui se dégagent à une vingtaine de mètres à la ronde. Pas loin de là, les murs servent d’urinoir aux personnes qui attendent les bus. La responsabilité de la ville est bien engagée. Les autres toilettes publiques fermées sont devenues de véritables dépotoirs d’ordures tandis que les non-cadenassées sont squattées par des clochards.
    Toutes ces toilettes ont été construites durant la période coloniale, exclusivement dans les quartiers européens. Des Casablancais se remémorent de l’état de salubrité de ces lieux dits publics où la propreté constituait la règle avec à la clé la mise à disposition du savon et des serviettes hygiéniques. Malheureusement, ce service a disparu de la carte urbaine de Casablanca. Et le constat s’est généralisé à des édifices à peine réalisés vers la fin des années 1980. Prenons l’exemple du complexe sportif Mohammed V. On y compte 16 toilettes mais 3 sont fermées, et 2 dépourvues d’eau courante. Les robinets ayant été enlevés et les conduites bouchées. «Ceci, depuis bientôt quatre ans», témoigne un gardien. Pourtant, la gigantesque enceinte reçoit chaque week-end entre 25.000 et 30.000 personnes selon l’attrait de l’affiche. La rançon tient bien évidemment à la profusion de diverses maladies des mains sales. Et le coût pour la santé publique est faramineux. Le Maroc reste dévasté par les hépatites, les amibiases, le choléra, la poliomyélite, la dysenterie, les diarrhées infantiles et l’ascaridiose, relève le Centre anti-poison du Maroc. Et ce n’est que la partie visible de l’iceberg. Face aux déficits de raccordement aux réseaux d’assainissement, la profusion des décharges sauvages et la persistance, voire la prolifération des bidonvilles et de l’habitat anarchique, l’hygiène corporelle relève du mythe de Sisyphe.
    Que de programmes de lutte contre l’habitat insalubre mais les résultats restent insignifiants. «Bien au contraire, les bidonvilles prolifèrent comme des champignons», constate un promoteur immobilier. Rien qu’en 2011, les constructions anarchiques ont explosé dans le sillage du mouvement du 20 février.
    Selon le ministre de l’Habitat, Nabil Benabdellah, pas moins de 44.000 nouvelles unités insalubres ont été recensés en 2011. Le tout, bien entendu, manque d’équipements sanitaires comme d’ailleurs du reste.   
    Même des logements construits selon les normes subissent des transformations qui portent essentiellement sur la suppression de la salle de bains. Histoire d’agrandir le salon ou d’ajouter une autre pièce. L’alibi est fourni par la présence à proximité d’un bain maure. Mais ce dernier est-il réellement salubre? La question est posée aux responsables du service d’hygiène.
    Pour ce qui est de l’assainissement liquide, le déficit en milieu urbain est estimé à 15%, selon les chiffres du HCP. Dans le monde rural, il est quasiment inexistant puisqu’il ne concerne que 2,6% de la population. Encore faut-il préciser que cette frange utilise des fosses sceptiques ou des latrines. Quant à l’assainissement solide, environ 95% des ruraux jettent leurs ordures dans la nature avec toutes les conséquences sur les eaux de surface. C’est un danger endémique aussi bien pour la population que pour l’environnement. Mais le fossé reste énorme entre la ville et la campagne dès lors qu’il s’agit des installations sanitaires. Moins de la moitié des ménages citadins possèdent une douche ou une baignoire dans leur logement. Alors qu’ils sont seulement 7,5% dans le milieu rural. Des chiffres à méditer à plus d’un titre.

    Mains sales

    Le choléra, la poliomyélite, la dysenterie, les diarrhées infantiles et l’ascaridiose, ces maladies sont provoquées par la nourriture impropre, l’eau non potable ou quand on mange avec les mains sales. Ces pathologies restent malheureusement prépondérantes dans les quartiers insalubres où le manque d’équipements sanitaires est manifeste.
    Dans le monde rural, elles connaissent une recrudescence particulière dans les contrées limitrophes aux points d’eau ou de rivières polluées par la lessive et les ordures ménagères. Dans ces zones, la bilharziose fait également des ravages avec l’existence d’eaux stagnantes où se baignent souvent les enfants.
    A côté de ces maladies, prolifèrent aussi les parasitoses intestinales générées par la marche pieds nus près des endroits souillés par les excréments.
    S’ajoute aussi le tétanos dont les microbes sont contenus dans les excréments des animaux (bœuf, chèvre, agneaux) qui sont transmis en cas de plaies ouvertes et non protégées.

    A. G.

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