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    Enquête

    Aux portes des écoles, des paradis hallucinogènes...

    Par L'Economiste | Edition N°:3919 Le 30/11/2012 | Partager
    Le cannabis en tête des substances les plus consommées
    Cocaïne, héroïne, ecstasy… des drogues qui gagnent du terrain
    Les dealers écoulent leur marchandise devant les établissements

    Les dealers prospectent leurs clients devant les portes des collèges et lycées. Les consommateurs leur commandent la marchandise par SMS et il n’y a pas de rupture de stock. On ne parlera jamais des grossistes, ceux qui alimentent le business en amont. On vend, on achète et on ne pose pas de questions. Les circuits de distribution sont bien verrouillés

    La cloche a sonné mais Mehdi et Hicham n’ont pas l’intention d’entrer en cours. Avant, ils veulent acheter du «shit», mais leur dealer «attitré» est en retard ce matin. Ils l’attendent avec impatience, tant pis s’ils ratent la leçon des maths. Une demi-heure plus tard, il arrive enfin. Abdou, 24 ans, fournisseur de drogues en tous genres, ne se donne même pas la peine de s’excuser. Il glisse la marchandise, empoche l’argent. L’opération dure quelques minutes et il poursuit sa tournée des lycées et collèges du Triangle d’Or de Casablanca. Proposant toute une panoplie de produits stupéfiants : haschich, karkoubi, maâjoune, etc. Il y en a pour tous les goûts et toutes les bourses. Bien que risqué, le business est assez juteux. La demande est «en plein boom», surtout chez les jeunes qui composent l’essentiel de la clientèle du trafiquant. Une clientèle qu’il n’a même pas besoin de démarcher. «Elle vient toute seule. Les jeunes goûtent tous (ou presque) un jour ou l’autre un joint. Pour s’intégrer dans le groupe et pour se sentir plus grand. C’est comme la cigarette», explique-t-il. Ensuite, la dépendance s’installe. C’est le cas de Mehdi et Hicham qui, désormais, sont complètement «accros». Issus d’un milieu moyen, ils n’ont pourtant aucun mal à payer leur dose quotidienne. Cela leur coûte environ 100 DH par jour, le montant que l’argent de poche donné par les parents. «Dans ces quartiers – Maârif, Gauthier, Bourgogne, Anfa – les jeunes ont de l’argent», souligne Abdou. Comment Mehdi et Hicham sont-ils devenus des consommateurs réguliers de cannabis? Ils ne le savent même pas. Au départ, c’était pour s’amuser, braver l’interdit, découvrir des «paradis artificiels», oublier les profs et la pression des parents... Maintenant, c’est devenu vital. Pas un jour ne passe sans se procurer de la drogue. «Pas question de prendre des drogues plus dures, comme l’héroïne ou la cocaïne. Mais c’est plus facile d’arrêter le shit», disent-ils. Pour eux, le cannabis ne fait pas autant de dégâts sur la santé que les autres drogues. Les campagnes de sensibilisation, ils n’y croient guère. «On dit que la cigarette tue mais tout le monde fume», lance Hicham. La drogue dans les établissements scolaires, privés ou publics, est un véritable fléau. Une situation qui inquiète les parents et les professeurs. «On n’est pas aveugle: des élèves arrivent en cours les pupilles complètement dilatées et ils sont déconnectés de la réalité. A mon avis, la consommation de drogues est importante chez les jeunes. Et ils commencent de plus en plus tôt», raconte ce professeur d’un grand lycée privé de la capitale économique. Un témoignage que corrobore le dernier rapport MedSPAD sur l’usage de drogues en milieu scolaire marocain, réalisé conjointement par l’hôpital psychiatrique universitaire Arrazi, le ministère de l’Éducation nationale et le réseau MedNET du groupe Pompidou du Conseil de l’Europe, révèle des constats alarmants. Concernant le cannabis, 7,2% des jeunes de 15-17 ans ont déclaré avoir pris du haschich ou dérivés et ceci concerne 12,5% des garçons et 2,5% des filles. Quant aux psychotropes consommés sans avis ni prescription médicale, la prévalence sur la vie entière est de 4% (4,8% chez les garçons et 3,4% chez les filles). Les autres drogues citées par les élèves étaient les dérivés opiacés dont l’héroïne, l’ecstasy et les produits à inhaler (colles, autres solvants) ainsi que les substances mentionnées ci-dessus qui ont été exprimées par d’autres terminologies, comme pour les dérivés du cannabis (zalta, maâjoune, shit, chkoufa), du tabac (nafha, kala) ou de différentes familles de psychotropes essentiellement les benzodiazépines. La drogue dans les écoles est, toutefois, un sujet tabou. Les établissements préfèrent ne pas affronter de front le sujet de peur d’être qualifiés «d’infréquentables». Au mieux, des actions de prévention et d’information sont menées au cours de l’année. Certains établissements sont dotés d’espaces «écoute» où les élèves peuvent discuter et parler de leurs problèmes avec une équipe dédiée. «Dans mon lycée, il y a un point écoute. Il y a une infirmière en permanence et des profs bénévoles qui se consacrent aux élèves. On peut parler de tout. Un copain qui avait des problèmes de drogue a pu être pris en charge car l’équipe a fait le relais entre lui et ses parents, avec qui il n’arrivait pas à communiquer», explique Ghita en classe de terminale au lycée Lyautey. Dans les établissements publics, une caravane fait des haltes pour informer ou sensibiliser aux problèmes liés à la consommation de drogues. La police organise aussi des campagnes d’information auprès des jeunes. Malgré cela, la consommation ne baisse pas et l’éducation nationale se retrouve dépassée. Résultat, les trafics qui se passent devant les portes des collèges et lycées. Les dealers sont connus mais personne ne les dénonce. Tout comme devant ce lycée «haut standing» du Triangle d’Or. Un groupe de jeunes négocie avec un dealer qui n’a d’ailleurs pas la tête de l’emploi: un style bon chic, bon genre qui pourrait le faire passer pour n’importe quel étudiant. Les consommateurs lui commandent la marchandise (cannabis, cocaïne, héroïne…) par SMS et il n’y a pas de rupture de stock. On ne parlera jamais des grossistes, ceux qui alimentent le business en amont. C’est l’omerta. On vend, on achète et on ne pose pas de questions. Les circuits de distribution sont bien verrouillés, du producteur au consommateur (voir «Et si le Maroc légalisait la culture et le business du kif», enquête de L’Economiste du 5 octobre 2012, édition n°3882). Idem pour les autres drogues (cocaïne, héroïne, ecstasy…) quasiment «en libre service» dans certains milieux, selon des témoignages. L’univers de la drogue est un monde à part, avec ses us et son jargon. Et c’est ce qui fait un peu son attrait. Décoder les codes, c’est comme faire partie d’un groupe d’initiés. Ainsi, l’on parlera de «taâbia» (recharge) pour désigner la prise de drogue, de «tabouika» pour signifier que l’on est complètement «stone». «Le hgartini» est un psychotrope vendu entre 20 et 70 DH la pièce selon les périodes. Son objectif, donner un sentiment «d’évasion» et permettre de se déconnecter du monde réel. «Chkilita», très consommé dans les milieux populaires, est un mélange de maâjoune et de psychotrope. Ses effets sont rapides et le consommateur perd rapidement le contrôle de lui-même. Enfin il y a «messi», un cocktail qui décuple l’énergie mais qui fait des ravages sur le cerveau. Selon Abdelkabir Al Assi, membre de la caravane nationale contre les psychotropes, ces différentes appellations sont conçues, la plupart du temps, par les dealers en prison. De même, ce jargon a pour fonction de dissimuler la nature de ces produits, notamment lors des campagnes d’assainissement effectuées par la police. L’univers de la drogue est un monde à part, avec ses us et son jargon. Et c’est ce qui fait un peu son attrait. Décoder les codes, c’est comme faire partie d’un groupe d’initiés Ahmed Ibn AbdeLjalil

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