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    Enquête

    Le concubinage gagne la classe ouvrière
    Entretien avec Soumaya Naamane Guessous, universitaire, sociologue et écrivain

    Par L'Economiste | Edition N°:3872 Le 21/09/2012 | Partager
    Profil type: jeune fille d’origine rurale et pauvre
    Par nécessité financière aussi…
    La femme, première coupable devant la société

    «Il existe aussi une infime minorité de parents qui peuvent accepter le concubinage de leur enfant. Souvent, cela se fait en cachette du reste de la famille», explique Pr Guessous
     

    - L’Economiste: Comment le concubinage est perçu par la société marocaine?
    - Soumaya Naamane Guessous: Il est très très mal perçu. La société l’assimile à de la prostitution, à la fornication ou à la débauche puisque les couples ne sont pas légitimes. Il est mal jugé par l’environnement et également par le voisinage. Le code pénal comprend toujours cet article 490 qui interdit les relations sexuelles hors mariage. Lorsque les voisins découvrent qu’il y a, à proximité, un couple qui vit sans lien de mariage, ils lui font subir une agressivité verbale. Parfois ils vont jusqu’à se plaindre auprès des autorités. Les familles ne voudront pas que leurs enfants, en particulier leurs  filles, s’approchent de cette jeune qui vit en concubinage. Or, il y a beaucoup de couples qui font croire qu’ils sont mariés pour éviter les problèmes. Cela est en train de changer dans certains quartiers et au sein d’une certaine population qui reste très minoritaire.

    - Qu’elles sont les CSP les plus concernées?
    - Nous avons l’impression que le phénomène ne concerne que les tranches les plus nanties. Le nombre le plus important se situe au sein des populations les plus démunies. Il concerne beaucoup de filles rurales. Le concubinage est plus présent dans les milieux des ouvrières les plus démunies, en particulier dans les zones périurbaines.  Ce sont des ouvrières qui viennent  généralement du milieu rural. Elles touchent un salaire qui ne leur permet pas de payer un loyer, de vivre et d’envoyer de l’argent à leur famille. Souvent, ces filles sont la principale source de revenus de leur famille à la campagne. Elles finissent par habiter avec un homme pour partager les frais. C’est au sein de cette population où la pratique est la plus courante. Nous retrouvons également le concubinage chez les étudiants, même si souvent le propriétaire demande un acte de mariage. Lorsqu’il s’agit d’une jeune fille ou d’un jeune homme qui habite seul(e), recevoir un(e) ami(e) à la maison pose de sérieux problèmes. Il est vrai que la pratique est de plus en plus présente chez les étudiants. Au niveau d’une classe plus aisée, il arrive que la fille puisse vivre avec un homme dans une autre ville sans que les parents n’en soient informés. Il existe aussi une infime minorité de parents qui peuvent accepter le concubinage de leur enfant. Souvent cela se fait en cachette du reste de la famille. 
    - Qu’est-ce qui pousse au concubinage?
    - C’est l’amour d’abord qui fait que l’on ne veut pas se séparer. Parfois c’est également plus pratique d’être ensemble pour partager les charges. Le concubinage peut aussi être une période pour apprendre à se connaître et savoir si le couple est compatible. Aujourd’hui, les jeunes veulent se découvrir réellement parce qu’ils savent que les quelques heures, deux ou trois fois par semaine, dans un café sont insuffisantes pour bien se connaître. Le mariage peut ou pas venir après. Souvent, les filles se mettent en danger socialement par amour pour un homme. Nous sommes dans un pays où il est interdit de prendre une chambre d’hôtel sans acte de mariage. De ce fait, vivre librement sa sexualité pose de sérieux  problèmes.

    - Ce n’est pas aussi une forme de fuite de la responsabilité et de l’engagement pour l’homme?
    - Certes, cela joue en faveur des hommes au détriment des femmes. L’homme voudra avoir une femme puis une autre sans aucun engagement. Cela peut être une fuite de la responsabilité du mariage. Les parents acceptent plus facilement lorsque leur fils vit en concubinage. Par contre, les filles sont sévèrement condamnées pour la même pratique. Le débat doit être à ce niveau-là        

    - Est-ce que la société devient plus permissive avec le temps?
    - Oui et non! Le phénomène prend de plus en plus d’ampleur parce que certains couples font ce choix alors que d’autres le subissent. Mais aujourd’hui, le fondamentalisme est en train de tirer la société vers le bas. La question est de savoir si les jeunes filles sont capables d’assurer et de braver les interdits. Cela vient de plus en plus avec des femmes cultivées et autonomes financièrement.     

    - Est-ce que la dépénalisation des rapports sexuels hors mariage encouragerait le concubinage?
    - Certainement, cela encouragerait le concubinage. Les jeunes n’auront plus peur de se faire arrêter. Aujourd’hui, pour peu qu’ils mettent de la musique forte, les voisins peuvent les dénoncer pour tapage nocturne dans une maison de fornication. Mais est-ce-que cela jouera sur les mentalités ou pas? Il faut du temps. Ce n’est pas une loi qui peut changer les mentalités. Il faut énormément de temps pour que la société puisse accepter le concubinage.
    Propos recueillis par
    Il.B

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