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    Enquête

    «L’accueil du jour, une solution pour les familles marocaines»
    Entretien avec Sylvie Belakbir, directrice de la maison de retraite du Souissi à Rabat

    Par L'Economiste | Edition N°:3862 Le 07/09/2012 | Partager
    Le besoin est réel, mais les investisseurs se heurtent à des obstacles
    Les familles marocaines ne pourront pas prendre en charge les frais

    «Il existe plusieurs demandes pour créer des maisons de retraite vu le besoin qui se fait sentir auprès de la population marocaine. Mais les projets n’aboutissent pas»

    - L’Economiste: Est-il facile d’ouvrir une maison de retraite au Maroc et est-ce que les investisseurs sont intéressés par ce genre de projets?
    - Sylvie Belakbir: Il existe plusieurs demandes pour créer des maisons de retraite vu le besoin qui se fait sentir auprès de la population marocaine. Mais les projets n’aboutissent pas. Les investisseurs prospectent seulement le terrain pour voir l’intérêt à créer ce genre de structures. L’envie est là, mais ils ne sont pas sûrs que les familles auront la capacité de payer les charges. En tant qu’association, nous recevons des aides et des protections qui n’existent pas pour les Marocains.
    De plus, nous exigeons certaines conditions d’entrée (CFE, caisse sociale, aides de la caisse française de l’étranger…). Si nous créons une maison de retraite pour les Marocains, seule une catégorie de personnes privilégiées va pouvoir payer. Pour combler le vide, l’Etat peut créer des maisons de retraite ou des centres sociaux pour personnes âgées comme c’est le cas à Ennahda. Mais les budgets restent très restreints avec des conditions très difficiles.
    - Est-ce qu’il y a un cadre ou loi qui régit les maisons de retraite au Maroc?
    - Non et tout reste donc à faire. Les familles ne pourront plus prendre en charge les personnes âgées et le besoin auprès de la société marocaine évolue. J’en parle parce que ma belle mère est Marocaine et je vis au Maroc depuis les années 80 et je vois les choses évoluer. Je me rappelle que ce sont les familles qui préparaient les gâteaux pour les mariages et toutes les femmes se réunissaient ce jour-là. Aujourd’hui, tout est confié à un traiteur. Nous assistons à la disparition du système de solidarité familiale. Mais ce n’est pas un reproche puisque la femme travaille et c’est devenu impossible de prendre en charge un malade atteint d’Alzheimer. S’ajoute à cela l’étroitesse des appartements.
    - Les Marocains n’acceptent pas l’idée de mettre leurs parents dans les maisons de retraite?
    - Et pourtant nous recevons des appels et des demandes. Il faut créer des accueils du jour comme un système de crèche pour les enfants. L’accueil du jour peut être une solution au départ pour soulager les familles marocaines. La population vieillit et la problématique de l’hébergement va se poser que ce soit pour les Marocains ou les étrangers. C’est bien que ces derniers viennent parce que cela assure l’entrée de devises, mais qu’est-ce que nous préparons pour eux… L’absence d’une loi-cadre n’arrange par les choses.

    - Les spécialités en gériatrie se développent-elles au Maroc?
    - Effectivement et cela grâce à certaines associations comme Maroc Alzheimer. Les spécialités existent aussi dans des hôpitaux avec des centres pour les personnes âgées et des neurologues spécialisés. Des formations sont aussi assurées pour s’occuper des personnes âgées atteintes de lourdes pathologies.
    Il faut créer des structures dans les grandes villes, mais là aussi les prix du foncier posent un grand frein.

    - Quelles sont les spécificités qui caractérisent la vieillesse?
    - La fatigue et le handicap entraînent les personnes âgées dans un isolement. Il y a le regard de l’autre aussi. Pourquoi ne pas penser à un partenariat avec des écoles maternelles où les personnes âgées pourront lire des histoires aux enfants.

    «C’est la fin d’un tabou!», Dr Aboubakr Harakat, psychologue et sexologue

    - L’Economiste: Les personnes âgées seront-elles les plus affectées par la disparition de la solidarité familiale?
    - Dr Aboubakr Harakat: La société marocaine évolue et change. La société de 2012 n’est pas celle des années 1980. Feu Hassan II était entièrement contre l’ouverture d’une maison de retraite parce que cela déséquilibrerait la société marocaine et les valeurs sacrées de solidarité seraient remises en cause. Maintenant, il y a des maisons pour les vieux et nous pouvons les appeler des centres pour personnes âgées ou autres

    - La famille nucléaire est-elle la plus répandue?
    - Les statistiques du HCP peuvent montrer l’existence de la famille nucléaire et est plus répandue que la famille élargie. De toutes les façons, la famille nucléaire est le monde dominant dans le Maroc d’aujourd’hui et le sera encore dans quelques années et le reste va avec. Donc, il faut accepter l’idée que les parents ne peuvent plus vivre avec leurs enfants à un âge avancé. Il n’y a personne pour s’en occuper et il faut les mettre dans les lieux où ils seront «mieux». Je ne sais pas est-ce que nous pouvons les appeler maisons de retraite au Maroc. C’est une retraite de quoi?

    - C’est la fin d’un tabou?
    - Le tabou est basculé depuis des décennies. Les Marocains dans leur majorité ont encore du mal à accepter l’idée mais c’est quelque chose qui s’invite progressivement avec l’évolution démographique.

    Propos recueillis par Fatim-Zahra TOHRY

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