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    Enquête

    Intoxications alimentaires: Une pluie de menaces sournoises

    Par L'Economiste | Edition N°:3845 Le 10/08/2012 | Partager
    Les principales sources sont hors contrôle
    Pas de suivi des résidus des pesticides sur fruits et légumes
    Banane, pomme de terre et menthe, de petites «bombes chimiques»

    Viandes et produits laitiers développent rapidement diverses bactéries même lorsque ces produits sont préparés dans des conditions normales de salubrité mais non conservés selon le mode requis. Que dire alors d’une logistique rudimentaire ? C’est une «bombe» toxique ambulante

    Notre assiette est-elle frelatée? A en croire les résultats des contrôles sanitaires, on ne peut que redouter le pire. Les inspections menées durant les premières semaines du mois de jeûne abondent de cas de saisie et de destruction de denrées alimentaires impropres à la consommation. Les services d’urgence et les cabinets médicaux débordent de patients victimes d’une intoxication alimentaire. Ramadan et l’été sont des périodes de tous les dangers. D’origine locale ou d’importation, la gamme des produits incriminés est très diversifiée: viandes, poissons, produits laitiers, miel, jus de fruits, œufs de consommation… Et la liste n’est pas exhaustive. «D’importantes quantités de produits de la ruche, de thé vert, de tisane diététique et de préparations à base de sésame ont été refoulées à l’import par les agents de l’Onssa», révèle le DG par intérim, Jawad Berrada. Selon l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires, les quantités saisies et détruites ne constituent que la partie visible de l’iceberg. Des produits à haut risque sanitaire échappent à tout contrôle. Ceux-là ne relèvent pas des attributions de l’Onssa. En particulier les abattoirs de bovins, d’ovins et des ateliers informels d’abattage de volaille. Des établissements qui traitent des produits à haut risque ou via des sous-produits comme la mortadelle, les saucisses ou  la viande hachée. Rien que sur les trois derniers mois, le ministère de la Santé a signalé 500 cas d’intoxication alimentaire. «Sur ce chiffre, 300 se sont produits dans trois espaces publics, à savoir une école à El Hajeb, une colonie de vacances à Saïdia et un snack-restaurant à Souk Larbâa du Gharb», avait précisé le ministre de la Santé, El Haussaine Louardi qui répondait à une question orale à la Chambre des conseillers. Mais combien de cas échappent-ils aux statistiques officielles? 
    Nul n’avance une estimation car, peu de victimes se déclarent aux services compétents, notamment au Centre marocain antipoison. Certes, la moitié des intoxications alimentaires ont lieu pendant la période estivale et deux sur trois ont lieu au domicile. «En raison d’un mode défaillant de conservation des aliments», clame une source médicale. Mais quelle est la part des produits insalubres, voire contaminés par des agents pathogènes ou contenant des résidus chimiques achetés par la ménagère ? Là aussi, les données officielles ne renseignent pas sur l’ampleur des dégâts. Les  résultats des analyses de laboratoire effectuées par l’Onssa en 2011 donnent le tournis. Sur 10.681 échantillons analysés, 3.184 ont été reconnus non-conformes à la réglementation en vigueur, soit 29,8%. Le rapport ne précise pas la nature des produits ni encore celle des non-conformités. C’est que dans certains cas comme les viandes blanches et rouges, l’Onssa n’est pas directement concerné. Les abattoirs municipaux ainsi que les tueries rurales (35.000) sont autorisés par les communes. A l’exception de la seule unité privée mise en service l’année dernière à Meknès. S’ajoute aussi une vingtaine d’abattoirs avicoles. Or, ces derniers concentrent à peine 5% de l’abattage du poulet de chair et environ 85% de celui de la dinde. Alors que toutes les autres unités (179 abattoirs et plusieurs milliers d’ateliers de préparation de viandes blanches, «riachas») sont autorisés par les communes.        
    Mais les contrôleurs de l’Onssa inspectent les abattoirs municipaux et produisent mensuellement des rapports dans l’objectif «de sensibiliser les responsables ainsi que la tutelle sur les règles d’hygiène et de salubrité». Situation paradoxale puisque l’Office n’est pas concerné de par le statut de ces établissements. Mais l’Office «tient à assurer une présence en attendant la réforme», confie Berrada. De plus, l’aval est suivi de très près. Mis à part le risque domestique qui reste important, le développement de la restauration extérieur avec, comme corollaire, l’explosion du secteur informel et sa cohorte de vendeurs ambulants, est venu aggraver la situation. Mais le risque peut également se nicher dans des négligences chez des restaurateurs organisés.
    A titre d’exemple, l’inspection des «riachas» dans le cadre de commissions provinciales de contrôle a abouti à la destruction de 1.000 tonnes de viande blanche au terme du 1er semestre 2012. «Au nom de la traçabilité, nous arrivons également à serrer l’étau sur la restauration quelle soit collective ou commerciale», analyse le DG par intérim de l’Onssa.
    Pour preuve, des saisies de marchandises destinées à la préparation de divers plats sont souvent effectuées en cas de constat de non-conformité. Des sanctions de fermeture ont été aussi prononcées à l’endroit d’établissements qui ont obtenu un délai pour se conformer à la réglementation sanitaire. Au total, 18 fermetures de restaurants et 51 retraits d’agréments d’entrepôts de poisson ont été prononcés sur les six premiers mois de l’année en cours.
    Néanmoins, l’essentiel du problème réside dans l’abattage incontrôlé de l’élevage de volaille, dans la vétusté des abattoirs et la pléthore de gargotes et autres mahlaba dont l’écrasante majorité n’est pas conforme aux normes les plus élémentaires d’hygiène et de salubrité des aliments.
    Or, tout ce «beau monde» reste soumis à des autorisations délivrées à tour de bras par les communes. Sous prétexte de considérations d’ordre social, on n’hésite pas à tolérer la prolifération de tout genre de négoce de produits alimentaires: rôtisseurs de saucisses sur la chaussée, vendeurs de viandes et abats au ras du sol, distributeurs de jus de fruits dans des emballages usagers… Seulement, ce type «d’agent d’intoxication» est flagrant et les populations ont la latitude de l’éviter ou de s’en accommoder, bien que les coûts indirects sur le budget de la santé peuvent s’avérer considérables.
    Mais que dire des autres sources d’intoxication, notamment les produits phytosanitaires utilisés dans le traitement des produits agricoles. A-t-on idée des résidus contenus dans les fruits et légumes que nous consommons? Procède-t-on à des prélèvements quotidiens aux marchés de gros pour en déterminer les limites minimales? Affirmatif. Le laboratoire de la Gendarmerie royale s’occupe de la tâche,  mais aux fins  d’archivage des résultats. Ses analyses ne donnent pas lieu au retrait des lots incriminés. L’Onssa, quant à lui, vient de lancer cette année «un plan de surveillance» des plateformes des fruits et légumes moyennant des prélèvements pour être au fait des LMR (limites minimales des résidus). Pour le moment, Berrada juge «la situation satisfaisante» sans vouloir donner de précision. Il est vrai que le Maroc est gros exportateur de fruits et légumes et, de ce fait, les agriculteurs sont rompus aux normes exigées  par les marchés importateurs. Ces produits passent aussi par des stations de conditionnement où ils sont lavés et conditionnés avant de subir un contrôle de l’organisme dédié. Que dire alors des produits livrés directement du verger au circuit de commercialisation?
    Des fruits et aromates traités par des produits à forte rémanence recèlent, à ne point douter, de taux de résidus chimiques bien supérieurs au seuil de tolérance. Des alertes récurrentes sont émises par les services de l’Union européenne à l’encontre de la menthe. Cet aromate ne disposant pas de produits phytosanitaire spécifique, est souvent traité par des spécialités qui s’attaquent à la cellule de la plante. «Aussi, ne faut-il point s’étonner de voir les Marocains souffrir de maux gastriques», ironise un médecin. Idem pour la banane qui est traitée par des produits à rémanence prolongée qui se greffent aussi sur le fruit. Résultat, des résidus élevés y restent. Plus grave encore, le déverdissage des bananes, qui sont souvent cueillies à l’état vert, est effectué au carbone.

    Petites précautions

    L’étude la plus exhaustive a été menée par le Centre anti-poison du Maroc. Elle a porté sur une durée de 20 ans (1989 et 2008), dressant ainsi une situation générale des intoxications alimentaires, leur répartition géographique et saisonnière, le taux de mortalité et les causes de ces maladies.
    Ainsi, le centre a-t-il constaté que durant cette période de 20 ans, environ 18.000 cas d’intoxication alimentaire ont été recensés. Mais ce chiffre ne reflète  pas la réalité. Beaucoup de cas ne sont pas déclarés.
    Pendant l’été, (la haute saison des repas liés à l’intoxication alimentaire) il faut éviter certains aliments comme les escargots et la pâtisserie, le lait et ses dérivés, notamment le petit lait, servi souvent avec du couscous. Les sauces, comme la moutarde et la mayonnaise, servies dans des conditions insalubres, sont aussi à éviter.

    Les grands accidents

    L’histoire du Maroc est parsemée d’accidents dramatiques en termes d’intoxications graves qui ont touché des milliers de personnes. Des «évènements» qui n’ont pas été sans impact sur les intérêts économiques de la nation. En 1959, le drame des huiles frelatées a été à l’origine de centaines de décès et d’handicaps moteurs chez des milliers de personnes. Plus récemment, les évènements d’intoxication aux moules (1994), à la Mortadelle (1999), aux escargots (1997), au melon (1997), à la vodka (1997), à l’alcool à bruler (2009)… ont été largement médiatisés.
    Les causes profondes à l’origine de ces intoxications sont très variées, allant des perturbations écologiques à la fraude en passant par des facteurs hygiéniques.

    Un phénomène en hausse

    Dans son rapport annuel 2011 de toxicovigilance, le Centre antipoison du Maroc (CAPM) note une augmentation de plus de 9,2% des cas de déclaration d’intoxications aiguës par rapport à l’année 2010. Le Centre a ainsi recensé 8.520 cas d’intoxications aiguës et 87 décès en 2011. En tenant compte des caractéristiques des intoxications, il y a lieu de relever que les médicaments arrivent en tête avec 2.117 cas et 12 décès, suivis des produits gazeux (1.906 cas et 16 décès), des aliments (1.583 cas et 4 décès) et des pesticides (900 cas et 37 décès). Arrivent, loin derrière, les intoxications par les produits ménagers (411 cas et 1 décès), les produits industriels (282 cas), les intoxications par plantes (133 cas) et les intoxications cosmétiques (40 cas). Les adultes constituent la tranche d’âge la plus touchée avec 48,38%. Quant à l’âge moyen des intoxiqués, il est établi à 26,26 ans.
    S’agissant de la répartition géographique des intoxications, la région Rabat-Salé-Zemmour-Zaër a enregistré le plus grand nombre d’intoxications (1.860 cas), suivie de l’Oriental (1.087 cas), de Marrakech-Tensift-El Haouz (984 cas), Meknès-Tafilalet (918 cas), Tanger-Tétouan (889 cas),  le Grand Casablanca (674 cas) et Souss-Massa-Drâa (436 cas). Ces intoxications se sont produites en milieu urbain dans 79% des cas contre 21% en milieu rural.

    A. G.

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