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    Enquête

    Sur la piste des plages “halal”
    Du bikini au burkini

    Par L'Economiste | Edition N°:3816 Le 29/06/2012 | Partager
    Pas toujours bien perçus par les religieux et les sociologues
    Jusqu’à 1.000 DH la pièce!

    Certains sociologues considèrent les burkinis, importés de Turquie, comme une menace à l’héritage culturel marocain. Les religieux les acceptent, mais avec certaines réserves

    Il n’est pas question là de dénigrer ou d’offenser qui que ce soit. Mais simplement de relever les contrastes de notre société. D’un côté, les «libéraux» qui profitent de la plage sans restriction. Et de l’autre, les «barbus» ou «conservateurs», revendiquant leur place dans l’espace public, et s’adonnant à une sorte de baignade «halal», qui ne va pas à l’encontre de leurs convictions religieuses. Le mélange de tout ce beau monde nous dresse un tableau social plein de contradictions, qui en dit long sur le malaise de la perception du corps.

    Piscines pour voilées

    La formule existe dans plusieurs pays: des plages entièrement dédiées aux femmes, et dans lesquelles elles peuvent se rendre en maillot de bain. Dans le célèbre village touristique Marina en Egypte, par exemple, tout un compartiment de la plage est réservé à la gent féminine. Au Maroc, le concept n’existe pas, mais cela n’empêche pas certains clubs d’offrir des espaces pour femmes. A l’instar d’un centre équestre dans les environs de Casablanca, et plus exactement sur la route de Sidi Hajjaj. Les femmes peuvent y bénéficier d’une piscine privée, non couverte, à 30 DH la journée. Le centre propose également un parc de jeux pour enfants et des terrains de sport, ainsi qu’une restauration «bio».

    Ces dernières années, on assiste à un assaut de «burkinis» sur nos plages, une sorte de mixage entre bikini et burqa, «un maillot de bain halal», dont le modèle, d’origine turque, a été importé par de nombreux pays, dont la Tunisie, l’Algérie et le Maroc. Il suffit de faire un tour dans les boutiques casablancaises, y compris dans les endroits les plus huppés, pour en voir de toutes les couleurs! Et les prix sont loin d’être à la portée de tout le monde, jusqu’à 1.000 DH la pièce! Les burkinis font de plus en plus d’adeptes parmi les femmes voilées qui n’hésitent pas à les enfiler pour se baigner dans les plages publiques et les piscines. Dans certaines piscines, ils sont carrément interdits, pour des «questions d’hygiène». Mais le seront-ils encore longtemps, vu l’ampleur que prend cette mode… Un phénomène totalement étranger à la culture marocaine, selon certains sociologues. «Ce type d’habit bouleverse et marginalise tous les codes culturels, sociaux et relationnels desquels nous avons hérité. C’est un vêtement importé, qui nous est imposé au nom d’une idéologie qui se dit islamique», insiste le sociologue Abdelfettah Ezzine. «C’est un effet de mode qui n’a rien à voir avec notre culture, ni avec le choix de société pour lequel nous avons opté», poursuit le chercheur.
    Mais que pensent les hommes de foi de ces maillots de bain islamiques? «Il s’agit d’une initiative louable, qui pourrait enfin permettre aux femmes de profiter de la plage. Mais il est préférable de les utiliser dans des endroits isolés de la foule», relève Abderrazzak El Jay, professeur des sciences islamiques à l’université Mohammed V, et membre du conseil des Oulémas de Rabat. Le message est on ne peut plus clair, pas question de se mélanger avec des gens nus! «Les femmes ont besoin de profiter du soleil et surtout de la vitamine D. Or, avec cet habit, ce n’est pas possible», rétorque pour sa part, Zineb Abou Ali, enseignante d’éducation islamique à Casablanca. «Il serait plus approprié de réserver des espaces privés pour les femmes voilées où elles pourraient se libérer de toute contrainte. Cela pourrait aussi s’avérer très rentable pour les investisseurs privés», suggère-t-elle.
    Des plages, des campings, des clubs pour les «conservateurs», la demande, il faut le dire, est là. Beaucoup disent avoir des attentes et des besoins particuliers. Du coup, ils estiment qu’il faudrait leur aménager des espaces dédiés, comme c’est le cas dans d’autres pays. Mais cette requête, aussi recevable soit-elle, est susceptible de mettre en alerte rouge la Sûreté nationale! Car l’expérience des plages et des campings islamiques a déjà été menée dans les années 1990, mais elle s’est mal soldée.

    Les premiers musulmans et la plage

    Le rapport des premiers musulmans à la plage était plutôt spirituel. Pour eux, il s’agissait d’abord d’un lieu de contemplation, un témoignage de la grandeur divine. C’était aussi plus considéré comme une source de richesses et de revenus. La natation était pour eux plus une obligation religieuse qu’une activité de loisir ou un sport. Eh oui, car un hadith du prophète exhorte les musulmans à apprendre la natation et l’équitation. «Cela dit, rien n’empêche les hommes et les femmes de profiter de la plage, à condition de respecter les bonnes mœurs», fait remarquer Abderrazzak El Jay, professeur des sciences islamiques à l’université Mohammed V de Rabat.

    Ahlam NAZIH

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