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    Enquête

    Sur la piste des plages “halal”

    Par L'Economiste | Edition N°:3816 Le 29/06/2012 | Partager
    Al Adl Wal Ihsane revendique toujours des plages privées
    Les campings «halal» interdits depuis 2000

    Les disciples de la Jamaâ se rendent aujourd’hui sur les plages publiques. Mais pas question d’abandonner la baignade halal pour autant. Les femmes plongent dans l’eau avec leur khimar ou leur burqa

    «Nous sommes toujours attachés à notre droit de partir au camping à notre façon», a récemment déclaré le porte-parole d’Al Adl Wal Ihsane, Fathallah Arsalane. La Jamaâ n’en démord pas, elle continue de réclamer des espaces de divertissement conformes à la charia! A peine contactés par L’Economiste sur le sujet, les responsables de la Jamaâ du Cheikh Yassine ont publié un communiqué sur un site d’information électronique, à travers lequel ils réitèrent leur revendication. S’agit-il là d’un message adressé au gouvernement Benkirane? «Soit l’Etat aménage des endroits de divertissement conformes à notre religion, soit il laisse faire les autres», revendique Hassan Bennajah, cadre de la Jamaâ. «Les autorités veulent imposer leur propre vision du tourisme. Ce qui va à l’encontre de la Constitution qui a instauré l’Etat islamique», renchérit Arsalane. Aujourd’hui la Jamaâ fait profil bas. Mais elle adopte un nouveau mode opératoire, puisque les disciples se fondent dans les plages publiques, même s’ils ne passent pas vraiment inaperçus… Les hommes barbus, habillés en gandoura, et accompagnés de femmes (en burqa ou tchador) se réservent souvent des coins isolés de la foule. Certains dressent des petites tentes pendant la journée, qu’ils plient aussitôt la nuit tombée. En fait, ils ne font que s’adapter à la décision des autorités qui interdisent de passer la nuit sur une plage publique, depuis près de 12 ans. Néanmoins, ces islamistes continuent à priser des plages, triées sur le volet, sur lesquelles ils avaient l’habitude de camper vers la fin des années 90. Toute une cartographie de sites paradisiaques dans les environs de My Bousselham, l’Oriental, El Jadida ou encore Agadir.  
    Pour le fun, les membres de la jamaâ optent pour des réunions à huis clos dans des propriétés privées. Des rencontres où l’on organise des séances spirituelles (adkar), des leçons religieuses, prêches,... Mais plus question de se regrouper dans des campings sur des plages ou des forêts comme auparavant. Il faut dire qu’il s’agissait plus d’une occupation non autorisée (mais tolérée) d’espaces publics. Des endroits où se rencontraient des milliers d’adeptes de la baignade «100% halal». Des plages plutôt atypiques! Elles sont la plupart du temps séparées en deux avec des draps: une partie réservée aux hommes, et une autre dédiée au femmes et aux enfants en bas âge. Un aménagement qui se prête aussi à l’accomplissement des prières. La réglementation y est tellement stricte que l’on définit des horaires fixes de baignade pour chaque sexe. Les femmes ont bien évidemment droit à des maître-nageuses. «C’était des gens très méfiants, ils se permettaient de vérifier les cartes d’identité de toute personne qui leur était étrangère», témoigne un gardien de parking, qui a côtoyé les estivants de la célèbre plage de Sidi Bounaïm, dans les environs d’Azemmour. «Un jour, mon frère et son ami avaient eu la mauvaise idée d’y faire un tour le soir. Ils ont été ligotés avec des câbles des heures durant. Ils en portent toujours les séquelles sur leurs poignets», regrette un riverain. Selon des témoignages concordants, les campings de la Jamaâ, se sont transformés au fil du temps en foyers communautaires. Ce que récuse aujourd’hui Al Adl Wal Ihsane. «Si nous étions renfermés sur nous-mêmes, l’Etat nous aurait laissés tranquilles. Si on nous a interdit les plages, et même les colonies de vacances pour enfants, c’est parce que les gens affluaient sur nos sites», argue Bennajeh.
    L’interdiction officielle remonte à 2000, date à laquelle le ministère de l’Intérieur, piloté par Ahmed El Midaoui, avait déclaré la guerre aux plages des barbus. «Depuis, nous avons décidé de nous rendre sur des plages publiques où nous organisions des activités culturelles et sportives. Mais cela a, semble-t-il, déplu aux autorités, qui ont procédé à plusieurs arrestations arbitraires», fustige Bennajeh. En fait, ce que la Jamaâ considérait comme activités de divertissement, le makhzen y voyait une atteinte à l’ordre public. Les appels à la prière et les leçons religieuses n’étaient a priori pas bienvenus sur les plages… à l’heure où la lutte contre l’extrémisme battait son plein.

    Sur les traces du camping de Sidi Bounaïm

    Sidi Bounaïm, dans les environs d’Azemmour (Province d’El Jadida), a été la première plage à accueillir un camping d’Al Adl Wal Ihsane. Près de 40.000 personnes s’y rendaient chaque année, selon la Jamaâ. Les habitants de ce patelin se rappellent encore de ces vagues d’islamistes qui occupaient leurs plages durant l’été. Ils leurs permettaient de faire tourner leurs commerces, mais ils n’étaient par pour autant bien perçus. Il faut dire que le site est plutôt bien loti. Il allie à la fois plage et forêt, et on peut y accéder par voie goudronnée. A part quelques familles qui pique-niquent à la forêt ou dressent une tente sur la plage, loin des foules, rien d’exceptionnel à signaler. Le temps des barbus et désormais loin derrière. Un poste permanent de gendarmerie implanté in situ est d’ailleurs là pour le rappeler. 

    Ahlam NAZIH

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