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    Europe

    Crise euro: Les pays émergents sont-ils à l’abri?

    Par L'Economiste | Edition N°:3684 Le 23/12/2011 | Partager
    Les marchés actions et obligations émergents contaminés
    Aversion pour les actifs risqués et les retraits de capitaux
    La canal commercial peut pénaliser les pays

    Les émergents pourraient pâtir d’un ralentissement plus prononcé de la croissance dans les pays avancés par le biais du canal commercial. Les pays fortement exportateurs vers la zone euro sont avant tout les économies ouvertes de l’UE-27: Hongrie et République tchèque; les pays moyennement exposés sont la Bulgarie, la Pologne et la Roumanie

    La contagion à la crise ne serait pas évitable. Les consultations entre responsables européens s’intensifient pour tenter de circonscrire la crise de l’euro dans un contexte mondial difficile. Les pays émergents seront-ils les plus exposés au risque de contagion vis-à-vis des économies avancées? Trois rédacteurs en recherche économique chez Natixis, Bénédicte Baduel, Stéphanie Prat et Juan Carlos Rodado, ont cherché à identifier dans une récente étude les liens commerciaux et financiers de 23 pays émergents avec le G2 (Zone euro, Etats-Unis).
    Objectif: évaluer leur exposition à un choc en provenance de ces pays (aggravation de la crise des dettes souveraines, éclatement de la zone euro, nouvelle récession). Les économistes ont retenu comme critères: le taux d’ouverture commerciale, le besoin de financement externe des économies émergentes et la part des investissements étrangers (directs, de portefeuille ou bancaires) en provenance du G2. Ainsi, il en ressort que la stabilité financière des marchés émergents s’est dégradée depuis cet été et le risque de contagion est désormais sérieux. La crise souveraine qui frappe l’Europe a contaminé les marchés actions et obligations émergents par le biais de la hausse de l’aversion pour les actifs risqués et les retraits de capitaux qui en découlent. Il est constaté que jusqu’à présent, l’aversion pour le risque est restée globale et ils ont observé peu de discrimination de la part des investisseurs étrangers pour les pays émergents. Pourtant, les risques associés à un choc dans les pays du G2 (Zone euro, Etats-Unis) doivent être différenciés.
    Les auteurs de l’étude se sont intéressés aux trois types de liens traditionnels par lesquels les économies émergentes sont susceptibles de subir des effets de contagion. Il s’agit d’abord des liens commerciaux (les pays du G2 constituent une zone de débouchés majeure pour les exportations de biens et services en provenance des économies émergentes). Viennent ensuite les liens bancaires: les prêts accordés par les banques du G2, mais surtout par les banques européennes et leurs filiales aux économies émergentes, essentiellement au secteur privé et dans une moindre mesure au secteur public. Le stock de créances bancaires détenues par les banques européennes et américaines sur les marchés émergents a atteint 3.890 milliards de dollars au T2 2011. Le dernier lien, et non des moindres, est financier: les investissements directs et de portefeuille à destination des pays émergents ont affiché une progression entre le T2-2009 et l’été 2011, alimentant un mouvement de hausse des prix des actifs et l’appréciation des devises.
    Autre constat: les pays d’Europe de l’Est semblent plus vulnérables que les autres économies émergentes étudiées. Ceci, compte-tenu de l’importance des liens commerciaux et financiers avec la zone euro. La Hongrie est de loin le pays émergent le plus exposé, suivie de la République tchèque. La Russie, elle, est nettement moins exposée que les autres pays de la zone. Pour sa part, l’Amérique latine est relativement peu exposée de manière directe à un choc sur la zone euro. En revanche, elle pourrait être affectée indirectement par les effets de contagion induits sur l’économie mondiale (ralentissement de la croissance américaine et asiatique, chute des prix des matières premières…). Un recul plus marqué des flux de capitaux vers la région pourrait également entraîner des ajustements au niveau de la demande interne pour les pays ayant des déficits courants (Brésil, Colombie, Mexique, Pérou). L’Asie est aussi sur la sellette. Les pays asiatiques sont, quant à eux, exposés (toutefois de manière hétérogène) à un choc dans les pays du G2. Ceci à la fois par le biais du canal commercial traditionnel, mais également par le biais du canal financier si les banques européennes et plus largement les investisseurs étrangers venaient à réduire (voire rapatrier) les flux d’investissement vers l’Asie.
    Le document de Natixis est riche en leçons. Il se penche aussi sur les IDE. A l’instar des flux bancaires transfrontaliers, le ralentissement (ou le retournement) des investissements directs et de portefeuille en provenance des pays avancés pourrait fragiliser les économies émergentes, en particulier celles qui dégagent un besoin de financement externe. Ceci concerne la plupart des économies d’Amérique latine (sauf Argentine, Bolivie) et d’Europe émergente (sauf Russie), seulement l’Inde en Asie. Comment se comportent les investissements directs dans les émergents? Ils se sont maintenus malgré la crise alors que les perspectives de croissance dans ces pays restent plus favorables que celles des économies avancées. Cette tendance devrait se maintenir, en particulier dans les économies à fort potentiel (BRIC, Turquie…). En revanche, l’Europe émergente, qui concentre les IDE en provenance de la zone euro (forte exposition de la Hongrie, de la République tchèque, de la Pologne, de la Roumanie et de la Bulgarie) pourrait être plus directement touchée par un ralentissement des investissements directs européens.
    De même, alors que l’Amérique latine présente des taux d’épargne et d’investissement domestiques relativement faibles (autour de 20%), une baisse des flux d’IDE entrants aurait des conséquences négatives sur la croissance.

     

                                                                                                                          

     

    Flux de portefeuille, crescendo

    Les flux de portefeuille ont fortement progressé depuis 2009, leur montant dépassant dans bien des cas le montant des IDE. Alors que ces flux sont plus volatiles que les IDE, leur forte hausse expose les émergents à des retournements brusques qui peuvent avoir des effets déstabilisants sur les économies et les systèmes financiers locaux. D’autant plus si les économies dégagent des besoins de financement externe, ils vont les contraindre à un ajustement (le cas de l’Inde récemment est à ce titre emblématique). Dans ce cadre, tant les afflux massifs que les retraits soudains de capitaux courts présentent un risque pour les émergents. Dans le premier cas, ils les exposent à une appréciation cambiaire, au risque de formation de bulles sur les actifs domestiques (bourse, immobilier), à des déséquilibres bilanciels et à la dégradation du solde courant. Dans le second cas, les risques ont trait à la correction brutale des marchés financiers et du change et leur impact sur les agents domestiques, selon les économistes de Natixis.

    Fatim-Zahra TOHRY

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