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Quand les Espagnols émigraient !
Par Zakya DAOUD

Par L'Economiste | Edition N°:1898 Le 17/11/2004 | Partager

Aujourd’hui, on ne parle que des émigrations vers l’Europe et accessoirement vers les Etats-Unis des citoyens des pays du sud poussés par la misère et l’espoir d’une vie meilleure. Chaque jour, les morts en Méditerranée ou sur les côtes du Sahara ravivent la douleur du problème. La médiatisation de ce phénomène, réel, est telle que l’on a presque le sentiment d’assister à des évènements nouveaux dans l’histoire. Rien n’est plus faux. . De tout temps les gens ont migréDe tout temps, les gens ont migré et pour les mêmes raisons, misère, recherche de travail, conflits politiques et guerres : les mêmes motivations qui poussent aujourd’hui les Africains hors de leurs pays et de leur continent, tout comme les Mexicains et les Latino-Américains, devenus la plus puissante minorité nord américaine.Si l’on ne prend que les Espagnols –on pourrait faire la même analyse pour les Grecs et pour les Italiens d’ailleurs– on est édifié par l’ampleur de leurs émigrations successives. Il n’est pas inutile, dans le contexte actuel, de tenter de s’en souvenir(1).Sans remonter à l’Inquisition qui, entre le XIIIe et le XVIIe siècle, jeta hors de l’Espagne des cohortes de Juifs et de Musulmans espagnols éplorés dont beaucoup trouvèrent refuge sur la rive sud de la Méditerranée(2), il y eut toutes les émigrations volontaires des Catalans et des Aragonais au XVIIIe siècle, au Maghreb, en Sicile, en Sardaigne, en Italie, dans une phase conquérante aigue. Ils avaient déjà établi, auparavant, des colonies de marchands dans tous les ports de l’Europe atlantique, Angleterre, Pays-Bas, Belgique. Mais la plus forte émigration espagnole concernait, entre les XVIe et XVIIe siècles, la conquête de l’Amérique, essentiellement par les Andalous et les Castillans. Au XVIIIe siècle, l’apport de la Galice, des Asturies et du pays basque, se fait prépondérant au nouveau monde. Ils peuplent pratiquement tous les pays d’Amérique du Sud dont la population s’est effondrée sous le choc de la Conquista, de ses guerres et de ses épidémies. On est encore là dans le domaine d’une histoire différente.Cependant, à l’époque dite contemporaine, les Espagnols continuent allégrement, si l’on peut dire, à quitter leur pays, à la suite des guerres napoléoniennes, des guerres civiles, des problèmes politiques de tous ordres qui engendrent répression, persécutions, voire, comme dans les temps anciens, épurations. Ainsi 12.000 familles suivent au début du XIXe siècle Joseph Napoléon en France: ils y vivront dans «la plus affreuse misère» pour reprendre les termes des préfets de l’époque qui tentent de les faire partir de leur départements respectifs. Viennent ensuite les départs, non moins nombreux, des libéraux vaincus. D’autres rejoignent alors leurs congénères d’Amérique latine, vers Cuba, les Antilles et les Etats-Unis surtout. . Volonté de libérationEn 1898, les départs de la Péninsule pour l’Amérique sont estimés de 250.000 à 300 000 personnes, qui grandissent avec les guerres dues à la perte des colonies latino américaines de l’Espagne et leurs importantes pertes militaires (75.000 à 100.000 victimes). La volonté de libération et le romantisme espagnols germent sur les terres de l’exil. Tous les Espagnols défaits par les luttes politiques successives, franchissent les Pyrénées. Ils y sont mis dans des dépôts, chassés de province en province, considérés comme des intrus. Ils sont plus de 100 000 en France au début du XXe siècle et 135.000 au Maghreb où ils peuplent massivement des villes comme Oran(3). A partir du milieu du XIXe siècle, l’Espagne, dont le niveau de peuplement s’élève plus vite que les ressources productives, devient un foyer massif d’émigration économique et les départs sont favorisés par la législation espagnole à partir de 1853, notamment venant de la Galice, surpeuplée. Ces départs massifs sont le fait de très jeunes hommes seuls qui partent vers l’Argentine (242.000 Espagnols), l’Uruguay, le sud du Brésil, Cuba où l’on dénombre, même après l’indépendance de l’île, 717 526 Espagnols.. Les baraques espagnoles autour de ParisAu début du XXe siècle, le mouvement continue vers le pays limitrophe, la France, toujours lieu des principales migrations ibériques: 250.000 Espagnols, majoritairement originaires des provinces du Levant (Castellon, Murcie, Valence, Alicante) viennent travailler dans les usines de chimie et de sidérurgie autour de Paris et y vivent dans des baraques. D’autres sont dans le bâtiment, les mines, l’artisanat, le commerce. Les provinces françaises du sud de l’Hexagone, spécialement la région de Toulouse, sont massivement peuplées d’Espagnols, agriculteurs, artisans, membres des professions libérales(4) qui s’y installent dans des régions dépeuplées par la guerre de 14-18 : ils sont 352 000 Espagnols en France en 1931, la troisième communauté étrangère après les Italiens et les Polonais. Beaucoup deviendront français ce qui rend difficile l’analyse des chiffres de l’émigration: ainsi le nombre d’Espagnols tombe à 253.599 en 1936, avant que cette émigration ne grossisse des effets de la guerre civile de 1937. En quelques semaines, leur nombre atteint alors 440.000. On les interne dans des camps où beaucoup mourront, 5 à 14 600 dans les six premiers mois de cet internement présenté par la presse de l’époque comme «l’antichambre du goulag». Plusieurs milliers continuent parallèlement à fuir vers le Maghreb. Après la deuxième guerre mondiale environ la moitié retourne en Espagne, mais beaucoup restent en France ou partent vers les Etats-Unis, l’Angleterre, le Mexique.Au milieu des années 1950, cette émigration ne tarit pas, vers le Vénézuela, vers la France encore, en raison du franquisme et des demandes de main-d’oeuvre de l’Europe du nord. L’émigration espagnole hors des frontières de la péninsule ne s’arrêtera que durant les années 1960. En 1972, sans pouvoir compter tous les Espagnols devenus français, les résidents permanents ibériques en France sont chiffrés à 511 092. En 1973, ils étaient 267 248 en Allemagne, 71 068 en Suisse. Ce sont là des personnes désormais établies à demeure qui se fondent progressivement dans la population des pays d’accueil, mais y reconstituent la culture et encore les organisations politiques de l’opposition espagnole qui aideront à la movida de ce pays dans les années 80.La crise économique mondiale déclenchée par le choc pétrolier des années 70, l’affaiblissement de la dictature puis la mort de Franco et l’avènement de la démocratie, stoppent alors définitivement ce mouvement. L’Espagne offre une vie meilleure à ses enfants qui ne s’expatrient plus. Les retours dont on a beaucoup parlé sont réels encore que modestes. L’Espagne a donc peuplé en grande partie non seulement le nouveau monde découvert par Christophe Colomb pour les souverains espagnols, mais encore l’Europe du nord. Ce constat est une mise en perspective intéressante de la véritable origine de la population de l’Union Européenne, il permet aussi de jeter un regard plus réel sur les mouvements de population dans le monde et sur les commentaires qu’ils ne cessent de susciter. -------------------------------------------------(1) La majorité des chiffres cités dans cet article provient de l’Histoire des Espagnols, par Bartolomé Bennassar, éditions Robert Laffont, collection bouquins, 1992.(2) Au moins 50.000 s’établirent au Maroc.(3) A cette époque, l’immigration espagnole au Maroc est estimée à 14 000 résidents.(4) On parle ainsi de 2 000 médecins, sans compter une pléiade d’artistes célèbres.

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