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Economie

8 mars: Le mouvement féministe en plein reengineering

Par L'Economiste | Edition N°:2229 Le 08/03/2006 | Partager

. L’indépendance par rapport au politique, une priorité unanime. Attention avec les échéances électorales 2007!Une journée comme les autres pour certains, différente pour d’autres, importante ou insignifiante: le 8 mars, consacré journée internationale de la femme se célèbre tous les ans aux quatre coins du globe, peu importe ce que l’on en pense. Certains ont choisi d’en faire une journée de bonheur et de plaisir. D’autres, particulièrement les associations, saisissent l’occasion pour faire parler d’elles, dresser le bilan de leurs activités ou encore raconter leur vie au quotidien. Depuis deux ans, c’est la moudawana qui fait l’actualité des débats au sein des associations. Le 8 mars 2004 puis 2005, c’est surtout, voire presque exclusivement, du code de la famille dont il a été question. L’adoption de nouvelles lois instituant le principe d’égalité au sein de la cellule familiale et donc de la société a été un véritable avènement. «C’est une date importante de l’histoire du mouvement féministe marocain, mais d’autres sont, elles aussi, à marquer d’une pierre blanche», estime Habiba Zahi, présidente de l’Association marocaine pour les droits des femmes (AMDF). Le mouvement féministe marocain a traversé diverses périodes, chacune d’entre elles ponctuée par des événements cruciaux dans l’histoire du pays. Si la moudawana a métamorphosé les fondements philosophiques du statut personnel et répondu à une large part des revendications féministes, elle a surtout posé une nouvelle problématique: comment le mouvement féministe s’est-il adapté à ces changements? Le discours militant va-t-il se métamorphoser? S’achemine-t-on vers un combat de droits humains, marginalisant celui des droits des femmes?«Le combat des femmes a toujours été un combat pour les droits des femmes», affirme Rabea Naciri, présidente de l’ADFM (Association démocratiques des femmes marocaines). Pour elle, «la force du mouvement au Maroc, c’est qu’il ne s’est jamais trompé de combat et n’a pas isolé ses préoccupations de celles des Marocains et des Marocaines d’une façon générale». Indissociable des autres combats, celui pour les droits des femmes est avant tout un combat de droits humains. Avec d’importantes spécificités. L’évolution des mouvements en témoigne. D’abord fondues au sein des partis politiques, les militantes féministes ont vite compris qu’il fallait commencer par acquérir leur indépendance pour pouvoir véritablement s’émanciper. «Le combat était au départ très dur, car les leaders des mouvements étaient dans leur grande majorité issus des partis politiques, il a fallu se battre pour forger l’indépendance du mouvement», explique Fouzia Assouli, secrétaire nationale de la Ligue démocratique des droits des femmes (LDDF). En d’autres termes, libérer le mouvement des calculs politiciens partisans. Habiba Zahi raconte l’histoire du féminisme marocain de façon presque similaire.«Les militantes regroupées dans les partis, syndicats ou associations culturelles ont rapidement constaté que leurs actions étaient limitées et que leurs revendications présentaient des spécificités». Fatema Maghraoui, membre fondateur de l’Union pour l’action féminine (UAF), acquiesce:«au sein des partis politiques, nous étions marginalisées et la cause féministe toujours reportée». D’une association à l’autre, les avis convergent, même si, sur le terrain, chacune lutte à sa façon. Elle estime qu’«un des acquis les plus importants consiste à avoir imposé la question féminine à l’ordre du jour de la question politique». Pour elle, le mouvement féministe, qui a commencé au début de la décennie 80, fait partie de la lutte pour la démocratie et constitue donc un combat politique. «Le mouvement est en soi politique mais ne doit absolument pas servir des objectifs politiciens, rétorque Assouli, car la discrimination institutionnalisée relève d’un combat politique». Quelques années après avoir acquis son autonomie, le mouvement féministe est confronté à de nouvelles réalités et doit relever d’autres défis. «Les droits acquis par les femmes dans le cadre de la moudawana ne sont pas tout. Ils doivent aussi être sociaux, économiques et politiques», estime Zahi. En définitive, le combat serait toujours le même, malgré la promulgation du code de la famille. «Pour que les dispositions du code de la famille et du code de la nationalité prennent acte, il faudrait que tout le reste suive: le droit au travail, le droit social. Car pour jouir d’un droit, il faut en avoir les moyens», ajoute la présidente de l’AMDF. Assurément, l’après-moudawana est une nouvelle étape. «La discrimination à l’égard des femmes était institutionnalisée, il fallait, en premier lieu, se battre pour reconnaître la citoyenneté des femmes à part entière», lance Assouli. Le contexte marocain a compliqué les événements, retardé l’obtention de certains droits. «Comme nous sommes dans un pays en construction démocratique, qui a accumulé beaucoup de retards, d’entraves et d’obstacles, que ce soit sur le plan économique, social ou culturel, le mouvement est en train de prendre une autre tournure», explique-t-elle. Par «nouvelle tournure», elle entend «mouvement social politique pour la construction d’un Maroc Etat de droit, d’égalité et de citoyenneté». Si la discrimination est l’ennemi «numéro un», d’autres dangers ont surgi ces dernières années. «Nous sommes contre toutes les formes d’extrémisme», explique Maghraoui. Le temps est venu, pour elle, de réfléchir sur une stratégie claire qui s’adapte à l’évolution marocaine. «Dans un contexte de fragilité des partis politiques de gauche et de quasi-absence de l’Etat dans plusieurs champs sociaux avec une montée de courants instrumentalisant la religion à des fins politiques, notre combat est devenu un combat pour la construction d’un Etat de droit», insiste Assouli. L’affirmation du mouvement féministe devra se faire avec encore plus de vigueur les mois qui viennent. Les prochaines échéances électorales de 2007 attisent les convoitises. Ici et là, des colloques se tiennent autour du thème de la femme, de sa participation à la vie politique et de son implication dans le monde économique. L’indépendance longtemps protégée risque-t-elle de succomber?


Dates-clés du mouvement

- 1992: Campagne d’un million de signatures: début des discussions sur le changement du statut personnel- 1993: Marche contre la violence à l’égard des femmes- 1998: Plan d’intégration de la femme au développement- 2000: Marche pour ou contre le plan d’intégration- 2000: Grande mobilisation pour la marche mondiale des femmes- 2003: Avènement de la moudawanaAmale DAOUD

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