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«Les amants de Fès«
24e épisode: Les bons plans de Shlomo

Par L'Economiste | Edition N°:2357 Le 08/09/2006 | Partager

L’hadj Mekki a fini par céder à son fils Jaâfar qui accepte à son tour de rendre Soussane. La petite tante se mariera avec le fils de Bouzoubaâ et non le père, au grand soulagement de toute la famille Benabed. Comme pour toutes les grandes familles d’autrefois, le mariage est célébré dans le faste.Deux années s’étaient écoulées après le mariage de Soussane et de Boubker. Ils eurent leur premier enfant: une ravissante petite fille qu’ils prénommèrent Safia, en souvenir de sa grand-mère Sophie. Soussane était entourée de prévenances exceptionnelles. Elle était heureuse, mais son bonheur était entaché d’un point d’ombre. Elle n’avait toujours pas de nouvelles de sa famille maternelle. Elle s’efforçait de combler le vide laissé par l’absence d’une mère qui l’aurait soutenue. Son grand-père s’était éclipsé après l’avoir abandonnée et n’avait jusque-là donné aucune nouvelle ni aucun signe de vie. Elle se confiait à son mari qui lui promettait à chaque fois de faire des investigations et même un déplacement à Tanger pour s’enquérir de la situation de ses frères adoptifs, et d’essayer de retrouver la trace de son grand-père.Boubker et Jaâfar avaient fini leur enseignement supérieur et attendaient leur intégration respective l’un dans l’enseignement et l’autre dans le judiciaire. Mais, contrairement à Boubker, Jaâfar n’était pas pressé de travailler. Il avait en tête un autre projet. Il voulait apprendre la langue française, car pour accéder au savoir moderne, il fallait étudier la langue par laquelle il était véhiculé. Il était donc impératif de connaître une ou plusieurs langues étrangères. N’y avait-il pas un hadith du Prophète Mohamed (que la prière et le salut soit sur lui) qui disait, qu’il fallait aller chercher la science là où elle se trouvait, fût-ce en Chine?Par un chaud après-midi d’été, Jaâfar entra dans une des kobba du rez-de-chaussée en quête d’un peu de fraîcheur. Il prit place sur un des coussins dans un coin de la chambre et, après quelques minutes de repos, plongea dans la méditation. Soudain apparut sur le seuil de la porte Shlomo, le bijoutier de la famille. Il était venu rapporter le bracelet de lalla Khnata qu’il venait de réparer. Jaâfar ne l’avait pas vu entrer car il était perdu dans ses pensées. Il se retrouva nez à nez avec Shlomo qui prenait place à côté de lui sans faire de bruit.- Shlomo, bonjour que fais-tu donc là?- Si tu ne m’as pas vu, c’est que tu devais penser à quelque chose de vraiment important, n’est-ce pas? Attends, tu étais sûrement en train de penser à ta bien aimée et aux beaux bijoux que tu allais lui offrir pour vos fiançailles. Ai-je bien raison? dis-moi en lui tendant la main pour le saluer- Arrête de plaisanter, et dit moi pourquoi tu es là. Sans doute pour affaires, hein- Des affaires, mais quelles affaires? Le marché est très calme en ce moment et l’argent se fait rare! Mais si tu te mariais, je pourrais renflouer ma caisse, dit-il en riant.- Oh, répondit Jaâfar avec un sourire las. Tu risques d’attendre encore longtemps, car ce n’est pas mon premier souci!- Et pourquoi? Tu devrais faire comme ton frère Mamoun. Lui au moins il est casé maintenant, dit-il en souriant et en se lissant la barbe.Shlomo et Jaâfar aimaient bien s’amuser et se taquiner. Ils prenaient un malin plaisir à jouer avec les mots.Après un silence.- Non attends, reprit Shlomo d’un air plus sérieux, en s’apercevant d’une certaine inquiétude sur le visage de Jaâfar, si je peux me permettre, qu’est-ce qui ne va pas Sidi Jaâfar? Tu as l’air préoccupé. Si je peux être d’une quelconque utilité, n’hésite pas.Jaâfar finit par se décider. Il lui parlait de son projet. Peut-être Shlomo avait-il une solution à son problème? Il lui demanda finalement s’il connaissait un professeur de français qui pourrait lui donner quelques cours moyennant finance.- Un professeur? Hum ... laisse-moi réfléchir. Il prit quelques minutes, puis il demanda.- Et pour quoi faire?- Te moques-tu de moi? Voyons pour me donner des cours de français!- Le français! Veux-tu savoir ce que j’ai envie d’apprendre moi? C’est comment gagner facilement plus de sous! dit-il en riant. Puis il ajouta après un moment de réflexion.- Soyons sérieux. Je crois que j’ai quelqu’un qui pourrait te rendre ce service.Ah merci, merci Shlomo! dit Jaâfar agréablement surpris. Je te revaudrai ça.- Attends, mais... il y a un hic!- Lequel, fit Jaâfar impatient?- La personne n’habite pas à Fès. C’est mon cousin Haïm, qui est devenu maintenant Abdallah.- Quoi, Haïm qui est devenu Abdallah? Explique-moi, car je ne comprends pas.- Sois patient, je vais t’expliquer. Voilà, ce cousin travaille à la légion française de Tanger et s’occupe de traductions là-bas.- Alors c’est parfait! C’est vraiment la personne idéale!- Bon! Eh bien ce cousin s’appelait Haim, jusqu’au moment où il s’est mis en tête de lire le Coran et par la suite de se convertir à l’islam.- Mais voilà une bonne nouvelle, je le félicite, reprit-il en taquinant Shlomo.Tu vois les gens intelligents! Celui-là a bien l’intention d’aller au Paradis, dit-il en riant et en lui tapotant l’épaule.- Sidi Jaâfar, dit Shlomo en le mettant en garde. Veux-tu de l’aide oui ou non?- Oui, oui, et comment? Non mais sérieusement, je plaisantais.Ils riaient encore lorsque l’hadj Mekki arriva sur les lieux et leur demanda ce qui les rendaient de si bonne humeur. Jaâfar fit un clin d’oeil suivi d’une petite moue à l’intention de Shlomo, qui comprit qu’il fallait changer de sujet en présence du père. L’hadj était imperméable à l’idée que son fils ne soit pas disposé à intégrer le quadae, après sa nomination. Cette histoire de cours de français ne lui plaisait guère.- Oh Si l’hadj, nous étions en train de rire de... de- De quoi?L’hadj, se rendit compte tout à coup de son indiscrétion et ajouta:- Ne faites pas attention, j’ai voulu simplement partager votre enthousiasme.- Oh oui bien sûr! reprit Shlomo. Je racontais seulement à Sidi Jaâfar comment mon cousin Haïm était devenu mon cousin Abdallah! Ha...ha.. ha!- Comment cela?- Figurez-vous que ce Haïm s’est converti à l’islam et a pris le prénom d’Abdallah et ton cher fils était en train de me dire de faire la même chose, si je ne voulais pas aller en Enfer- Eh bien ma foi... il a raison, répondit l’hadj avec un grand sourire.- Alors tu t’y mets toi aussi? protesta Shlomo en faisant mine de se lever. Il ne me reste plus qu’à m’en aller.- Attends, attends on a pas fini, dit l’hadj en le tirant vers le sofa pour l’obliger à s’asseoir près de lui. Il ajouta d’un air plus sérieux:- Non, tu connais très bien mes idées la-dessus. L’islam est une religion tolérante et nous devons l’être aussi. La preuve, c’est que musulmans, juifs et chrétiens ont cohabité depuis des siècles, et rien ne pourrait les empêcher de continuer à le faire.- Ne t’en fais pas. J’ai l’habitude de plaisanter avec vous. Et puis quoi, je fais partie de la famille maintenant! Il mit sa main dans sa chocara, et en sortit un paquet pour le remettre à l’hadj.- Tu allais me faire oublier ce pour quoi j’étais venu. Le bracelet est réparé, mais il faudra faire tout de même attention, car son ciselage est très fin et cassant. Il ajouta en riant:- Et il serait préférable de lui offrir un autre modèle, j’en ai un tout prêt si vous voulez le voir!- Toi alors Shlomo, tu veux me ruiner. Et les bijoux que tu nous a vendus pour les mariages de Mamoun et Soussane? N’es-tu donc jamais rassassié? demanda-t-il en riant.- Votre ami Shlomo est toujours là pour vous servir! Bon, je me sauve, je suis en retard! Il s’adressa à Jaâfar en partant:- Passe me voir à la bijouterie si tu veux, Salam!Demeuré seul avec son père dans la pièce, Jaâfar se leva pour partir, mais l’hadj le pria de rester encore un peu, car il souhaitait s’entretenir avec lui.- Dis-moi, dit-il hésitant, tu ne sais pas Si Boubker a commencé à travailler?En lui posant cette question, Jaâfar voyait bien où son père voulait en venir Il savait que ce dernier refusait l’idée de le laisser prolonger ses études et attendait avec impatience sa nomination comme quadi.- Non, pas que je sache- Eh bien mon fils, dit-il avec beaucoup d’émotion, cela ne va plus tarder. Une personne bien introduite m’a affirmé qu’on allait t’appeler incessamment,Jaâfar ne partageait pas l’enthousiasme de son père.Il avait plutôt hâte de voyager pour retrouver son professeur de français à Tanger- Mais père, tu sais que mon voeu le plus cher aujourd’hui est d’apprendre la langue française. Cela me serait d’une grande utilité et m’ouvrirait la porte des savoirs étrangers. Je resterais orphelin en ne maîtrisant qu’une seule langue. Dieu ne nous dit-il pas dans le Coran, qu» Il nous a créés en tant que peuples pour que nous nous connaissions». Et pour connaître et comprendre l’autre, ne faut-il pas apprendre sa langue pour communiquer.- Tu as raison mon fils. Tout ce que tu dis est sensé. Cependant, le plus urgent pour moi est de tenir entre mes mains le dahir de ta nomination, dit-il avec émotion.- Inchae Allah, dit Jaâfar en lui prenant les mains pour les embrasser. Il décida finalement de lui parler de la proposition de Shlomo, car il trouvait que son père était détendu et prêt à recevoir la nouvelle.- Que Dieu te donne longue vie, père Maintenant, dit-il, si je trouve un professeur qui puisse me donner des cours, promets-moi de ne pas refuser. J’apprendrai et je retournerai dès que possible à Fès.- Quoi, tu retournerais à Fès? Est-ce que tu comptes voyager?- Oui, je pense avoir trouvé un professeur à Tanger. Avec ta permission j’irai m’installer au riad où habitait grand-père, l’hadj Abed.- Je me rends compte que tu es bien décidé et que ton programme est déjà établi. Bon, puisque tu y tiens, je prie Dieu de te faciliter la tâche!Jaâfar embrassa de nouveau la main de son père. Il avait enfin gagné. Depuis déjà quelques semaines qu’il bataillait, il n’arrivait pas à persuader.Aujourd’hui son père était de bonne humeur et il le convaincre facilement. Lundi, 25e épisode: Un héritage inattendu

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