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    «Gardons-nous de tout rôle dans le conseil»

    Par L'Economiste | Edition N°:307 Le 04/12/1997 | Partager

    La périphérie des missions du commissaire aux comptes est loin d'être définie. Prudent, M. Lelarge(1), président de la Compagnie Régionale des Commissaires aux Comptes de Paris (CRCC), estime que les auditeurs ont intérêt à s'abstenir de toute intervention dans le conseil, même s'il y a un manque à gagner au bout.


    - L'Economiste: Pensez-vous que la séparation des corps des experts-comptables-conseils et de commissaires aux comptes telle qu'elle est appliquée en France soit un gage d'indépendance des auditeurs?
    - Bernard Lelarge: Je ne crois pas que le schéma français soit dans l'absolu une solution à cette problématique. C'est un modèle original certes, mais je pense que l'indépendance est avant tout un état d'esprit. On peut se sentir parfaitement indépendant, peu importe le régime dans lequel on évolue.
    Par ailleurs, dans de nombreux pays, il existe de grandes structures qui sont à la fois réviseurs des comptes, expert-comptable et commissaires aux comptes.
    Contrairement aux Anglo-Saxons, le modèle français a quand même ceci d'important: les auditeurs y ont une mission de défense de tiers, lecteurs des comptes, public, administration. Il me semble que le fait de ne pas participer à l'élaboration des états financiers laisse une certaine liberté d'esprit pour pouvoir remplir la deuxième partie de la mission, celle de la défense des intérêts du public en général.

    Critiquer n'est pas s'immiscer


    - Reste que le public, lui, a du mal à croire à cette indépendance devant l'ampleur des scandales du type Crédit Lyonnais ou de l'Association de Recherche contre le Cancer qui ont jeté un discrédit sur le commissariat aux comptes.
    - C'est certain. Les affaires que vous évoquez ont laissé des traces. C'est pourquoi je mène actuelle-ment un combat contre deux principes qui, à mon avis, ont participé à cette mésentente entre les lecteurs des comptes et la profession: le premier, c'est le secret professionnel auquel est soumis le commissaire aux comptes. Si le secret doit s'appliquer aux confidences, il devient injustifié dans le cadre de notre mission. Au cours d'une assemblée, le commissaire aux comptes doit pouvoir expliquer ce qu'il a trouvé dans ses investigations. Naturellement, sans citer des noms.
    Le deuxième principe, c'est celui de la non-immixtion dans la gestion. Depuis une trentaine d'années, on nous a répété que l'auditeur ne devait pas s'ingérer dans la gestion de l'entreprise. Forts de ce principe, les professionnels ont pensé qu'il ne fallait critiquer aucune action de gestion. C'est ce qui s'est passé pour la plupart de ces affaires. Le public avait le sentiment que seuls les commissaires aux comptes n'y avaient pas trouvé d'irrégularités.
    A mon sens, il faut battre en brèche ce dogme de non-immixtion dans la gestion. Après tout, il y a une nette différence entre critiquer et s'immiscer dans la gestion.

    L'apparence d'indépendance

    · La question de la périphérie de la mission du commissaire aux comptes est loin d'être tranchée.
    - C'est exact. Une commission réfléchit en ce moment à l'évolution de notre mission. Deux tendances s'opposent sur cette question. Pour résumer, il y a, d'une part, les grands cabinets qui poussent vers le tout-conseil, le multi-service à l'image de la conception anglo-saxonne. D'autre part, la majorité des confrères, eux, formés de petites et moyennes structures, pensent que l'indépendance ne sera consacrée que si l'on se garde de tout rôle dans le conseil. Moi, je ne suis pas loin de cette position. Il y a un marché comptable, constitué du conseil et du commissariat aux comptes. Si l'auditeur fait tout lui-même, il aura gagné certes du chiffre d'affaires, mais les risques de franchir la barrière des incompatibilités se multiplient. Il sera tenté de forcer la loi pour la faire reculer avec toutes les conséquences que cela implique.

    - Le regroupement des cabinets d'audit va là aussi poser des problèmes...
    - Exactement, en particulier pour les grandes structures. C'est le cas des situations où deux ex-bigs (regroupés en un seul cabinet) intervenaient jadis, l'un en tant qu'expert-comptable et l'autre en qualité de commissaire aux comptes. La solution sera de renoncer à l'une des deux missions. Sans parler du télescopage éventuel entre deux concurrents. On imagine mal Coca-Cola et Pepsi Co confier leur comptabilité au même cabinet.

    - Les attentes du public vont aujourd'hui jusqu'à exiger du commissaire aux comptes de paraître indépendant. Que contient cette notion d'apparence d'indépendance?
    - Je vais vous répondre par une petite anecdote d'un confrère convoqué par la police judiciaire à Paris pour un dossier concernant une concession automobile. Le fait de s'être rendu à la brigade financière dans une voiture de même marque que la société de concession dont il était auditeur a immédiatement réveillé des soupçons. S'il pouvait être parfaitement indépendant, -ce qui a été prouvé du reste-, on se demandait s'il n'avait pas bénéficié de conditions d'achat particulières.
    L'apparence d'indépendance, c'est également le fait d'éviter d'utiliser des produits de la même marque lorsqu'on s'occupe d'un dossier prestigieux.

    - Mais un commissaire aux comptes n'est quand même pas un smicard...
    - Oui, mais la profession a aussi ses règles. Tenez, si vous êtes par exemple commissaire aux comptes d'une banque, il vous est interdit d'avoir un compte dans le même établissement.

    - Lors du récent congrès mondial de la comptabilité, la Banque Mondiale vous a appelés à l'aide pour lutter contre la corruption dans les affaires. N'est-ce pas là une responsabilité qui dépasse vos moyens d'investigation?
    - En réalité, l'auditeur n'a pas vraiment de moyen pour détecter ce type de pratiques. Cela ne peut être que par inadvertance que l'on découvre des malversations. Par définition, le blanchiment de l'argent ou la corruption font appel à des montages financiers sophistiqués difficiles à trouver au premier regard.

    Propos recueillis par Abashi SHAMAMBA

    (1) M. Lelarge était présent au récent congrès des experts comptables qui s'est tenu du 20 au 22 novembre à Marrakech. La Compagnie Régionale des Commissaires aux Comptes de Paris, dont il est président, comprend 4.000 membres dont 3.400 individuels. Elle représente la moitié du chiffre d'affaires du marché du commissariat aux comptes en France.

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